‹ L'art à travers les moeursChapitre 144 sur 179 · Baudrillart, Histoire du luxe · texte numérisé non relu

Baudrillart, Histoire du luxe

cèdent, tandis que les obélisques pesants et les trophées massifs, élevés aux quatre coins et reliés par des grilles dorées, entourent la cour d'apparat, vide, nue, déserte, qu'animent à peine quelques statues de marbre.

A l'intérieur de l'édifice, des galeries sans fin, des escaliers immenses, et qui semblent taillés pour une autre race, des salons qui se suivent en enfilade, tout cela décoré avec une prodigalité

FIG. -204. — COF FKE DE MAKIAGE, ÉPOQUE LOUIS XIV.

inconnue jusque-là. Il semble qu'un rayon de ce soleil, emblème choisi par le plus formidable orgueil de cet orgueilleux temps, se soit égaré dans ces salles resplendissantes et soit demeuré accroché aux saillies des chapiteaux, aux cannelures des colonnes et aux voussures du plafond. Tout brille, reluit, éclate dans cet entassement de marbres et d'or. Toute cette magnificence est si pressée, si tassée que les ornements s'écrasent- — Excès de splendeurs dont la prodigalité sans mesure froisse le goût, mais qui frappe, émeut et impose cependant par sa richesse, son ampleur et sa force.

Détails de la sous-garde e. de la cros.e. (Collection de l'auteur.)

Ce besoin de faste et de symétrie est tel, qu'il ne peut se contenir dans les limites d'un palais, quelque vaste du reste que celui-ci puisse être. Il déborde au dehors et Tarchitecte, ne pouvant égaler la nature, s'efforce de la réduire à la taille de ses œuvres, la façonne et la condamne à n'être plus qu'un acces-

FIG. 206. — SERRURE DE COFFRET, XVI1« SIÈCLE. Musée àc Cluny.

soire de ses travaux de marbre et de pierre. Les plantes et les arbres, déjà domptés par les architectes du siècle précédent, obéissent désormais docilement au ciseau. Le sol se couvre d'arabesques de gazon et de buis. Les massifs se dressent verticalement comme des murailles vivantes. Les tilleuls s'arrondissent en portiques et forment des galeries. Les cyprès, les ifs

et le buis dépouillent leurs naturels contours pour figurer un vase , une pyramide, une corbeille, un berceau, ou pour représenter une urne funéraire.

A des hommes qui se croient plus qu'humains il faut une

KIG. iOl. — LUSTRE EN D H 0 N Z E, STYLE LOUIS XIV.

Appartenant à M. de Savoye,

nature obéissante et servile. Ne pouvant s'élever au-dessus d'elle, ils la réduisent et la courbent. Ils pensent se grandir en la faisant mesquine et s'élever en l'abaissant.

Après les plantes, ce sont les eaux dont on s'empare pour les faire servir à l'embellissement des palais et des jardins. Bassins, jets d'eau et cascades deviennent un inévitable et somp-

tueux complément des charmilles taillées et des portiques de feuillage. Puis comme à cette nature à part il faut une population également à part, on anime ces frais gazons, ces verts feuillages,

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