‹ L'art à Paris (volume 2)Chapitre 15 sur 51 · Modem Pointers · texte numérisé non relu

Modem Pointers

remarquables déjà, on avait vu M. Millais prêter une rare finesse de pinceau, un faire mystérieux et patient, qui vous confondait et vous charmait du même coup, à l'honnête sincérité des sentiments domestiques, aux plus suaves tendresses d’un cœur de femme. 11 nous est revenu, aujourd'hui, avec une plus grande liberté de facture et avec un brin de bizarrerie, si l’on veut, mais avec une intuition non moins profonde, avec une observation du vrai non moins consciencieuse. 11 y avait de lui, entre autres, au Champ-de-Mars, un paysage et une étude de figure, dont on ne croyait avoir jamais assez sondé l’éloquent mystère. Le froid Octobre, n’est qu’une morne contrée écossaise, un lac lugubre se métamorphosant sur les devants en étang tout rempli de roseaux; mais on y sent le frisson de toute chose vivante à l’approche de l’hiver; et l’âme, en face d’un sujet aussi simple que triste, s’harmonise d’elle-même avec les mélancoliques accords de la nature. Le Gardien de la Tour n’est qu’un vieux soldat de notre temps, dans le costume historique que la vieille Angleterre a scrupuleusement conservé à ses hallehardiers ; mais dans chaque ride de ce sévère visage, et j’oserais presque dire dans chaque pli de cette casaque rouge, se moulant sur la charpente osseuse d’un torse fatigué, mais ferme encore et roide jusqu’au bout, on devine toute une tradition de fidélité, on lit une conscience un peu étroite peut-être, mais impénétrable à toute séduction. Je ne parle pas d’une foule d’autres toiles, à sujet plus émouvant, car au-

LÀ PEINTURE

cune ne me paraît mieux caractériser le peintre et l’école.

Un hôte, Allemand de naissance, mais parfaitement Anglais de facture, et n’ayant pas vainement fait ses preuves dans les fébriles et puissants crayonnages du Graphie, M. Herkomer, a plus que droit de cité dans l’école, il y occupe déjà une place hors ligne. Lui aussi, il avait jeté son dévolu sur un sujet des plus austères, renonçant à tout attrait, à tout charme, meme aux plus honnêtes; le sujet de son tableau, on le sait maintenant par cœur, est une assemblée d’invalides, assistant, l’un d’eux pour la dernière fois peut-être, au service divin. Têtes chauves, visages blêmes, osseux, ridés, regards à demi éteints ou ne s’allumant que de la lueur fugitive d’un dernier éclair : mais combien de souvenirs sur ces fronts sillonnés par les labeurs et les vicissitudes de la guerre, autant que par les années ! Quelle componction sincère sur ces lèvres pâles et dans ces mains tremblantes, ou passe encore, cependant, comme un frémissement de la vie d’autrefois, d’une vie dignement remplie par la foi en Dieu et par l’honneur du drapeau ! Voilà bien les vieillards chantés par le poète « accueillant déjà au fond de l’àme les chastes pensées de la tombe, »

I vegliardi che ai casti pensieri

Délia tomba già schiudon la mente 1 :

En voilà un dans les premiers rangs, qu’on dirait

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