Voltaire^ Siècle de Louis XIV
Ce qu’était au physique ce personnage important, les comédiens ordinaires du grand roi vont se charger de nous le dire :
Vous savez ce qu’il faut pour paraître marquis ;
N’oubliez rien de l’air ni des habits;
Arborez un chapeau chargé de trente plumes Sur une perruque de prix;
Que le rabat soit des plus grands volumes Et le pourpoint des plus petits.
Mais surtout je vous recommande Le manteau d’un ruban sur le dos retroussé,
La galanterie en est grande Et parmi les marquis de la plus haute bande C’est assez pour être placé*.
Notez que la satire est des plus douces, et s’il la fallait refaire aujourd’hui, on forcerait autrement la note et les couleurs. Les chapeaux chargés de plumes, le large baudrier chamarré coupant diagonalement la veste; les bouffettes des chaussures qui font ressembler les hommes à des oiseaux pattus; la cravate qui bouffe sous le menton, les gai and s , ces nœuds de rubans, répartis au nombre de cinq à six cents dans le costume, si bien que les contemporains disent que « c’est faire boutique de sa propre personne et mettre autant de mercerie à l’estallage que si l’on vouloit en vendre^ », toutes ces folles inventions répondent assez au besoin de magnificence dont les esprits étaient alors travaillés.
Chez les femmes, les excès sont les mêmes. L’invention des falbalas, des pretintailles, les robes d’or sur or dont parle M'"® de Sévigné, le reproche que Dupradel adresse à ses contemporaines d’employer en un seul habillement plus d’étoffe qu’il n’en fallait autrefois pour plusieurs, de se grossir outre mesure,