‹ L'art à travers les mœursChapitre 68 sur 171 · I. Psychologie de la volonté, p · texte numérisé non relu

I. Psychologie de la volonté, p

La religion, les croyances, les affections sont réglées par les traditions et les convenances; le costume, le langage, les mœurs sont réglés par la mode. — Mots divers, mais qui ne signifient qu’une seule et même chose : l’usage, « le plus efficace de tous les maîtres », comme l'appelle si bien Pline l’Ancien — maître inexorable, qui exerce sur toutes nos pensées et nos actions une tyrannie si étroite que l’audacieux qui ose se soustraire à son joug est certain de passer, suivant les circonstances, pour un original ou pour un fou, ou, qui pis est, pour un misérable.

C’est cette tyrannie qui modifie l’entendement humain, au point qu’à quelques siècles d’intervalle, les mêmes faits sont considérés comme des actions licites ou des actes épouvantables. C’est elle qui transforme, suivant les époques, la vertu en vice et le vice en vertu. C’est elle qui a fait écrire à un moraliste : « Le larcin, l’inceste, le meurtre des enfants et des pères, tout a eu sa place entre les actions vertueuses ’ » . C’est cette même tyrannie qui eût fait, il y a quatre siècles, monter sur le bûcher les prestidigitateurs, les électriciens et les somnambules, ornements de nos fêtes champêtres, les philosophes que nous admirons, les inventeurs qui seront la gloire de notre époque, et qui enverrait aujourd’hui Virgile et Socrate sur les bancs de la cour d’assises, oû ils risqueraient de faire connaissance avec les principaux personnages de l’Ancien Testament.

La conséquence directe de ce joug de la coutume, auquel l’homme soumet le monde pour l’améliorer, et qui s’attache ensuite opiniàtrément à l’homme et le soumet à son tour, c’est, nous l'avons constaté, la connexité absolue que présentent toutes les manifestations humaines appartenant à une même époque, dans un même pays. La concordance qui règne entre elles est tellement intime, qu’elles forment un faisceau harmonieux auquel

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