‹ L'art à Paris (volume 3)Chapitre 39 sur 52 · LA PEINTURE EN GRÈCE, EN ESPAGNE ET EN ITALIE · texte numérisé non relu

LA PEINTURE EN GRÈCE, EN ESPAGNE ET EN ITALIE

Il n'y a peut-être pas une seule des races aryennes qui n'ait dans sa légende quelque charmante fille ou épouse de roi, tombée, soit par revers de fortune, soit par maléfice ou sortilège, dans la condition la plus humble. Quels âpres sentiers ne lui faut-il pas fouler de ses pieds délicats, quelles montées abruptes ne lui faut-il pas escalader, combien de fatigues et combien de peines ne se voit-elle pas imposées, avant que le talisman si longtemps attendu lui rende les splendeurs qui avaient entouré son berceau ! Cependant, toute pauvre, seule et vagabonde qu'elle était, elle n'a jamais perdu courage ; il y a eu toujours une étoile, ou une petite langue de feu, ou un tout petit flambeau, bien loin, bien loin, qui l'a aidée à retrouver sa route. A ce conte de fée, ou à quelque chose d'approchant, je ne pouvais m'empêcher de revenir par une rêverie presque

inconsciente, dès que je mettais le pied dans une des sections les plus humbles du Champ-de-Mars, et que j'y lisais, dans l'idiome d'Hésiode et d'Homère, ce nom magique d"EX)*aç, tout plein de séductions et de souvenirs, tout étincelant de blancheur sur les lambris. Etait-ce une ironie ou une promesse?

Le contraste, cependant, entre les souvenirs du passé et les impressions du présent, qui par rapport à la sculpture était des plus vifs, vous frappait moins par rapport à la peinture, les termes de la comparaison ne tombant pas sous les yeux, et ne pouvant s'entrevoir que par les livres ; sans compter que, des tableaux exposés parla Grèce au Champ-de-Mars, on pouvait fort bien dire ce que Manzoni a dit de certains vers d'un sien ami, à qui il a fait une réputation en trois mots : pochi, ma buoni. Je croirais manquer à un devoir de fraternité si je ne rendais point ici aux jeunes artistes de la Grèce ce témoignage; et je pense que M. Rallis, avec ses gracieuses réminiscences féminines de Mégara, et M. Lytras, avec*ses blanches jeunes filles et son brûlot de Scio, et jusqu'à M. Pantazis, avec certains brouillards qu'il s'obstinait à faire passer pour des paysages du Nord, et derrière lesquels je m'obstinais de mon côté à supposer le Pinde, l'Hymette et l'Olympe, s'offraient comme les introducteurs les plus légitimes qu'on pût souhaiter pour passer à la peinture du Midi, à la peinture espagnole et italienne. Les quelques toiles de M. Lytras surtout, se sont im-

plantées dans ma mémoire ; l'intonation claire, la facture simple, certains blancs enlevés sur blanc ingénieusement et sans effort, me paraissent les arrhes d'une individualité bien prononcée. Et puis, une orpheline solitaire, occupée à coudre sa petite robe de deuil ; une autre enfant, qui attise sur un âtre désert un peu de braise; une belle fille de Janina, qui paraît sommeiller, la tête appuyée à je ne sais quels haubans d'une barque de pirates barbaresques , et qui, si je ne me trompe, épie au contraire le moment où les pirates sommeilleront à leur tour : une autre gracieuse enfant de la Thessalie ou de l'Epire, qui, enfermée, par sa marâtre peut-être, dans un bouge, se dresse sur la pointe de ses pieds nus pour décocher, entre les barreaux de la fenêtre, un baiser à l'amant qu'on lui défend de voir ; — est-ce que tout cela n'en dit pas plus que ce qu'on lit au catalogue?

Au demeurant, le besoin, ou si l'on veut, la manie de se lancer dans la voie des énigmes, des interprétations et des découvertes, est un vieux péché dont la critique ne saurait entièrement guérir; et malheur à elle si elle en guérissait tout à fait. Qu'arriverait-il le jour où elle ne s'en tiendrait qu'à la technique, et ne prétendrait point pénétrer,, au risque, s'il le faut, de se tromper, le sens intime, le caractère moral de l'art? Le plus profitable au public, n'est-ce donc pas ce qu'elle parvient à démêler par voie d'induction et de parallèles, et en prenant les choses en bloc, dans la production artistique d'une période don-

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née, chez tel ou tel peuple, dans tel ou tel milieu d'idées, d'opinions ou d'institutions sociales? Un poète qui a fait à son tour et avec beaucoup de sagacité, de la critique, tout en sacrifiant un peu au paradoxe, M. Hamerling, a dit avec beaucoup de finesse, ce me semble, que « toute œuvre vraiment poétique comme toute œuvre de nature, a plus d'une signification... que toute création d'art est aussi pleine de mystères et aussi peu susceptible d'une explication complète, que la vie même ; et que,, partant, il ne faut pas tant regarder à ce que l'artiste ou le poète a pu sciemment y mettre, qu'à ce qui s'y trouve. Le poète, l'artiste, sait ce qu'il y a mis, c'est fort bien; mais quant à ce qu'on peut y trouver, il n'en sait pas plus long qu'un autre ; et il n'appartient ni à lui ni à personne de fixer d'une manière irrévocable le sens de son œuvre, et de clore, par une explication authentique, la voie à toute exégèse ultérieure l. »

Nous voici arrivés, par exemple, à la péninsule ibérique. Qui pourrait ne pas en garder tout frais les éclatants souvenirs? Et en les gardant, qui pourrait nier la personnalité morale bien tranchée qui ressortait de i'ensemble de son exposition, la transformation qu'on y relevait à chaque pas, aussi bien dans les méthodes d'atelier, que dans les convictions et dans les intentions des artistes?

S'il y a eu jamais de pays au monde où une intense ferveur religieuse, un ascétisme sombre,

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