‹ L'art ancien à l'Exposition de 1878Chapitre 18 sur 161 · CORK · texte numérisé non relu

CORK

(Terre cuite de la collection de M. Rayet.)

suspendu au bras gauche. Une Atalante court vêtue et dont les muscles sont si accentués, l'allure si virile que, n'était l'indication des seins sur la poitrine, on la prendrait pour un jeune Éphèbe, doit être, comme la joueuse de flûte, du milieu du vi= siècle. Elle est également d'une facture très franche et d'un beau caractère. Un cavalier monté sur un cheval beaucoup trop grand et retournant la tête vers le spectateur, intéresse surtout par la naïveté de l'exécution et par les détails du harnachement. Il formait une applique, fixée sans doute sur un vase ou une boîte; un autre cavalier était, au contraire, une statuette isolée : dans la

suite des siècles, il a perdu sa monture, et ses jambes arquées ne pressent plus les flancs de la bête; ses deux mains portées en avant ont lâché la bride.

Mais le morceau le plus remarquable parmi ceux de cette époque est un Satyre à pieds de cheval, haut de 20 centimètres et d'une conservation exceptionnelle ; le front très bas, la face large, le nez retroussé, les lèvres lippues lui donnent une expression bestiale à laquelle ses

P L A q U E EN BRONZE REPOUSSE.

(Collection de M. Carapanos. )

yeux bridés et demi fermés ajoutent une plaisante nuance de malice et de polissonnerie ; la main droite posée sur la hanche, le bras gauche levé, il exécute une danse de caractère, et la lourdeur de ses mouvements, la gravité imperturbable de son attitude, la conviction de sa physionomie produisent Fetfet le plus comique. Ajoutons que les formes sont consciencieusement étudiées, et que, pour friser la caricature, cette statuette n'en est pas moins exécutée avec le soin que mérite un ex-voto. Nous avions déjà vu, à l'Exposition des Alsaciens-Lorrains, la jambe en bronze rapportée de l'Italie méridionale par un sagace et heureux fureteur, Al. E. Piot. Elle provient, ainsi que plusieurs fragments de

tunique, de la statue d'un homme armé, peut-être un hoplitodrome. Le modelé en est fin et nerveux; le masque de Gorgone, dont le haut de la cnémide est formé, trahit le désir, curieux à cette époque, d'embellir cette tète, représentée presque toujours alors comme hideuse et grimaçante. Que n'avons-nous des débris plus importants de cette statue; je ne dis point la tète, mais du moins un morceau des bras ou de la poitrine ! Assurément, c'est là l'œuvre d'un artiste de haute volée, et une trouvaille moins incomplète nous eût permis de nous former une idée de ce qu'était la manière des maîtres de l'école italienne, les Pythagoras de Rhegium et les Dameas de Crotone.

A peine ai-je le temps de signaler en passant les trois miroirs en bronze de MM. Dutuit, de Bammeville et Gréau : dans tous les trois, le pied est formé par une Aphrodite entièrement vêtue; les deux derniers sont de plus remarquables par la conservation des ornements accessoires dont le pourtour du disque était décoré; celui de M. de Bammeville est absolument complet, et le double sphinx qui en forme Facrotère lui donne une singulière élégance. Je ne puis non plus qu'appeler l'attention sur deux terres cuites de M. Gréau : un citharède vêtu, trouvé à Thespies», et où il faut peut-être reconnaître un Hésiode, et un Apollon nu et tenant la lyre, provenant de Délion en Béotie. Des statuettes semblables se trouvent assez souvent en cet endroit, et il faut sans doute y voir des imitations de la statue du dieu placée dans le temple auquel la localité devait son nom : elles nous permettent donc de nous faire une idée d'une sculpture qui a dû être importante.

L'Apollon de M. Gréau est des dernières années du vr siècle ou des premières du v". Il marque la transition de l'art archaïque à l'art de la grande époque. Il en est encore de même d'une plaque estampée en terre cuite, qui fait partie de ma collection, et dont l'intérêt est grand, non seulement pour l'histoire de l'art, mais aussi pour l'étude des mœurs. Le sujet représenté est un épisode des funérailles, le transport du mort au lieu de la sépulture. Le cadavre, la tête découverte, le corps enveloppé d'un manteau, est étendu sur un lit; ce lit est placé lui-même sur le tablier d'une charrette attelée de deux chevaux, et dont les roues ont des traverses au lieu de rayons. Tout autour s'avancent les personnes admises par la loi à faire partie du convoi : d'abord une femme, rèyx^uTpicTpi'a, portant sur sa tête le vase (yy^ft.;) destiné aux libations; puis

I Dessiné dans le catalogue de la vente Barre.

deux parentes, vêtues comme Tenkhytristria du costume le plus solennel, deux tuniques superposées et un himation. Celles-ci {[vmviw.viol'. Yuvaîxe;), les cheveux dénoués, joignent leurs gestes de douleur à la lamentation funèbre (Ôr^vo;). Deux jeunes gens en costume de guerre, les fils peut-être, marchent à leur suite, et semblent, comme dans les

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