Isis et Osiris, cli. LV
4. Voir journal de Crelle (Berlin, t. Llli et Mathematischc Betrage (cités par lExpliyrateur).
lisations se succèdent sans entamer son pouvoir, et que partout l'Art s'incline pieusement devant lui. C'est le triangle que nous trouvons comme canevas de l'expression du Sublime à chaque époque. C'est lui qui marque, en Egypte, la forme de ces pyramides monstrueuses, effrayantes de grandeur. C'est lui que la Grèce place au fronton du Parthénon. C'est lui que nous découvrons comme forme fondamentale de certains chefsd'œuvre de Raphaël ; et c'est encore lui qui enveloppe dans ses lignes la merveille sculpturale de notre temps, l'ouvrage immortel de Rude.
Dans l'ornementation générale, c'est-à-dire dans l'Art à ses débuts, le triangle n'a pas une importance moindre. Il est la base de toute l'ornementation géométrique, qui est elle-même le point de départ de la décoration imaginée.
Mais ici nous entrons dans des distinctions peut-être un peu subtiles, et il serait bon d'établir des points de repère et une classification raisonnée.
L'ornementation, en effet, peut se diviser en quatre classes, qui ont chacune une origine spéciale, une inspiration particulière, et qui revêtent des caractères parfaitement tranchés.
Ces quatre classes sont :
1° L'ornementation imaginée, qui comprend tous les ornements inventés par l'homme, créés directement par lui, empruntés sur son propre fonds, sans qu'aucun d'eux soit directement inspiré par les productions de la nature. Tels sont tout d'abord le triangle, les méandres, les entrelacs, les grecques, les cannelures, etc., en un mot tous les ornements géométriques;
2° L'ornementation interprétée, qui s'inspire des formes d'un objet naturel, spécifié, connu, et qui les interprète, c'est-à-dire les transforme ou les dénature. Tels sont les vagues, les palmes, les palmettes, les feuilles d'acanthe, les nattes, les animaux héraldiques, etc. ;
3» L'ornementation imitée, qui s'empare de formes, de figures, d'objets empruntés à la nature, et, les reproduisant d'une façon relativement exacte, les fait concourir à la parure ou à Tornement ;
r,0 44. - E.VEMrLE DE DISPOSITION TRIANGULAIRE OU PYRAMIDALE.
La Sainte Famille de la maison Canigiani, pa. Raph.al. (Pinacothèque de Municli.)
40 Et enfin l'ornementation mixte, laquelle est formée de la réunion de deux des ornementations précédentes.
Sauf pour la quatrième classe, qui par suite de son caractère éclectique n a pas d'époque très fixe ni de périodes parfaitement délimitées, et qui marque surtout les temps de transition.
Flii. -lô.
EXEMPLE d'0RNEME;<TATI0N GÉOMÉTRIQUE A BASE TRIANOOLAIRE
Mosaïque antique
Découverte i Rome dans Us fouilles du Palatin.
il est à remarquer que toutes les autres divisions ornementales se succèdent, dans Tordre que nous venons d'indiquer, avec une ponctualité surprenante.
Invariablement l'homme débute par Tornementation imaginée, continue par rornementation interprétée, et n'arrive qu'en tout dernier lieu à l'ornement imité.
Cette marche est si normale, si régulière, qu'on n'a pu encore lui trouver qu'une seule exception. Tous les objets découverts "<'■ i^. — exemple dorsementatiu.n imaginée.
, , Vase de Théra. — Céramique grecque primilive.
jusqu a présent et appartenant à (coiieetion de m. le baron de wiue.)
l'âge de la pierre, du moment où ils sont décorés, ne portent que
des ornements géométr.'ques et même le plus souvent des rudiments d'ornements; « les lignes décoratives, ainsi que le constate sir John Lubbock, en sont ordinairement droites, ou, si elles sont courbes, elles sont alors irrégulières et mal dessinées ' » ; les ornements
FI G. 47. — EXEiUPLE D'ORNEMENTATION IMAGINÉE. Vase primitif d'ialysos (ile de Rhodes). Musée Britannique,
géométriques , mieux dessinés et plus régu-
I. John Lubbock, l'Homme pri-historiqxie, introduction, p. 15 et 22.
Cl 2
FIG. 48- — AIGLE ESSORANT.
Figure héraldique.
liers, persistent pendant presque toute la durée de Tàge du bronze.
La présence de la figure humaine ou ■'■"■ ^^- — ■•'°^ rampant.
^ , . Figure héraldique.
d animaux
même grossièrement indiqués sutiit pour désigner une période très avancée de Tâge du bronze et pour caractériser 1 âge du fer. La seule exception qu'on ait produite jusqu'à ce jour consiste dans une série de dessins d'animaux, poissons, rennes, bouquetin, mammouth, gravés sur des bois de rennes ou sur des pierres, avec une perfection incomparable, et découverts dans les cavernes de la Dordogne, notamment dans celle de la Madelaine.
Si ces dessins, dont nous aurons à nous occuper dans la seconde partie de ce livre, sont véritablement de l'époque à laquelle on les attribue, ils ne prouvent qu'une chose, c'est qu'avant même le temps d'absolue barbarie désigné par les
savants sous
le nom d'âge
du bronze,
notre contrée avait été
déjà habitée
par une race
relativement
Fia. 50. — LOUP PASSANT.
Figure bérjUique.
plus civilisée, race
Fia. 5L — MEKLETTES
Figure héraldique.
condamnée à disparaître sous l'effort d'un envahisseur plus robuste ou mieux armé, mais qui avait déjà accompli d'une façon régulière le cycle complet de ses manifestations artistiques.
La figure humaine et l'animal, dessinés surtout avec ce naturel et cette perfection, ne se rencontrent, en effet, que dans la seconde période de la vie des peuples. Or, avant d'arriver à cette seconde période, l'homme doit traverser tous les âges de la Barbarie :
Le premier, pendant lequel il borne son idéal à l'ornementation purement subjective, c'est-àdire où il n'a d'autre souci artistique que de parer sa personne :
Le second, pendant lequel l'ornementation devient objective, c'est-à-dire
où l'homme commence à décorer les objets qui sont à sa portée, lui appartiennent ou l'intéressent.
Et ce n'est qu'après avoir franchi cette double étape (si longue, si pénible, que quelques races ne parviennent pas à en sortir), que l'homme primitif entre dans la troisième phase de
FIG. 5-2. — EXEMPLE U ' O li N E M E N T A T I 0 N MIXTE.
Vase bispauo-moresque appai tenant à M. de Ro:bs*:hild.
la Barbarie, la phase représentative ou significative, dans laquelle il édifie de ses mains, trace ou modèle une figure, qui est la représentation d'une chose vue, ou crée une image qui, à ses yeux, a un sens, une portée, une signification, et devient pour lui un symbole.
riG. 53. - V.\SE GREC PRIMITIF SY.MBOLIQUE, A TÊTE DE FEM.ME.
Provenant des fouilles de M. Schliemann.