‹ L'arriviste [microforme]Chapitre 5 sur 42 · LA CIGALE BMPRUNTE DT CHANT · texte numérisé non relu

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ordinaire, le groupe habituel de Guignard est augmenté de curieux, de rhétoriciens surtout qui ont été témoins de la petite altercation en classe et qui viennent

—“ Puisqu’il faut tout vous dire, n'invectives pas notre savant professeur. Il a raison, le digne homme. E-: effet, j'ai ‘’souvenance que. . l’occasion. . .quelque diable aussi me poussant. . .je tondis chez Guignard la largeur de ma langue.”

Un formidable “Haro !”’ déchire l’oreille, attire le regard des régents et se répercute de groupe en groupe, où l’on connaît si bien la manière des deux copains qui en ont commis tant d’autres.

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—“Avouez-le donc, aussi, mes amis ; quelle idée de nous imposer, à vous et à moi, à moi principalement, une dissertation sur Le Misanthrope ! Est-ce que j'ai pratiqué cela, moi, la misanthropie ?

Ai-je eu le temps, depuis ma tendre et innocente enfance, de détester quelqu'un, de tenir mes frères, mes camarades en suspicion ? Suis-je l’homme de Plaute :

Homo homini lupus ?

Non certes! Avec Térence, O mes amis, laissez-moi dire plutôt : Homo sum, et humant nihil a me alienum puto !

a se conçoit pour ce sauvage de Guignard parti de ses montagnes de Bellechasse avec l’idée fixe d’avoir à se méfier de tout le monde. Mais j'aime tous les hommes, tous les hommes, moi, en attendant l’heure trop prochaine, hélas ! où il me faudra encore chérir l’autre moitié du genre humain.

—Félix ! interrompit le grand Philippe Lanoue, roulant ses gros yeux comiques en boules de loto, nous ne te permettrons pas de jeter de tes idées troublantes dans

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l’âme ingénue, prude et candide de notre Eugène. C’est bien à que tu

, avec moins, la personnalité

Pas peser sur toi, comme sur nous tous, le ”

regard autorisé de nos maîtres de salle qui s'inquiètent là-bas ? Ainsi donc, mOn vieux, un peu plus de retenue pour ta langue, si tu ne veux pas en avoir trop pour jeudi ”’!

sages sur le cercle où l’on s'amuse. Et les réparties tintamarresques, accompagnées d'une mimique exorbitante, lancées sur un ton dont l’emphase voulue fait rigoler, de se poursuivre sans interruption, jusqu'à ce que la cloche réglementaire vienne mettre fin à cette trop courte demiheure de récréation, remplie de jeune gaieté.

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À la salle d'étude, où tous, les fervents des exercices physiques, les penseurs et les rieurs, s’en vont maintenant travailler jusqu’à « heures, les fronts se rassérènent 80. l'effort de la pensée devenue momentanément plus sérieuse devant la tâche du lendemain. Cependant, d'ici de là, une œillade, un sourire vient rappe ler l’algarade joyeuse, comme ces lueurs intermittentes qui clignotent à l'horizon, quelque temps après l’orage, sous l'effet attardé du fluide électrique resté dans l'air. Mais Eugène Guignard, lui, n’y pense plus. Il s’est mis sérieusement à son travail : il est de ceux, encore trop rares au collège, qui marquent leurs journées, bonnes ou mauvaises, de ce qui se fait en classe et non pas durant les heures de récréation. Car c’est dans ces salles d’étude que le psychologue trouve un intéressant champ d’observation sur toute cette jeunesse qui accuse inconsciemment des tendances, des traits de caractère, des goûts, une mentalité, un tempérament si divers et si suggestifs de l'avenir d’un

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chacun. Depuis l’humaniste des toutes premières classes jusqu’au philosophe finissant, qui s’exerce à comprendre la gravité de ces derniers mois du cours classique et du commencement de la vie sérieuse, tous accusent plus ou moins ce qui devront être dans la vie pratique: hommes d’action ou de caractère, poursuivant pour l'heure dans de gros dictionnaires la recherche du mot propre, comme ils se livreront plus tard, dans le fouillis des intérêts sociaux, à la poursuite de l'avoir ou du prestige qui élève ; hommes du rêve et d’ambition inerte, qui demandent à leurs voisins la solution du problème difficile ou la démonstration oubliée du théorème, comme on les verra tant de fois, se défiant d'eux-mêmes, s’attarder dans l’antichambre des gens en autorité, qu’ils courtiseront de leurs espérances vitales.

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24 L’ARRIVISTE — y a quelque trente ans, obligeaient les ts de supprimer les jeux et les exercices physiques, pour ne permettre que la conversation, et les cent pas perdus,

Par groupes. La formation de ces cercles, où certains élèves, toujours les mêmes,

me les membres d’une famille, n’était pas exclusivement l'effet du Pasard ; tant :

il est vrai que ceux qui se ressemi{ent se rassemblent, à quoi peuvent contribuer

C'est un petit état dans l’état où s’agitent des idées, des préoccupations, des prétentions quelquefois — oserions-nous ajouter jusqu’à des intérêts, puisque nous ne voudrions pas dire des dilections—tout à fait particuliers, qui ne sont pas, qui ne peuvent être ceux des cercles voisins.

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qe

En ces jours d'automne, où les ténèbres de la nuit descendent trop tôt des grands arbres et des toits, où les souvenirs des vacances sont encore vivaces, la récréation du soir, chez les “grands” surtout, se réduit aux entretiens plutôt

privés. Ces jeunes “grands” vont et |

Viennent, deux à deux, sur le pavé du jeu de balle ou le lopin attitré de chaque cercle. C’est là qu’on échange à loisir ses impressions sur les choses de la vie de collège, qu’on se communique ses espérances individuelles, ses projets personnels ou ceux des parents, tandis que de l’autre côté des hautes murailles de l’institution, les bruits de la ville viennent aussi, de temps à autre, comme un rire Moqueur, narguer ces illusions de la jeunesse sur la vie réelle.

Eugène Guignard et Félix Larive se retrouvent ensemble. Seul à seul ile peuvent causer sans être en butte aux Saillies des joyeux camarades, et celui-ci saisit l’occasion, qu’il a dû même rechercher, pour faire part à son ami d’une idée

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entretenue depuis quelques jours. Il est un des officiers de la fanfare, et, en sa qualité d’élève de rhétorique, il a été chargé de faire un discours sur la musique pour la célébration de la fête prochaine de Sainte-Cécile, patronne des musiciens.

C’est un de ces secrets d’écoliers qu’on aime à tenir avec le plus de sérieux, afin d’avoir un plus grand plaisir à les trahir pour les intimes.

—“Mon cher Guignard, je suis bien aise de pouvoir causer avec toi dans l'intimité ; car j'ai à t’entretenir d’un sujet qui m’occupe depuis quelques jours.

Ce sera bien entre nous, c’est entendu.

Je me suis laissé prendr, l’autre jour, lors de notre dernier exercice de la fanfare, à accepter la proposition de faire le discours traditionnel sur la musique, le 22 du mois. J'aurais dû refuser cet honneur,

inement : mais la surprise d’abord et la réflexion ensuite m’en ont empêché. Je n’insisterai pas au sujet de la surprise, passons tout de suite à la réflexion.—Il est de coutume que ce

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discours soit fait par un élève de rhétorique, et comme cette année, il paraît que je suis Je plus à la main des quelques musiciens qui sont en même temps rhétoriciens, je n’ai pas cru devoir m’en défendre plus que cela.

e te vois venir. Tu veux de l’aide ?

» tout juste, mon cher : parce

qu’il y va de l'honneur de la classe. Tu te

dernière.—I] à encore, tu sais, nos applau-

année, que de trouver parmi nous qui pourrait ‘aire aussi bien que lui.

—Mais c’est toi, et Vas-y, mon vieux |

—Voyons, parlons sérieusement. Il ne s'agit pas de faire du marivaudage, comme dirait Philippe Lanoue, ni assaut de galanterie entre nous. Sans te vanter, même en te vantant un peu, ce que, pour ma part, je trouve bien plausible, il faut reconnaître que tu es notre fort en discours, l'espoir de notre classe pour le

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