Lagny, F. Aureau et C^, impr
2. Un révérend père jésuite oppose ainsi victorieusement le Chapelet des âmes du Purgatoire au chapelet de saint Dominique :
(( Le Chapelet des âmes du Purgatoir.: peut être pieusement récite en trois ou quatre minutes, et la somme des indulgences
japonais, qui fait sonner si fort sur son prospectus les pauvres treize mille cinq cents jours d'indulgence qu'il procure.
Le Chapelet des martyrs japonais est modestement formé de vingt-six petits grains rouges. C'est un hommage rendu à un nombre égal de martyrs cruciiiés au Japon au xvi^ siècle et canonisés en 1868 par Pie IX, — mieux vaut tard que jamais ! — martyrs dont les reliques sont conservées à Saint-Brieuc, où elles produisent « de nombreuses faveurs spirituelles pour les âmes, des guérisons et des traits admirables de protection en toute sorte de dangers ' » .
Ce chapelet doit, comme le précédent, toute sa valeur à l'habile combinaison de prières indulgenciées dont il est composé ; aussi le prospectus remarque-t-il qu'il a n'a besoin d'aucune bénédiction spéciale, les indulgences étant attachées aux invocations désignées ».
gagnées est de quatre-vingt dix-huit ans et quatre quarantaines. En dix minutes, en un quart d'heure, le Rosaire des âmes du Purgatoire peut être bien récité et la somme des indulgences gagnées s'élève à deux cent quatre-vingt-quinze ans et trois quarantaines.
s La somme des indulgences attachées à un chapelet de saint Dominique est de dix-huit ans et vingt jours ; celle des indulgences du Rosaire ne peut dépasser soixante-cinq ans et cent jours. La récitation du chapelet de saint Dominique ne se peut faire qu'en un quart d'heure, et celle du Rosaire en trois quarts d'heure. » Le Purgatoire, par le Père L.-J.-M. Gros, de la compagnie de Jésus, Toulouse, Regnault, 1870, in-32, p. 58.
I. Prospectus revêtu de l'approbation épiscopale. — Saint- Brieuc, imp. Guyon Francisque.
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Étant ainsi admis que les chapelets peuvent se passer de bénédiction et emprunter toutes leurs vertus aux récitations cotées dont ils forment un assemblage plus ou moins heureux, on comprend que le premier venu devient apte à combiner des chapelets à Tintini.
Tout l'art, dans ce petit travail, consiste à les rendre très riches d'indulgences, sans les faire longs pour cela. L'ingénieux auteur du Chapelet des morts ne dissimule pas qu'il croit être sorti tout à fait victorieux de « cette double difficulté ».
« Le chapelet, dit-il, est tel que nous le voulions, puisqu'il est à la fois très court et très riche en indulgences pour les morts. Il fait gagner à la personne qui le récite pas moins de vingt-trois mille trois cents jours d'indulgences attachées aux prières qui le composent. »
Récapitulons par curiosité avec lui ;
« il y a, en effet, attachées à la récitation des actes de foi, d'espérance et de charité, et cela îotics quoties^ c'est-à-dire toutes les fois qu'on les dit, sept ans et sept quarantaines d'indulgences; ce qui fait, pour les quatre fois qu'on les répète dans la récitation du chapelet, on\e mille trois cents jours. »
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« On gagne de même trois cents jours d'indulgences toutes les fois qu'on récite l'invocation : « Doux cœur de Marie, soyez mon
salut ! » (Pie IX, bref du 3o septembre i852); ce qui fait, pour les quarante fois qu'on la répète, dou^e mille jours. »
Ci 12. ooo
Additionnons, et nous trouvons effectivement au total 2 3.3oo
Quant aux actes de foi, d'espérance et de charité, l'auteur prend soin d'observer, pour ceux que leur dimension effrayerait, qu'il suffit d'en résumer l'esprit en deux lignes, sans se donner la peine de les réciter tout entiers. On n'y perd rien pour cela.
Après en avoir donné trois exemples d'une brièveté tout à fait séduisante :
« Ainsi formulés, dit-il, quoique très courts, ces trois actes sont pourtant très complets -, ils expriment très bien, en effet, leur but et leurs motifs, ce qui, d'après les bulles de concession, est nécessaire mais suffisant pour gagner d'une manière sûre les indulgences qui y sont attachées. »
Parmi tant de concurrences au chapelet de saint Dominique, s'il en est une qui semble, après tout, bien naturelle, c'est celle du pape. Le pape n'a pas, à vrai dire, un chapelet dont la combinaison lui soit personnelle; seulement, il a pourvu d'avance tout chapelet béni par lui d'indulgences telles que les chapelets-bénis par ses subordonnés ne sont, auprès, que de la saint Jean, — si j'ose m'exprimer ainsi.
Il suffit, par exemple, de réciter une fois la semaine
Les Chapelets io5
l'office divin ou celui de la sainte Vierge, ou celui des Morts, ou les sept psaumes de la Pénitence, en ayant non pas même sur soi, mais seulement che^ soi \ c'està-dire dans sa commode, sur sa table, au fond d'un tiroir, un de ces chapelets enrichis d'indulgences dites apostoliques, pour gagner du coup une indulgence plénière.
Cj qui ressort de là de plus clair, c'est qu'il y a dans la nouvelle Église des bénédictions de première classe et des bénédictions de seconde classe ; celles-ci moins efficaces, comme de juste, que celles-là. Le système est singulièrement flatteur pour la papauté qui l'a créé, moins flatteur encore pour elle, cependant, qu'il ne me paraît dangereux pour le catholicisme, car s'il amène le fidèle à suspecter la valeur de certaines bénédictions, ne l'amène-t-elle pas par là-même, suivant une pente insensible, mais inévitable, à suspecter leur valeur à toutes ?
D'après une clause du dernier décret qui règle l'usage des Chapelets apostoliques, ces chapelets perdent toute leur valeur s'ils sont non pas seulement
I. « Tous les fidèles chrétiens de l'un et l'autre sexe sont avertis : i" Que, pour gagner les indulgences dont Sa Sainteté Pip IX, par une bénédiction apostolique, enrichit les chapelets, rosaires, croix, crucifix, petites statues et médailles, il est nécessaire que l'on porte sur soi ou que /'on tienne c/zcf 50/ quelqu'un de ces chapelets bénits, etc. » (Bref de Pie IX, i853.)
On voit par ces lignes que les elTets de la bénédiction apostolique ne s'arrêtent pas au chapelet, mais s'étendent à toutes les croix, crucifix, petites statues et médailles qui jjcuvent être bénis par le pape.
io5 L'Arsenal de la Dévotion
donnés mais prêtés *. Je n'hésite pas à déclarer cette clause injuste, je dirai même peu chrétienne. Tout le monde ne se trouvant pas dans des circonstances assez favorables pour faire bénir son chapelet par le pape, le chapelet apostolique restera donc le privilège d'un petit nombre. Quoi ! trouverons-nous des privilégiés jusque sur le chemin du ciel ! Et si nous possédons le moyen d'atténuer, dans une certaine mesure, cette injustice du sort, n'y pouvons-nous aider sans nous heurter contre la volonté du chef de l'Église ? Comment ! j'aurai dans les mains de quoi permettre à mon voisin de gagner, dans un but aussi louable qu'est le mien, des indulgences à purgatoire que veux-tu, et je devrai m'abstenir d'en faire profiter sa piété, sous peine d'annulation de pouvoir? Est-ce chrétien? cela, est-ce seulement humain ?
Pour la tranquillité de ceux dont le chapelet viendrait à se casser, je noterai :
« La rupture du cordon ou de la chaîne, ainsi que la perte de quelques grains, ne lui font pas perdre ses indulgences, dès que la majeure partie des grains reste entière. On peut donc renouveler la chaîne, et remplacer le.s grains brisés ou perdus, pourvu que ceux-ci soient en moindre quantité relativement aux autres'. »
1. « Qu'on ne puisse prêter ces objets ni les donner à d'autres précairement, à l'effet de leur communiquer les indulgences, autrement ils perdent ces mêmes indulgences. » Recueil des Scapulaires, p. 884.
2. Le Petit Trésor spirituel, par le P. Jacques. Nouvelle édition. Paris, Leipzig et Tournai, Casterman, 1869, in-32, p. 65.
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Je pourrais signaler d'autres minuties : étudier par exemple, avec l'auteur du Chapelet des six di^aines^ à quel instant delà récitation du chapelet brigittain ou du rosaire on gagne les indulgences attachées à chaque grain ; si c'est seulement à la fin et tout à la fois, ou bien à mesure que Ton dit les prières et que l'on déroule les grains. (Voir page 52.) Mais j'ai hâte d'arriver aux effets plus sérieux du chapelet, à ceux que de nombreux témoignages veulent bien nous révéler.
On raconte que, lorsque la Sainte Vierge apparut à saint Dominique, tenant entre ses mains le chapelet dont elle venait de lui enseigner l'usage, elle lui dit en propres termes : « Prends, prends mon rosaire, va et prêche-le partout. C'est un remède prompt et efficace pour tous les maux ^ »
Si le chapelet se bornait au rôle de préservatif dans l'autre monde, il paraîtrait répondre insuffisamment au vœu plus général de sa fondatrice ; aussi doit-il être également considéré comme un préservatif non moins efficace dans ce monde-ci. Le premier rôle eut sans doute suffi à lui gagner bon nombre de fidèles ; mais par le second, il obtenait ini^illiblement le suffrage bien plus considérable de tous ceux qui aiment mieux tenir que courir.
Qui est-ce qui a obtenu aux alliés contre les Turcs la victoire de Lépante ? C'est le chapelet. Tous les manuels du rosaire vous l'affirmeront, et le Saint- Père, dans un de ses discours, le rappelait tout ré-