‹ L'arsenal de la dévotion; notes pour servir a l'histoire des superstitionsChapitre 11 sur 145 · POUR LE CIEL · texte numérisé non relu

POUR LE CIEL

qu'il dédie généreusement aux malades. 11 y a lieu de supposer qu'avec ce billet on peut se passer du passeport.

On lit au bas :

JE LE tiens!

O Marie! aide:{-moi .

à le garder précieusement sur mon cœur.

Et au verso :

« Gardez ce billet près de vous; et, dans vos ennuis et vos souflrances, protestez de votre nxnoiAr par un siinple regard sur lui, ou en disant de cœur ; Oui, mon Dieu... oui.,.. »

Les figures de saints ne font guère leur apparition dans les étalages dévots e^u'autant que la mode le leur permet. J'ai déjà dit que celles de saint Joseph étaient actuellement en hausse. Il n'y a pas lieu de s'en étonner quand on sait l'influence, aussi immédiate qu'imprévue, que ces modestes portraitures peuvent exercer à l'occasion sur les âmes rebelles.

« Une excellente chrétienne de Turin avait une fille dont la conduite la désolait, raconte le P. Huguet. Un jour, elle eut une bonne inspiration : a Si » je lui donnais une image de saint Joseph?... Mais, » hélas ! sans doute elle ne la recevrait pas, ou bien » elle la déchirerait ; cependant essayons. » En l'absence de la jeune fille, la pauvre mère voit sur la table un livre qui n'était pas, certes, un livre de dévotion. « Dois-je placer dans un pareil ouvrage une image » religieuse ? O saint Joseph, pardonnez-moi, mais je )) ne puis faire autrement. » Au retour, sa fille prend son livre : a Chose curieuse ! s'écrie-t-elle, qui peut » avoir mis une image de saint Joseph dans mon livre? y> Je ne sais qu'en faire ! » Mais en même temps elle la regarde attentivement, elle la trouve belle, elle ne se lasse pas de la contempler ; et puis, la retournant, elle lit une prière qui se trouve au verso, et elle regarde encore l'image, puis... et puis elle pleure, elle jett« son mauvais livre par terre, se trouve vivement touchée et complètement convertie '. »

Ce n'est pas plus diflficile que cela ; mais sans doute faut-il que l'image sorte d'une bonne maison.

Une grande variété de Vierges paraît faire, avec les innombrables sacrés cœurs, le fond de l'imagerie dévote actuelle. Toutes les Notre-Dame que la renommée a favorisées de quelques coups de trompette sont aussitôt représentées avec leurs attributs variés et leurs tons

I. Pouvoir de saint Joseph. Paris, Régis-RulTet. 21^ édition, 1873. In-i8, p. io5.

Les Images 5 9

de peau différents, sur de petites cartes qui deviennent comme autant de menues réclames pour leurs sanctuaires respectifs.

Par exemple, le petit boniment de Notre-Dame de Boulogne nous raconte comment la statue de la Vierge qu'elle représente vint à Boulogne sur une barque mystérieuse « qui voguait seule sur les flots « ; comment la cognée des hérétiques s'émpussa contre son bois; enfin de quelle façon, pendant 900 ans, des prodiges récompensèrent la ferveur des fidèles sans cesse prosternés devant elle.

Notre-Dame de Bon-Encontre fut trouvée, elle, d'après sa petite image, par un berger, dans un buisson. « Emportée trois fois du buisson, trois fois cette statue y revint d'elle-même, ainsi que l'affirment la tradition et les monuments les plus authentiques . . . De nos jours, comme autrefois, les fidèles affluent aux pieds de la sainte image et y reçoivent encore journellement les plus précieuses faveurs. »

Devant le portrait de Notre-Dame de Bonne- Délivrance, on n'a pas besoin de demander quelles sont ces faveurs. Les bras et les jambes pendus autour d'elle, en manière d"cvr-vo^o, parlent assez aux yeux. « Qui l'a jamais éprouvée sans ressentir les effets de sa puissance ? » dit la légende; et comme témoignage, on voit un boiteux guéri jeter au loin sa béquille inutile. Un image de Notre-Dame de la Salette nous montre, elle aussi, la guérison d'une femme « infirme depuis vingt-trois ans r>. D'autres font valoir les indulgences spécialement attachées à la visite de tel ou

6o V Arsenal de la Dévotion

tel sanctuaire, par exemple à celui de Notre-Dame de Myans, une Vierge noire comme la Vierge de Chartres.

Un peu passées de mode, les Vierges noires, quoique celle de Chartres ait une sorte de regain. Aujourd'hui les trois Vierges qui tiennent la corde sont celles de la Salette, de Lourdes et de Pontmain. Aussi leurs portraits sont-ils multipliés aux étalages avec une étonnante profusion. Détail frappant : aucune des trois ne porte le même costume. Celle de Pontmain^, dans sa grande robe sans taille et sous son étrange couronne évasée, a de faux airs d'un juge ; celle, de Lourdes, ayant au bras un gros chapelet, et son long voile sur la tête, a plutôt l'allure d'une religieuse ; tandis que celle de la Salette, avec sa guimpe, son fichu et son tablier, semble tout à fait costumée en paysanne. Si c'est la même Vierge qui s'est montrée sous ces formes variées à Pontmain, à Lourdes et à la Salette. elle paraît avoir voulu faire apprécier d'une façon spéciale la variété de sa garde-robe.

Une image portant ce titre : les Prédictions de la Salette, représente la Vierge-paysanne pleurant sur les ruines de la France.

« O insensés! dit la légende, que votre cœur est lent à croire ce que je vous ai annoncé ! » Et, comme immédiatement au-dessous on voit le Paris de la Commune en feu, le naïf ne peut manquer de conclure que la Vierge de la Salette avait prédit la Commune, ce qui est absolument inexact *.

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