FIG. 218. — CH'AR A BANC, ÉPOQUE LOUIS XV
AppArtenant à U princesse de Looz Côrswaren.
compter avec la richesse. Le terme, jusque-là sans signification, de « classe riche » apparaît pour la première fois, et, comme conséquence, le désir, le besoin, la volonté de s'enrichir se manifestent partout.
Le résultat de cette préoccupation dominante ne tarde point, du reste, à se faire sentir. La femme, inapte aux choses de la guerre, rebelle aux charges de l'administration et du gouvernement, mais admirablement douée pour l'intrigue et la spéculation, prend tout à coup un ascendant, une influence inconnus
^^g L'ART A TRAVERS LES MŒURS.
auparavant. D'une part on voit apparaître le bataillon des agioteuses et des spéculatrices, en tête desquelles marchent M"« de Verrue, de Tencin, de Prie, de Sabran, de Gié, de Polignac et de Nesle, intrigantes sans scrupules ni remords, qui ouvrent la route aux servantes maîtresses et préparent la cour à s^incliner devant les Pompadour et les Dubarry '. D'autre part, les mésalliances ouvrent à toute une classe de femmes intelligentes, actives et remuantes, les portes du grand monde, et la fortune est désormais la clef magique qui donne accès à tout. « C'est de ce moment que date Talliance intime de la noblesse et de la finance », dit un historien"-, et un moraliste contemporain de cette évolution^ ajoute : « Les gens de condition ont perdu tout droit de mépriser la finance, puisqu'il y en a peu qui n'y tiennent par le sang ».
Le mal au reste avait été signalé dès le commencement du siècle. « Ils épousent toute sorte de filles de la bourgeoisie, quelquefois même des paysannes, pourvu qu'elles aient de l'argent », écrivait en 1702 la princesse Palatine* en parlant des nobles de la cour. Avec les années la confusion des classes n'avait fait que s'accroître. On avait vu une nièce du duc de la VriUière épouser un enrichi de la veille nommé Panier; le marquis d'Oise prendre pour femme la fille du commis André, et le comte d'Évreux la fille de Crozat, banquier et homme de mérite d'ailleurs, mais ancien laquais. On comprend quel empire de pareils besoins d'argent allaient donner au beau sexe intrigant et hardi. Le temps est venu où M">- de Tencin peut dire à Marmontel : « Au moyen des femmes on fait tout ce qu'on veut des hommes », et sait prouver qu'elle a raison.
1. Baudrillart, Histoire du luxe. - Forbonnais, Recherches sur les finances. - Levasseur, Lau.' et son système.
2. Lacretelle, Histoire de la France pendant le xvill° siècle.