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FIG. 22L — SOUPIÈRE ROCAILLE EN ARGENT

Appartenant à M. le baron de Joiguy de Pamele.

respect pour les injonctions classiques. A la grandeur de Le Brun a succédé l’affectation de Goypel, peintre maniéré qu’on trouvait puissant, dont les expressions minaudières paraissaient gracieuses. A sa suite, de Troy promène l’Ancien Testament dans les salons de Louveciennes, et loge la pure Esther dans les boudoirs de Marly. Van Loo, Lancret, Pater, s’encouragent de son exemple et, sous leur pinceau badin, les Romaines en panier alternent avec les Grecs en culotte de soie. Tous briguent

de succéder à Watteau dans son titre mérité de « peintre des fêtes galantes ».

Brillante, voyante, éblouissante, la palette des maîtres à la mode cherche uniquement à plaire aux yeux, et leur pinceau se

soucie peu de satisfaire l’esprit. Sceptique comme la littérature, la peinture butine en tous lieux, emprunte à tous les temps, mélange effrontément l’Olympe païen au paradis catholique, et Boucher, qui succède à Le Brun comme dispensateur de la mode, n’arrive à se tirer d’affaire qu’en créant, tout d’une pièce, un nouveau monde de convention.

La nature, en effet, n’a rien à réclamer dans le domaine qu’il se taille.

Les femmes qu’il représente, ou plutôt ses déesses (car toute femme sous sa main se transforme et se divinise), ont des chairs nacrées, des formes arrondies, des poses alanguies, qui n’appartiennent ni à notre race ni à nos climats. Les carnations rosées de ses amours se détachant sur des nuages gris perle, ne sont pas plus d’essence terrestre que ses bergères enrubannées et ses pasteurs fidèles n’appartiennent à nos champs. C’est là un pur décor, image sincère.

DIBLIOTHÈQUE EN BOIS SCULPTÉ, XVIII' SIÈCLE. Appartenant à M. de Poswick.

au reste, exacte interprétation de toute cette société rieuse, insouciante et folâtre, dont le délire et les joies folles, sem-

FIG. 2*23. — PKOJET DE FONTAINE, FAC-SIMILÉ d'uN DESSIN DU XVIIl® SIÈCLE. Appartenant à M. Beurdeley.

blables à un rideau de théâtre, cachent les sombres et douloureux abîmes d’où va jaillir l'avènement d’un ordre nouveau.

La sculpture, dépourvue de ces colifichets brillants, ne pouvant se parer de ces couleurs riantes, demeure plus sérieuse et

montre moins d’afféterie. Bouchardon à son déclin prépare l’avénement d’AIlegrain, de Falconet, de Pajou, de Pigalle. Sous le ciseau de ces maîtres, la statuaire française conserve une relative pureté. Elle se dépouille toutefois de son ampleur robuste, pour se faire délicate et gracieuse. Là encore, le joli tend à reprendre ses droits. Mais, dès qu’elle quitte ces hauteurs, la sculpture se met à l’unisson du reste. Gonflée et maniérée, elle appelle, elle aussi, à son secours les amours bouffis, et sacrifie à ces éternelles bergeries si fort exploitées par la peinture.

Curieux mélange de besoins modernes et de formules anciennes, association bizarre de réminiscences et de nouveautés, étrange amalgame de sacré et de profane, dans lequel chaque religion retrouve difficilement sa part, la statuaire ne connaît plus qu’un empire, celui de la grâce. C’est là son but, sa raison d’étre, son aspiration. Encore la grâce qu’elle poursuit est-elle uniquement une grâce maniérée, déhanchée, voluptueuse, provoquant les désirs bien plus que le respect, et s’adressant aux sens bien plus qu’à l’intelligence et au cœur.

Les lettres suivent, elles aussi, le même chemin que les arts. Le grand style du xvii® siècle, la langue incomparable qu’ont parlée Fénelon, Massillon, Pascal et Bossuet n’existent plus qu’à l’état de souvenir. La tragédie se meurt et Tépopée est morte. La poésie s’est mise à la mode du jour. Elle a abdiqué ses allures fiéres et pompeuses pour adopter une démarche légère et dégagée. Elle a répudié la trompette guerrière et ramassé la flûte de Pan. Gentil-Bernard, le chantre des amours, a remplacé Boileau, le chantre des victoires.

Pour exprimer de petites pensées, il faut de petits vers et pour les écrire de petits poètes; c’est le temps des petits écrits. Là encore, les tendances pastorales apparaissent. Tout amoureux devient berger, et toute amante est qualifiée bergère. Le tendre vocabulaire de l’antique églogue est mis au pillage, et, sous le

Actuellement palais des Archives nationales

couvert de transparentes allusions, il abrite toutes les indiscrétions que ce peuple d’évaporés s’estime heureux de commettre.

FIG. 225. — APPLIQUE ROCAILLE, DESSIN DE MEISSONNIER. Collection de M. Carré.

La prose elle-même se ressent des atteintes de ce malaise singulier. Les phrases nobles s’en vont, les beaux et pompeux récits disparaissent. « Une foule d’écrivains s’égare dans un style recherché, violent, inintelligible, ou dans la négligence totale de la grammaire ^ En un mot, dans la littérature comme dans les

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