‹ L'art à travers les mœursChapitre 19 sur 171 · Voir Cousin, Du Vrai, du Beau et du Bien · texte numérisé non relu

Voir Cousin, Du Vrai, du Beau et du Bien

va se perfectionnant et s’épurant, à mesure que l’intelligence se développe et que la civilisation grandit.

En outre, cette définition réduit immédiatement le champ de nos investigations à ses justes limites. Des cinq sens que l’homme a reçus en partage, il en est trois : le goût, l’odorat et le toucher, qui sont incapables de percevoir le sentiment de la beauté. Les deux autres seuls ont ce privilège, et il est à remarquer que toutes les productions, toutes les manifestations qui dépendent de ce que nous nommons les beaux-arts, ou plus simplement l’Art, la poésie, la musique, la peinture, la sculpture, l'architecture, relèvent de la vue et de l'ouïe, ou de ces deux sens à la fois, comme le théâtre.

L’Art ayant pour but la recherche du Beau, a pour moyen la production d’œuvres qui, chacune dans leur genre, doivent se rapprocher de l’Idéal, c’est-à-dire de la perfection telle qu’on peut la concevoir au moment où l’œuvre est enfantée.

Or l’idéal est essentiellement variable, et comme conséquence les caractères constitutifs du Beau ne sont rien moins qu’absolus. Ils se modifient suivant les latitudes, suivant le caractère de la race, suivant les époques et le degré de civilisation. Ils sont le plus souvent une question de goût et de mesure. Sans le goût, c’est-à-dire sans la mesure, il ne peut y avoir de beauté », écrit Eugène Delacroix h

L’artiste lui-même, aux différentes périodes de sa vie, ne comprend pas la beauté de la même manière. Il est tout étonné de constater, à de longs intervalles, des modifications extraordinaires dans sa manière delà percevoir et de l’apprécier.

Chaque âge a son esprit, ses plaisirs et ses mœurs, a dit Boileau. « Un homme a d’autres plaisirs qu’une femme;

I. Lettres d'Eugène Delacroix, recueillies par Ph. Burty. Paris, 1878; p. 252.

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lU'lioo. Dujardin

LA VENUS DE MILO Musee du Louvre, Galerie des Antiques.

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ajoute PascaP, un riche et un pauvre en ont de différents ; un prince, un homme de guerre, un marchand, un bourgeois, un paysan, les vieux, les jeunes, les sains, les malades, tous varient; les moindres accidents les changent », et tout le monde est d'accord là-dessus, même Proudhon % qui écrit ; « Souvent le goût est lent à se former, on aime dans un temps ce qu’on rejette dans un autre ». Cela se conçoit, au reste, car le Beau est essentiellement de création humaine.

La nature peut enfanter le Sublime. Seule, l’imagination de l’homme peut attribuer à un objet les caractères de la beauté, parce que la beauté est avant tout une affaire de comparaison, de pondération, d’équilibre h

Le Sublime étonne, saisit, absorbe, impose. La grandeur de certains spectacles de la nature est indiscutable. Elle émeut forcément. Qu’elle fasse naître des sentiments d’amour où de crainte, de joie ou de tristesse, comme le remarque Kant, elle peut être sublime, parce que le Sublime se rencontre partout, même dans l’horrible. Le Beau, au contraire, ne peut exister en dehors de certaines lois, .sans certaines proportions, sans une harmonie générale qui lui imprime son véritable caractère.

Ces' lois, ces proportions, cette harmonie ne sont point fixes, immuables; elles sont déterminées par les idées générales qui dominent à l’époque où l’œuvre se produit. Elles font partie des conditions sociales au milieu desquelles se développent et l’artiste qui doit enfanter l’œuvre et le public qui doit la juger.

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