I. Pascal, Pcnsies, première partie, art
on ne peut toucher, dont on ne peut modifier aucune partie, sans amener une pénible et douloureuse discordance. C'est là un fait naturel, normal, compréhensible, et, nous l'avons vu, facile à expliquer.
Or, si nous admettons avec Bagehot que « les époques ont leur caractère aussi bien que les nations^ », en prenant une de ces époques, en la débarrassant des traits qui lui sont communs avec tous les siècles passés ou futurs et avec tous les pays, il est clair qu'il nous restera seulement un certain nombre de traits spéciaux, qui, ayant une origine identique, doivent posséder un air de famille, de parenté, et revêtir les mêmes caractères.
Cette connexité, cette unité, qu'il est non seulement possible mais facile de constater, et qui va faire l'objet de la seconde partie de cette étude, demande à être bien établie; car, admise comme vérité, elle prend une importance extrême, puisqu'elle permet de reconstituer à Taide d'un petit nombre de manifestations suffisamment connues, les tendances d'une époque et, par voie d'assimilation, celles d'entre les coutumes qui étaient inconnues, ignorées ou tombées dans l'oubli.
Aussi, nos prémisses étant admises, voyez quelle importance acquièrent les moindres productions artistiques. Grâce à elles, en etTet, nous pouvons pénétrer les besoins de l'époque qui nous intéresse, dévoiler ses appétits, montrer sa force, établir sa valeur, c'est-à-dire restituer l'histoire de la partie productrice de sa population; et, au moyen de comparaisons avec les temps antérieurs et postérieurs, déterminer la marche ascendante ou descendante de sa civilisation, constater son développement ou sa décadence, sa décrépitude ou sa gloire.
De même que la présence d'un crâne ou seulement d'une mâchoire humaine permet non seulement de constater l'exis-