GEORGES D EGAUX, ÉDITEUR
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Tuus droits n'sc' vis.
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Il semble qu'à mesure qiCiine religion s'éloigne de son point d'origine^ elle devrait^ se dégageant des pratiques absorbantes ou bi^ay^res qui ont pu entourer ses pre?îiiers pas^ prendre vers les sphères de la morale étemelle un vol de plus en plus élevé. Le catholicisme paraît pourtarit sHngénier à donner le spectacle contraire. Austère et simple à ses débuts, on le voit avec surprise accroître d'âge en âge son bagage de superstitions, au point qu'il est à présent douteux qu'on y puisse rien ajouter de plus. « Le surnaturel nous déborde, »
lisio7is-noiis dernièrement dans un ouvrag-e catholique. Si l'auteur entend dire par là que rarement la place a été faite plus large à la fantasmagorie .^ cet auteur est dans le m'ai. Jamais les dévotions étranges et le culte des fétiches ne se sont autant inultipliés . Au lieu de se mêler., en y puisant de nouvelles forces, au large courant des idées modernes., c'est à coups d''amulettes que le néocatholicisme prétend les combattre. Ces scapulaires, ces eaux., ces chapelets., ces cordons., ces médailles., que VEglise fait surgir plus nombreux tous les jours, sont présentés par elle comme autant d'armes puissantes destinées à protéger la société contre le grand ennemi, contre le Malin , sans cesse occupé de souffler autour de nous les tempêtes., de nous livrer en proie aux maiix du corps aussi bien qu'à ceux de l'âme., et à ce mal détestable par-dessus tous les autres : l'esprit de discussion et de libre examen.
Dans un curieux petit opuscule ' qui est comme
I. Mois du sacré cœur de Jésus pour le triomphe de l'Eglise et de la France, par le P. Marin de Boylesve, de la Société de Jésus, 6i« édit. Paris, Taranne, 1876, in-32. Approbation de Mgr l'cvêque du Mans.
le cri de guerre du jésuitisme contre la société moderne, opuscule si généreusement répandu qu'il a pu^ en peu d'années^ atteindre sa soixante et unième édition, le père de Boylesve présente avec raison l'œuvre du Sacré-Cœur comme « une croisade ». C'est bien une croisade, en effet, la croisade noire. « Tout chrétien, s'écrie-t-il, naît soldat. Ici donc les femmesjes enfants mêmes sont appelés au combat, » Et, poussant à la lutte ces alliés, d'autant plus sûrs qu'ils sont moins réfléchis, le père de Bojlesve les arme chevaliers de toutes pièces, « chevaliers du Sacré-Cœur ».
« Les armes du chevalier du Sacré-Cœur sont le crucifix , dit-il, l'image du cœur de Jésus, le scapulaire , la médaille de la sainte Vierge et le chapelet.
» Le crucifix : c'est rétendard. Regardez-le souvent et baise:{-le avec respect.
» L'image du cœur de Jésus : c'est le bouclier. lnscrive\-y votre devise, votre cri de guerre, et., en face de l'ennemi., répète:^ avec une sainte audace : « Arrête ! le cœur de Jésus est avec moi!»
» Le scapulaire : c'est la cuirasse. Soye^fidUe
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à porter cette glorieuse livrée. Marie ne permettra pas que la mort vous surpremie dans le péché mortel, et vous sere'{ préservé de V enfer.
» La médaille de l'Immaculée Conception : c'est la décoration. Soye\-en fier et dites souvent : « O Marie, conçue sans péché, prie:{ pour nous qui avons recours à vous. »
» Le chapelet : c'est l'artillerie. Par le chapelet, les chrétiens ont exterminé les plus formidables ennemis de V Eglise et de la société. »
Ainsi médailles, scapidaires, images, amulettes de tout modèle et procédés cabalistiques de toute sorte,nous sont bel et bien offerts comme des armes sans rivales . Il 7ie nous faudrait pas chercher si loin pour montrer telle médaille Jouant le i^ôle de pistolet S et telle prière passant à l'usage de casse-tête *. Mgr Gaume^ qui voit dans le signe
1. « Les autres vous donnent des pistolets; moi, je n'ai pour vous défendre contre les sauvages, qu'une arme à vous donner, la médaille. > Virtn miraculeuse de la médaille de la très sainte Vierge, p. 7.
2. « U Ave Maria bien dit est l'ennemi du diable, qu'il met en fuite et le marteau qui l'écrase. » La Dévotion à Marie en exemples, t. I., p. i5.
de la croix « une arme de précision » et qui compare l'eau bénite à « une armure », ne va-t-il pas jusqu'à nommer Dieu « le divin armurier ! »
C'est à travers ce véritable arsenal de la dévotion^ magasin d'accessoires plein de mystères pour la masse du public, qu'il nous a paru curieux de porter la lumière. Tel qui connaît ces amulettes pour les avoir aperçues pendantes à quelque pieux étalage, en ignore le plus souvent et le but et l'histoire ; tel qui se laisse aller à s'en affubler n''en sait guère mieux l'usage. Pour se pénétrer de leurs vertus, il faut un courage singulier : celui de parcourir tous ces opuscules, toutes ces brochures dont la propagande cléricale nous inonde et qui sont comme autant de prospectus des amulettes courantes. Lecture souvent grotesque à la surface, attristante au fond, stupéfiante toujours, quand on voit sous quels hauts patronages les prôneuî^s du surnaturel sans frein ont réussi à placer leurs fétiches .
La façon dont nous avons entrepris ce voyage au pays des superstitions, en prenant pour guides et laissant toujours parler eux-mêmes les auteurs orthodoxes auxquels nous avons dû nous reporter t
aura ce mérite particulier de montrer les ultramonlains peints par eux-mêmes. Puissent ces fragments^ où notre plume est pour si peu, détioncer aux indifférents l'influence inquiétante que l'éducation cléricale peut exercer sur Vesprit des générations nouvelles . Nous disons V éducation cléricale et non l'éducation religieuse, n'oubliant pas que, derrière ces pratiques dufanatisme qui nous reportent à la barbarie des premiers âges, se dresse la grande et sereine religion du Christ. Cette religion.^ digne de tous nos respects^ nous pensons fermement que la défendre contre les empiétements tous les jours plus hardis du jésuitisme, c'est la protéger mieux que ne font ceux qui, en la dénaturant, croient la servir.
Juin 1876.