‹ L'art à travers les moeursChapitre 153 sur 179 · LE RÈGXE DE LOUIS XV · texte numérisé non relu

LE RÈGXE DE LOUIS XV

VEC le dernier soupir du plus majestueux des rois la majesté s'est envolée du monde. Les arts et les lettres ont été les premiers à se ressentir de cette révolution. Miroir f dèle des mœurs de leur temps, à peine le roi soleil disparu, nous les trouvons en pleine réaction, et le règne qui commence est, de toutes les époques de notre histoire, celle où la noblesse et la grandeur sont le moins à chercher.

PIG. 217. — KIGI-RINE EN FAÏENCE.

Collection de l'auteur.

Déjà, aux dernières années de sa vie, vermoulu, rongé, sapé à sa base', le superbe édifice élevé à grand fracas par Louis XIV et son pompeux entourage, menaçait ruine et semblait sur le point de s'écrouler. Mais sa somptueuse ordonnance, ses lignes magnifiques, son imposante ampleur, se profilaient encore avec une indiscutable majesté dans la pénombre de ces dernières années sombres et tristes. En quelques heures le décor change, rédifice s'effondre et tout un monde nouveau, frais, pimpant, gracieux, léger, indiscret et joyeux, semble naître de sa poussière et vient s'installer sur ses ruines.

Nous admirions tout à l'heure les institutions et les arts développant noblement leurs grandes lignes symétriques et parallèles; nous allons voir désormais toutes les œuvres de l'homme se tourner, se courber, se contourner, s'arrondir. Aucune de ces larges et vastes pensées, qui nous avaient surpris par leur ampleur, n'arrêtera plus nos regards. En un instant, tout s'est transformé, tout s'est fait petit, gracieux, gentil, aimable. A la majesté, règle unique du siècle précédent, s'est substitué un autre maître non moins tyrannique, la volupté, et dans les lignes courbes qu'affectent tous les arts, U nous est facile de voir se refléter une seule et unique préoccupation, le plaisir.

C'est le mobilier qui, cette fois, fournit la note vraie, caractéristique, dominante de l'époque, et c'est à lui qu'elle emprunte son nom familier. On l'appelle, en etîet, Pompadour ou Rococo, suivant qu'on se souvient de l'inspiratrice de tant d'œuvres charmantes, ou qu'on pense plus particulièrement à cette décoration sans formes arrêtées, sans charpente logique, sans proportions et sans lien, rapportée d'Italie, où ses rocaiUes embellissaient les jardins, et qui s'empare brusquement du mobilier, puis de l'architecture et successivement de tous les autres arts.

Cette transformation subite semble, au premier abord, singulièrement extraordinaire. Toutefois, si sa soudaineté a pu

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