LIVRE V. — CHAPITRE II
merveille aux mille caprices de la mièvrerie tourmentée de l’artiste. Au sanctuaire d’El-Moyyed, un revêtement rouge et noir sur fond bistre serait d’un bon style (fig. io5), n’était les ar inscrivent; un autre de Kaïtbaï, blasonné à ses armes (fig. 106), est un vrai bijou. Pour obtenir d’aussi fins détails, le mosaïste renonçait à l’incrustation directe.
Son sujet esquissé, il évidait avec soin les onds et les remplissait d’un stuc coloré, fait de poussière de marbre et de chaux vive, qui par le poli se confond absolument avec le marbre et garde inaltérable le ton qu’artificiellement on lui a donné.
Du moins, si l’or envahissait toutes les surfaces, aux plafonds arrivait-il à s’unir harmonieusement aux couleurs. Celui qu’on voit à droite de la travée médiane d’El-Moyyed est aussi pur de style que celui de Kaïtbaï (fig. 107), et aussi chatoyant de nuances. Celui d’El-Bordeïny est un chef-d’œuvre en qui tout l’art arabe revit. Les poutres en sont apparentes (fig. 108), biseautées vers le tiers de la longueur; elles se rachètent par
Fig. 104.
MOSQUÉE D’EL-MOYYED.
une griffe coupée à la manière d’une stalactite. L’entrevous est divisé en caissons carrés. Toute la partie biseautée de la poutre est tapissée d’arabesques or sur azur, trop fines peut-être, étant donnée la hauteur où
Fig. 105. MOSQUÉE d’el-moyyed.
elles sont placées, mais admirablement gracieuses avec leurs orbes géminées refouillées d’un trait léger. Sur le cadre du plafond, court une guirlande de fleurons tenné clair, sertis de sinople sur fond tenné, dans lesquels le détail s’ébauche à demi en azur pâli. A chaque extrémité de la poutre une guirlande semblable