I. Paul Lacroix, les Arts au moyen âge
les premiers tapis fabriqués dans la Gaule conquise, et Téglise Sainte-Marie de Vence, qui date, elle aussi, de ce temps, prit le nom de Daurade, à cause des mosaïques dont on l'avait ornée.
Pour l'architecture, l'apport des influences et de la maind'œuvre étrangères n'est pas moins visible. Là pareillement, tout était à faire. Les sculpteurs, les architectes et même les ouvriers habiles manquaient absolument. Mais ces obstacles étaient bien plus faits pour exciter le zèle du puissant monarque que pour le ralentir. Aussi non seulement il n'hésita pas à faire venir de Constantinople et d'Italie des maîtres en l'art de bâtir, mais encore il appela près de lui des colonies d'ouvriers habiles, et se fit expédier à grands frais des chapiteaux et des fûts de colonnes, des frises et des bas-reliefs pour orner ses églises, ses baptistères et ses palais'.
Il y a cent ans à peine, les maisons royales d'Aix-la-Chapelle, de Nimègue, de Goddinga, d'Attiniacum, aussi bien que les monastères de Trêves, de Saint-Gall, de Salzbourg montraient encore des traces nombreuses et frappantes de cette singulière alliance de fragments antiques, d'une perfection rare, mêlés à des constructions du ix- siècle dénonçant une esthétique indécise et des artistes mal formés.
Ajoutons que tous ces sacrifices n'ont point pour cause unique un amour démesuré du luxe. Le nouvel empereur n'agit point au hasard, il poursuit un but longuement médité. Il veut s'imposer à ses ennemis autant par la grandeur de son faste que par la puissance de ses armes. Il en convient luimême dans ses capitulaires % et ses panégyristes déclarent qu'il voulait faire d'Aix-la-Chapelle une « Rome nouvelle' ». Il tient, en etfet, à ce que les Saxons, courbés non seulement sous