Je citerai notamment
Les armes d’Achille, forgées par Vulcain sur la demande de Thétis ( Iliade , XVIII, traduction Giguet, p. 270);
La cuirasse d’Agamemnon. « Ensuite Atride couvre sa poitrine d’une belle cuirasse, présent du
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
toute la plastique phénicienne et les sculptures exécutées sur la majeure partie des belles patènes de bronze (©t £kr,) 1 et des ivoires découverts à Nimroud (Fig. 5o
Les premiers bijoux et les premières armes importés par les Phéniciens dans la Hellade et sur les côtes de l’Asie Mineure, à l’époque même ou antérieurement au règne des Atrides, furent donc copiés en majeure partie sur des modèles originaires d’Égypte ou fabriqués même sur les rives du Nil2; et, de fait, on retrouve, dans les
roi Cinyre, témoignage de bonne amitié. Car celui-ci, instruit dans Chypre, par la grande voix de la Renommée, du prochain départ de la flotte des Grecs pour les rivages d’Ilion, et voulant plaire à leur roi, lui fit don de cette riche cuirasse. Elle a dix cannelures d’émail foncé, douze d’or et vingt d’étain; trois
dragons d’émail rayonnent jusques au col, semblables aux iris que Jupiter fixa dans les nuées »
( Iliade, XI, traduction Giguet, p. 146 ), et enfin l’urne d’argent offerte par Achille à l’un des vainqueurs des jeux funèbres célébrés à l’occasion des funérailles de Patrocle. « Aussitôt Achille place aux yeux des Argiens les prix de la course : d’abord une urne d’argent contenant six mesures, la plus belle de toutes celles qui existent sur la terre; car les ingénieux Sidoniens l’ont merveilleusement ornée et les Phéniciens qui la transportaient sur les sombres flots » ( Iliade , XXIII, id., p. 338). Les lames d’épée trouvées
dans les tombeaux de Mycènes (Académie des inscriptions et belles-lettres, séance du 25 juillet 1884) doivent être rangées parmi les armes d’origine phénico-égyptienne.
Il est également parlé dans {'Odyssée (XV, id., p. 538) des infinités de joyaux transportés par les Phéniciens sur les rives de la Méditerranée et sans aucun doute sur les côtes de la Grèce.
D’autre part, nous savons que, dès l’époque de la guerre de Troie, un grand nombre d’artistes étrangers étaient fixés en Grèce. Tel était le cas d’Ekhépôlos, fils d’Ankhisés, qui donna sa jument Aïthé pour éviter de servir contre Troie (Iliade, XXI II).
1. Il existe, je crois, de quarante à cinquante coupes de métal de fabrication phénicienne, ou tout au moins copiées en Assyrie sur des modèles phéniciens. M. Perrot ( Histoire de l’art dans l’antiquité, Assyrie, p. 733 et seq.) en a fait une étude très attentive et a analysé d’une manière très judicieuse les origines des scènes représentées sur ces monuments.
Il fait ressortir que plusieurs de ces coupes ont tout le caractère d’objets égyptiens, notamment celle qui est représentée (Assyrie, fig. qo5, p. 741); d’autres sont babyloniennes ( Assyrie , fig. 407, p. 743; fig. 415, p. 756, bouclier de Van), et le plus grand nombre enfin de styles intermédiaires ( Assyrie , fig. 399, p. 739, fig. 400-404, p. 740; fig. 406, p. 742). Aucun de ces objets ne semble avoir été fabriqué en Égypte; les hiéroglyphes (Assyrie, fig. qo5) sont rangés au hasard, les emblèmes religieux plus ou moins dénaturés. Ce sont là les caractères distinctifs de l’art phénicien (Perrot et Chipiez, Phénicie). L’origine des patènes ne saurait donc être contestée. Elles furent fabriquées en Phénicie ou en Assyrie sur des modèles phéniciens. J'arriverai à des conclusions analogues en décrivant (5i et seq. ) les ivoires retrouvés à Nimroud.
Il est un point cependant sur lequel je désire insister. Dans tout cet ensemble d’objets phéniciens tous les ornements , tels que je les ai définis, sauf peut-être les câbles séparant les divers registres, sont d’origine pharaonique. Les scarabées (Fig- 14) (Perrot, Assyrie, p. 739, fig. 399), les cartouches, les portiques avec leurs colonnes et leurs entablements (Fig. 60) viennent en droite ligne de la vallée du Nil. Ce caractère est spécial aux écoles de sculpture de Tyr, de Sidon et de Chypre.
La pauvreté d’imagination dont les décorateurs chaldéens et ninivites firent preuve en pareil cas est une confirmation précieuse des théories que j’ai exposées sur le rattachement primitif des ornements aux matériaux de construction propres à chaque contrée. j,ig ,
2. En outre des armes et des urnes fabriquées dans les colonies phéniciennes et ornées de motifs
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tombes des Pharaons de la XVIIIe dynastie, des objets et des peintures sur lesquels sont représentés tous les ornements usités dans la Grèce héroïque L
Cette préférence des Phéniciens et des Hellènes pour les ornements pharaoniques est la meilleure justification des caractères distinctifs des œuvres importées de Babylonie et d’Égypte. 11 convient d’ajouter que les affinités architecturales que créait entre les différents peuples fixés sur les rives de la Méditerranée 1 emploi usuel de la pierre dans les travaux publics et du poteau de bois dans les habitations privées % la grande réputation de richesse et de splendeur acquise par l'Égypte bien
empruntés à l’architecture égyptienne, les Grecs devaient posséder un grand nombre d’objets provenant directement de l’Égypte.
Homère parle d’une corbeille d’argent donnée à Hélène par « Alcandre, épouse de Polybe, qui habite Thèbes d’Égypte, où de splendides palais renferment d’immenses richesses... corbeille d’argent bordée d’un
cercle d’or» [Odyssée, IV, traduction Giguet, p. 3q8). Il est également question dans Pausanias d’un œuf de Léda orné de six dauphins de porcelaine verte et suspendu dans le temple d’Hilaïra et de Phébé, à Sparte (III, g 16). Pausanias faisait certainement allusion à un œuf d’autruche décoré de faïences émaillées, de provenance égyptienne, analogues à celles que M. Schliemann a découvertes (Fig. i5; My cènes , p. 233, fig. 35») dans les fouilles de Mycènes. Dès cette époque reculée, il s’était donc établi des relations directes entre la vallée du Ni! et les petites principautés de la Hellade.
i5. — Porcelaine d'Égypte.
i. Les Egyptiens ont été de tout temps d’habiles ornemanistes; mais, sous le règne des monarques qui chassèrent d’Égypte les dynasties Hyksos, les artistes firent preuve d’une fécondité et d’une imagination vraiment merveilleuses. Les plafonds des lombes des souverains de la dix-huitième et de la dixneuvième dynastie sont de parfaits modèles de peinture décorative.
La preuve de cette affirmation ressortira tout naturellement des dessins reproduits dans la suite du chapitre.
M. Schliemann ( Fouilles d'Orchomène ) a trouvé à Orchomène un plafond à méandres qui reproduit un dessin bien connu des plafonds thébains. La question de priorité s’est aussitôt posée et les partisans d’un art grec indigène n’ont pas hésité à affirmer que le modèle hellénique avait été porté en Égypte par les Phéniciens; motif pris de ce que l’enroulement né d’un ornement d’orfèvrerie est peint en jaune dans les plafonds thébains ( Milchhoefer, voir page io5, note 2).
Je ferai d’abord observer que tous les enroulements ne sont pas jaunes, il en existe beaucoup de rouges, de blancs et de bleus ( Prisse d’Avène, Hist. de l'art égypt., vol. I, pl. 29, fig. 1 ; pl. 3 1 , fig. 3, 4, 6, et pl. 33; pl. 3 1 , fig. 7 et y). L’enroulement des plafonds égyptiens, on doit le remarquer en outre, est toujours associé à des ornements lotiformes caractéristiques de l’Égypte, parce qu’ils sont rattachés à l’histoire même de la volute. Enfin, il est permis de se demander si, à la date même où les Égyptiens peignaient les premiers plafonds de Thèbes, c’est-à-dire sous la XVIIe et la XVIIIe dynastie, il existait une marine phénicienne, il existait un art grec rudimentaire.
2. Les Phéniciens, étant avant tout des navigateurs et des commerçants, avaient fondé leurs grandes villes sur les bords de la mer; ils durent, par conséquent, apprendre de bonne heure à mettre en œuvre des blocs volumineux pour asseoir solidement leurs murs de quai et exécuter des travaux maritimes. D’autre part, ils communiquaient si aisément avec des pays riches en bois de charpente et construisaient des navires en si grand nombre que leur architecture dut se ressentira la fois du voisinage des forêts du Liban et des chantiers de construction navale.
Je doute que les armateurs de Tyr et de Sidon, peu portés aux dépenses improductives,
avant l'époque d'Homère1, facilitèrent singulièrement l'introduction en Phénicie,
aient fait un grand usage de la colonne en pierre dans les travaux publics, mais ils employèrent certainement le poteau en charpente dans la construction de leurs demeures privées. La preuve la plus certaine en est dans la forme si caractéristique des chapiteaux de Famagouste (Fig. 3e ), qui furent épannelés sur le modèle exact des chapeaux en charpente placés entre le poteau et la sablière. On retrouverait peut-être un autre argument en faveur de l’usage des colonnes en bois dans les chapiteaux de Golgos faits à l’image d’un tronc d’arbre (Voirt. II, p. 42, fig. 27).
Dans les chapitres très remarquables qu’il consacre à Y Histoire de l’art phénicien, M. Perrot ne fait peut-être pas une part assez large à la charpente , d’autant que le poteau en bois est d’un usage traditionnel dans l’ancienne Phénicie. M. Perrot reproduit lui-même (p. 373, fig. 259) un croquis d’une colonnade de Larnaca, expliquant d’une manière on ne peut plus claire la forme originelle des chapiteaux de Famagouste, et parle souvent des colonnades placées autour de la cour centrale des temples phéniciens.
Mais n’aurions-nous pas ces précieux documents, qu’il nous resterait un passage d’Ézéchiel, bien suffisant pour nous prouver que les Phéniciens faisaient un usage constant du bois dans les constructions privées. Le prophète s’adresse à la ville de Tyr : « Ceux qui t’ont édifiée t’ont rendue parfaite en beauté; avec des cyprès de Sanir, ils ont fait tes lambris; ils ont pris des cèdres du Liban pour t’élever un mât ; ils ont fabriqué tes rames avec des chênes de Basan, et tes bancs avec de l’ivoire travaillé dans du bois » [É^échiel, XXVII, 4-6).
1. Les Grecs, sans doute, n’avaient pas visité l’Égypte à l’époque des Atrides , mais ils en connaissaient la puissance et la richesse et écoutaient avec la plus vive curiosité les récits ayant trait à l’empire des Pharaons; Y Iliade et Y Odyssée reflètent en maint passage cette disposition bien naturelle de leur esprit.
Homère sait qu’en cinq jours on se rend de la Crète à l’embouchure du beau fleuve Ægyptus (Nil) ( Odyssée , XIV, traduction Giguet, p. 522); il décrit les productions merveilleuses de ce sol fécond ( Odyssée , IV, id. , p. 401), ses inépuisables richesses ( Odyssée , XIV, id., p. 523) et Thèbes, sa capitale, Thèbes dont les palais regorgent de trésors ( Odyssée , IV, id., p. 3q8).
Que fait-il répondre parla bouche d’Achille aux propositions que vient lui faire Ulysse au nom d’Agamemnon : « Ses dons me sont odieux, et lui, je le méprise comme un Carien, dût-il m’offrir dix fois, vingt fois autant de richesses qu’il en a ou en aura un jour, autant qu’il en arrive dans Orchomène (considérée avec Mycènes comme la plus puissante des villes grecques) ou dans Thèbes d’ Égypte, dont les palais en sont remplis, dont les cent portes s’ouvrent pour laisser sortir chacune deux cents guerriers avec leurs chevaux et leurs chars, dût-il m’offrir autant de joyaux précieux qu’il y a de grains de sable et de poussière, jamais Agamemnon ne me fléchira... » ( Iliade , IX, id., p. 1 2 5).
Les derniers reflets des traditions qui faisaient remonter aux Égyptiens et aux Lydiens une partie de la civilisation grecque furent recueillis par Hérodote.
A propos du culte de Minerve, dont il est très porté à faire une déesse libyenne, Hérodote dit aussi que les Grecs ont pris aux Égyptiens le casque et le bouclier (liv. IV, p. 180), et aux femmes libyennes le costume et l’égide de Minerve. « D’ailleurs le nom prouve que le costume de nos Pallas vient de Libye; en effet, les Libyennes portent par-dessus leurs tuniques des peaux de chèvre sans poil avec des franges teintes en rouge, et de ces peaux de chèvre les Grecs ont tiré le mot égide. Il me semble aussi que les hurlements que l’on fait dans les temples viennent de ce pays; car les Libyennes en usent, et elles en usent bien. Les Grecs ont encore appris des Libyens à atteler quatre chevaux... »
Tandis que les Égyptiens et avec eux tous les peuples connus des Grecs, depuis les nations européennes ou asiatiques qui participèrent à la guerre de Troie ( Iliade , II, p. 27-35) jusques aux Hippomolgues (Scythes) ( Iliade , XIII, p. 176), aux noirs Éthiopiens et aux Libyens ( Iliade , I, p. 11 : XXIII, p. 3a6. Odyssée, I, p. 363 ; IV, p. 398; V, p. 421), sont cités et parfois même caractérisés dans les œuvres d’Homère, il n’est jamais question soit des Chaldéo-Assyriens, soit même de nations que de près ou de loin on puisse identifier avec eux.
Sans vouloir tirer du silence d’Homère des conclusions trop précises, il est bien permis de rapprocher cette indication de celles qui nous sont données par l’étude directe des monuments et de conclure que les rapports de la Grèce avec les peuples riverains du Tigre et de l’Euphrate étaient encore bien peu fréquents à l’époque d’Homère. Si un certain nombre de sculptures empruntées à l’art chaldéen-assyrien avaient déjà pénétré en Grèce, les Hellènes n’en connaissaient même pas la provenance.
dans les colonies grecques de l'Asie Mineure et dans la métropole des arts décoratifs sc rattachant à l'architectonique égyptienne.
Fig. iG. — De la nécropole de Giseh ( IV1' Dynastie).
Fig. 17. — Couronne ornée de Heurs de lotus simples
(Tombeaux de Saqqarah, Ve Dynastie .
Avant toute preuve directe, il semblait donc que ce fût en Égypte plutôt qu’en Chaldée qu il fallût aller chercher les origines des ornements grecs les plus anciens.
Fig. 18. — Fleur de lotus double
(Giseh, V» dynastie).
Fig. 19. — Chapiteaux ornés de fleurs ( IVe Dynastie ).
Fig. 20. — Chapiteau en fleur de lotus (XVIIIe Dynastie).
De toutes les plantes spéciales à la flore égyptienne, le lotus 1 est celle qui fut le
1. J’adopte la désignation d’ornements en fleur de lotus, parce que c’est la plus généralement admise. 11 est certain que la fleur reproduite par l’ornemaniste et l’architecte égyptiens se trouve dans tous les lacs et le long des cours d eau servant de cadres aux scènes de pêche ou de navigation. Au
DEUXIEME DYNASTIE ACHEMENIDE.
plus souvent et le plus anciennement reproduite par les décorateurs (Fig. 16, 17, 18, 19, 20, 21 et 22). Le bouton fut généralement modelé en relief et servit à composer le chapiteau des grands ordres. Les fleurs épanouies étaient peintes ou gravées à plat.
En posant au-dessus de la fleur un abaque rectangulaire, les pétales s’écrasèrent, se retournèrent légèrement sur eux-mêmes et laissèrent apercevoir-, en
Piliers de Toutmès III à Karnak (XVIIIe Dynastie).
s’ouvrant, l’ovaire placé au centre de leur corolle. Entre la corolle et la tige se distinguaient les enveloppes foliacées du calice (Fig. 20).
Je n’entends pas dire que les Egyptiens aient jamais songé à poser un entablement sur une fleur. Ils attachèrent des bouquets de lotus à des fûts de colonne (Fig. 19); plus tard, ces plantes furent remplacées, dans les constructions civiles, par des ornements de bois ou de métal découpés à l’image des boutons et des fleurs épanouis reproduits sur les peintures murales, et dans les temples par des chapiteaux qui rappelèrent dans leur masse les formes extérieures d’une campanule fermée ou dans son complet épanouissement.
nombre des ivoires d’origine égyptienne retrouvés à Nimroud ( Fig. 5 o ) se trouve une plaque où sont reproduits à la fois la fleur de lotus avec ses pétales droits et retournés, c’est-à-dire sous les deux aspects où elle se présente séparément dans la plupart des monuments. Cet ivoire est intéressant parce que les deux formes de fleurs sortent de la même tige. Elles ont donc même origine et répondent à un commun modèle.
On peut fournir de nombreuses preuves de cette origine des chapiteaux égyptiens; une des meilleures, à mon avis, réside dans la persistance et la signification de l'ornement. Une ou plusieurs fleurs superposées forment le corps du chapiteau dont les masses ou les détails varient suivant la nature des matériaux dans lesquels ils sont sculptés ; mais, dans tous les cas, le lotus, quel que soit son état d’épanouissement, est orné, à la base, de ses enveloppes foliacées; il est, en outre, rattaché au fût par des liens nombreux et surmonté d'un tailloir fort étroit. Si l'abaque est inférieur au diamètre moyen du chapiteau, c'est qu'il couronnait di-
rectement la colonne et que les ornements attachés sur le fût n'avaient aucune signification constructive et n'offraient pas de résistance (Fig. 19, 23, 24 et 25) b Le chapiteau, très détaillé sur les peintures (Fig. 24 et 25), et probablement sur les monuments représentés par ces peintures, comporte les parties internes de la fleur et des pendeloques légères qui accompagnent la volute et qui sont l’image de l’extrémité des liens servant à maintenir l’enroulement.
Dans cette composition, l'ovaire, les pétales, le lien terminé par une pendeloque2, le calice, le tailloir, ont tous une importance égale. La caractéristique du
1. Fig. 16 ( Lepsius, Dcnk., Abth. I, Bl. 26; Abth. II, Bl. 16 et passim). — Fig. 17 (id., Abth. II, Bl. 4 G et 47). — Fig. 18 (id., Abth. II, Bl. y3). — Fig. 19 (Stèle du Louvre). — Fig. 20 (id. . — Fig. 21 et 22 (Lepsius, Dcnk., Abth. I, Bl. 80, Karnak). — Fig. 23 (id., Abth. II, Bl. 52, Gisch). — Fig. 24 et 25 (Prisse d’Av., Hist. de l'art égypt., vol. I, pl. 17 et 19. Voir en outre toutes les colonnes contenues dans les planches 17, 18, 19, 20.)
2. Le gland, qui est joint d’une manière à peu près constante à la volute égyptienne et qui se retrouve dans les angles rentrants des volutes ioniques (Fig. 39), figure l’extrémité du lien qui maintenait l’enroulement. Il existe quelques chapiteaux des grands ordres ( Prisse d’Avenne, Hist. de l'art égypt., vol. I, pl. 25), sur lesquels on peut suivre le trajet complet de ce lien. C’est lui qui déterminait par la pression qu’il exerçait sur les pétales les canaux restés à titre d’ornements sur la tranche des chapiteaux ioniques.
Fig. 23. — Giseli (Ve Dynastie). Fig. 24. — Thèbes (XVIIIe Dynastie ). Fig. 25. — Tlièbes (XXe Dynastie).
DEUXIÈME DYNASTIE ACHEMENIDE.
chapiteau ne consiste pas seulement dans l’enroulement des pétales et dans les détails, qui peuvent se modifier suivant l’état d’épanouissement où apparait la fleur et suivant la nature des matériaux, mais elle réside surtout dans cet ensemble d'ornements significatifs qui commencent à un tailloir étroit et finissent aux: enveloppes du calice et aux cordes reliant la fleur au fût de la colonne.
Fig. 26.
Cuillère à parfum de fabrication thébaine.
Cuillères en bois de fabrication thébaine décorées d’ornements lotiformes (Musée du Louvre).
Les chapiteaux, affectés aux constructions légères, étaient d’une grande élégance et s'harmonisaient avec la gracilité des colonnes employées dans les habitations. Ils furent par cela même reproduits de préférence à tous les autres sur les ivoires, les terres cuites, les ustensiles de bois ou de bronze que les caravanes ou les bateaux venaient chercher en Égypte pour les transporter ensuite chez tous les peuples du monde ancien; ces reproductions en général étaient faites au trait ou en bas-relief (Fig. 26 à 3o bis) \
1. Fig. 26 (Prisse d’Av., Hist. de l'art égypt., vol. II, Art industriel, pl. 22, tig. 6. Voir en outre tous les objets dessinés aux planches 21, 22). Fig. 27 à 3o bis. Collection du Louvre. Les ornements sculptés dont je donne les reproductions sont de style purement égyptien. D’après M. Maspero, la forme originelle d’objets analogues aux cuillères de toilette représentés (fig. 26, 27, 28, 29 bis) remonte au temps des pyramides. Les Egyptiens les expédiaient au dehors par milliers. Ces ustensiles sont en général de fabrication thébaine et ont été exécutés sous la dix-huitième dynastie ( Rayet, Monuments de l'art antique, livraison Ire, Cuillère de toilette en bois, Maspero).
L’Art antique de la Perse. III — G
L’architecture pharaonique, jusqu’au jour où l'Égypte fut ouverte aux étrangers ne fut donc connue que par des représentations déformées et aplaties et par
Objets en bois (Fig. 29 et 29 bis et en terre émaillée (Fig. 3o et 3o bis), de fabrication thébaine, décorés d’ornements lotiformes (Musée du Louvre).
les souvenirs confus que les conquérants sémites avaient rapportés de leur séjour plus ou moins prolongé sur les rives du Nil2. Ce point était essentiel à établir.
1. Probablement au temps de Psammetik , ainsi qu’il a été expliqué (T. II, p. 5o, note 1 ).
2. J’ai déjà parlé des coupes de bronze phéniciennes exhumées des fouilles de Nimroud; j’aurai l'occasion de décrire des ivoires de même style; mais, en outre de ces objets, on a découvert, à Nimroud, une très grande quantité de scarabées portant le cartouche d’Aménophis III ( Perrot, Assyrie, p. 694), et dans la vallée du Khabour, le principal affluent de l'Euphrate, de nombreux scarabées au cartouche de Toutmès III (Layard, Discoveries, p. 281). A Bagdad, on a retrouve un lion sculpté en Egypte au temps des pasteurs (Perrot, Assyrie, p. G94). Les Assyriens eux-mêmes empruntèrent aux arts pharaoniques sinon la forme, du moins la majorité des ornements des meubles royaux. Leurs trônes et leurs tabourets (Perrot et Chipiez, Hist. de l'art, Assyrie : les meubles, p. 723) sont des copies à peu près exactes des sièges usités sous Kêphrên et Menkerà (Fig. 3i). Des pattes et des tètes de lions ornent les pieds et les extrémités des bras des fauteuils sur lesquels se reposaient les rois de Dour Saryoukin et les premiers souverains de Memphis : les dieux ailés, les sphinx allongés reproduits sur les bas-reliefs ninivites rappellent également des emblèmes religieux des Égyptiens.
Comment les modèles de ces différents objets arrivaient-ils sur les rives du Tigre? Était-ce par voie de caravane, ou faisaient-ils partie du butin ramassé par les armées conquérantes? Nous savons en effet que les Assyriens enlevèrent d’Égypte une très grande quantité d’objets d’art et les rapportèrent dans leur patrie (Maspero, Histoire ancienne de l'Orient , p. 427).
Si l'on considère, comme l'a fait remarquer très justement M. Layard, que les époques correspondant
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
Le chapiteau en fleur de lotus des colonnettes égyptiennes s’harmonisait mieux que tout autre, à cause de ses dimensions relatives, à la décoration du chapeau et du poteau en bois de l'architecture phénicienne. Doit-on s’étonner si, dans ces conditions favorables, il fut imité par tous les peuples méditerranéens qui avaient été conduits à adopter des ordres aréostyles. Les copistes, seulement, ne se rendirent pas compte, en examinant les objets importés d’Égypte, qu’ils avaient devant leurs yeux le dessin fait à plat ou la sculpture en bas-relief d’un modèle de chapiteau en ronde bosse, et inscrivirent l’ornement égyptien dans l’épannelage du chapeau placé entre les sablières et les poteaux en charpente.
à l’influence maximum des"arts égyptiens sur la plastique ornementale de l’Assyrie correspondent aussi aux invasions de la vallée du Nil par les armées sémitiques, on attribuera peut-être aux durs soldats
Fig. 3i. — Statue de Kêphrên
( Musée de Boulac).
d’Assour Akhè Idin et d’Assour Ban Habal un rôle de vulgarisateurs auquel ils étaient sans doute bien loin de prétendre. Ces faits sont intéressants à relever, parce qu’ils prouvent une fois de plus combien s’étendit l’action de l’Egypte sur le monde ancien.
En rapprochant les chapiteaux de Golgos (Fig. 32) des chapiteaux représentés sur les bas-reliefs d’Egypte, on se convaincra de ce fait.
Dans les enroulements du chapiteau phénicien, on retrouve les pétales de la fleur de lotus; dans le triangle placé à sa base, les enveloppes foliacées du calice que
Fig. 32. — Chapiteau de Golgos (Musée du Louvre).
des imitateurs maladroits prirent à tort pour le prolongement des volutes; dans l'arc lunaire appuyé sur les enroulements, l’ovaire transformé en décoration symbolique; dans les stries horizontales du fût, les cordes reliant la fleur à la colonne, et dans le triple abaque, le tailloir égyptien.
Le chapiteau proto-ionique fut transporté sous cette forme, sans doute, en Asie Mineure et en Grèce. Que devint-il dans la
Fig. 33.
Hellade?
M. Hittorft' cite, dans son ouvrage consacré à la description des temples de Ségeste et de Sélinonte, un certain nombre de chapiteaux copiés sur des vases
DEUXIÈME DYNASTIE ACHÉMÉNIDE.
archaïques ou reproduisant au moins des scènes légendaires de l'histoire grecque. Dans ces dessins, les plus anciens chapiteaux sont simplement ornés de deux plateaux superposés (Fig. 33) 1 ; puis, sous l’effet d’influences bien distinctes, se dessine une double transformation que l’on peut suivre dans toutes ses phases.
La première et la plus ancienne, à mon avis, ne modifie que le plateau inférieur (Fig. 3q, 35, 36) 2. Les angles s’arrondissent, les arêtes s’émoussent et l’échine ne tarde pas à revêtir la forme, qui plus tard devint caractéristique, de la colonne
de pierre et de l’ordre dorique. Cette évolution est fort ancienne; elle était terminée et acceptée en Grèce au temps où fut sculptée la colonnette de Mycènes (T. II, p. q3, Fig. 3o), et en Phénicie sans doute dès les époques primitives. D’autre part , le plateau supérieur lui-même se modifie et prend l’aspect du couronnement des colonnes de Golgos et d’Égypte (Fig. 3 7 et 38) 3.
Pendant cette période de transition, ni le tailloir carré ni la volute n’étaient affectés à un ordre d’architecture défini. De même que nous avons vu les Hellènes terminer par une échine arrondie et un abaque une colonne grêle, de même aussi on retrouve la volute associée à un entablement à triglyphes et à un fût sans base K
1. Hittorff, Architecture antique de la Sicile, pl. 81, fig. 1.