F I G. 209. — ORFÈVRERIE S T Y I. S LOUIS XIV
Aiguière Casquée ea argent m-issiT, appartenant à M. le baron de ^ïuncl;.
pour mettre les orangers... ces tables, d'une sculpture et d'une ciselure si admirables que la matière, toute d'argent et toute pesante qu'elle était, faisait, au dire de Voltaire, à peine la dixième partie de leur valeur ' ».
Tous les talents, toutes les habiletés semblent du reste se prodiguer au service de ce faste royal pour l'aider à se développer. Toutes les intelligences sont mises à contribution pour satisfaire ses caprices. Les Gobelins, transformés en « manufacture des meubles de la Couronne " , ne cessent d'enfanter des merveilles incomparables. A la tête de l'établissement se trouve un
I. Siècle de Louis X/V, voir Ho)iimes illustres, article Claude Ballin.
peintre de talent, plein de pompe et d'ampleur, animé d une infatigable fécondité, et dont le vaste esprit se prête à un nombre infini d'applications de tout genre.
Le Brun (car c'est de lui qu'il s'agit) peut être regardé, au
ail. - PROJET DE CABINET, STYLE LOUIS X.
D'après un dessin à la sanguine de A.-C. Eoulle.
pomt de vue du luxe décoratif, comme la plus haute expression de l'art français. Jamais aptitudes ne furent plus variées. A la fois peintre, graveur, architecte, ayant en matière d'industrie dart des idées encyclopédiques, il devient rapidement le régulateur du goût, l'arbitre des idées, l'inspirateur des modèles et
le créateur par excellence des types admis. Non seulement sa verve intarissable fournit à tous les besoins; non seulement il prodigue à ses collaborateurs les cartons de tapisseries, les dessins de meubles, les modèles d'orfèvrerie, mais encore il trouve le moyen de peindre en une suite de toiles immenses l'apothéose de Louis XIV sous les traits d'Alexandre, et va même jusqu'à travailler pour l'école et jusqu'à dessiner des exemples, pour que les générations à venir s'inspirent de son esprit'.
Autour de lui, une légion d'artistes de premier mérite apportent à son effort personnel le contingent de leurs talents variés. Des graveurs comme Audran, Rousselet , Sébastien Le Clerc ; des sculpteurs comme Tubi, Coysevox et Cafiieri; des ciseleurs comme Alexis Loir et Du Tel ; des orfèvres comme Ballin ; des ébénistes comme Boulle; des lapidaires comme les Megliorini, Branchi et Gachetti ; des brodeurs comme Philbert Balland et Simon Fayette; des peintres comme Bonnemer, Testelin, Boulongne le Jeune forment, de la « manufacture des meubles de la Couronne », une sorte de conservatoire de toutes les applications artistiques relatives au mobilier.
Tous les arts, du reste, suivent la même pente et se laissent entraîner par le même courant. A ce monde ampoulé, poseur, majestueux, il faut une expression qui lui ressemble. Même dans leurs portraits, Mignard et Rigaud font souffler je ne sais quel vent emphatique, et il n'est pas jusqu'aux peintres de paysages qui, fidèles contemporains de Lenôtre, ne prennent soin d'ennoblir la nature.
Dans les tableaux de Poussin et de Claude Lorrain, des architectures de convention étaient intervenues déjà pour équilibrer le paysage. Sous le pinceau de leurs successeurs, les monuments alternent avec les rochers, les portiaues encadrent