Pascal, Pcuscis, première partie, art
changements peuvent le discréditer dans l'opinion publique et lui faire perdre la considération dont il a besoin.
Plus on descend dans l'ordre des choses et plus cette tyrannie occulte qui pèse sur toutes nos actions devient inexorable, et mieu.x; on sent ce que Herzen appelle avec tant de justesse « la camisole de force du préjugé' ».
Les grandes pensées, en eflfet, peuvent enthousiasmer au point qu'on se croie assez fort pour lutter contre cette « assuéfaction qui endort la vue de notre jugement » assez courageux pour braver l'opinion et exposer sa personne; mais pour les choses secondaires la lutte est vraiment hors de proportion.
En veut-on un exemple ? Dans notre siècle, il faudrait à un professeur moins de courage pour soutenir, devant ses élèves, les opinions les plus extraordinaires, pour développer les théories les plus inattendues, que pour paraître devant eux vêtu de rouge des pieds à la tête. Dans le premier cas, il passerait pour un esprit novateur, pour un original, pour un ambitieux, peut-être même pour un esprit supérieur, pour un homme de génie; dans le second, certainement pour un fou. Ses théories lui feraient peut-être des adeptes. Son costume lui enlèverait toute autorité et ne lui attirerait que honte et mépris.
Un costume rouge n'a rien en soi, cependant, qui semble capable de déshonorer un homme. Sans remonter à la pourpre antique, signe de grandeur et de toute-puissance, nous n'avons qu à promener nos regards autour de nous pour voir des robes rouges honorées par la magistrature et vénérées par le clergé.
Ce seul exemple suffit, j'imagine, à prouver que, même en notre temps, les préoccupations les plus élevées comme les habitudes les plus vulgaires sont régies par une suite d'idées générales imposées par le milieu dans lequel l'homme vit et se développe.