‹ L'art à travers les moeursChapitre 93 sur 179 · I. Voir : Histoire des arts industriels au moyen âge · texte numérisé non relu

I. Voir : Histoire des arts industriels au moyen âge

place à l'épée à pommeau et à garde de fer, dont la lame longue et large était enfermée dans un fourreau de bois garni de cuir; enfin tous les chefs, jadis si fiers de leur longue chevelure, insigne du commandement, avaient fait couper leurs cheveux à la romaine, et l'empereur lui-même, que nous aimons à nous

FIG. 106. — FRAGMENT DU SUAIRE DS SAINT POTENTlKN.

Étofle du X*: siècle. (Trésor de la cathédrale de Sens.)

représenter avec une longue barbe griffaigne, s'était fait raser le menton.

En tout, on le voit, Charlemagne s'était montré l'ardent restaurateur des tendances gallo-romaines. Partout il s'était efforcé de ressusciter non seulement l'organisme de l'empire d'Occident, mais encore, ce qui à ses yeux faisait sa vraie supériorité, son indiscutable grandeur, les arts, les lettres, les sciences. Il avait fait tout ce qui était en son pouvoir pour renouer la tradition,

et il pouvait assurément espérer que, de si laborieux efforts, résulterait une création durable. — Il n'en fut rien.

Sa tentative héroïque aboutit, de son vivant, à des copies plus ou moins heureuses, à des imitations plus ou moins correctes des ouvrages laissés en modèle par ces populations galloromaines que les Francs avaient brutalement subjuguées. Pour réveiller la verve nationale endormie, il avait remué les cendres de la vieille Gaule et de TEmpire romain. De ce foyer mal éteint, quelques pâles étincelles avaient jailli, prenant dans cette nuit obscure l'éclat et la grandeur de brillantes étoiles; mais rheure n'avait point encore sonné où, de l'esprit et du cœur même de la France renouvelée, devait s'élancer un art nouveau, puissant, vivifiant et robuste.

Les ferments apportés par les peuplades conquérantes étaient depuis trop peu de temps mêlés à la vieille civilisation gallo-romaine, pour qu'un art autochtone pût éclore. Il fallait pour féconder ce mélange une plus longue incubation. L'éclosion devait venir à son heure. La production artistique ne se règle pas avec des lois et des arrêts. Elle n'obéit point à la discipline qu'un monarque impose ; elle tient aux entrailles mêmes de la nation.

En donnant à la renaissance qu'il projetait cette impulsion vigoureuse qui imprima à toutes les productions de son temps un caractère uniforme, Charlemagne avait les yeux tournés vers le passé. Or qu'importait le passé à ces hardis compagnons, qui connaissaient la Gaule seulement depuis qu'ils en avaient fait la conquête? Que leur importait la grandeur de l'Empire galloromain, à eux qui l'avaient combattu, écrasé, soumis, occupé, et qui le détenaient sous leur main de fer, en exprimant la moelle et le sang ?

C'est vers l'avenir qu'ils portaient leurs regards, c'est là seulement que pouvaient exister pour eux la grandeur, la ma-

jesté, la sereine puissance, si tant est qu'ils la devaient connaître. C'est pourquoi la tentative magnifique de Charlemagne n'eut pas les suites qu'elle semblait comporter.

De l'année 814, où meurt l'empereur, à l'an 987, où sa dynastie disparaît de la scène du monde, treize rois se succèdent sur le trône de France, et il faut à peine cinquante ans pour qu'il ne reste plus trace de cet édifice superbe, que Charlemagne avait si péniblement construit.

Fir. 107. — SCEAU DE L'ii.MPEREUU CHARLEMAGNE.

Bibliothèque nationa'e.

FIO. 108. — CAS«UE DIT DE BOABUIL. A VAriiicna rtal de MadriJ.

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