LIVRE VI. — CHAPITRE I
taines mosquées dont la disposition rappelle celle des sanctuaires primitifs était installé un kaïlagha — sorte de bassin de marbre, — qui servait aux ablutions du souverain, alors que la foule accomplissait les siennes au mahîdaah. Enfin, chacune de ces mosquées avait ses korans précieux enluminés par les plus habiles
Fig. 114.
miniaturistes; les cassettes de marqueterie ferrées d’or servant à les renfermer ; les tentures de soie ou de tapisserie dont était drapé le mimber aux jours de fête; les étendards qui y étaient arborés et les armes qui y étaient suspendues.
L’ornementation du koursi participe de la boiserie à réseau polygone et de cette menuiserie découpée particulière à l’Orient, dont la légèreté a séduit tant d’artistes, la moucharabiyeli. L’étymologie de ce mot répond peu à l’acception que de nos jours il a prise. Moucharabiyeh vient de la racine arabe chrab — boire.
Originairement, ces petits grillages, adaptés au-devant d’une fenêtre à la manière d’une tourelle saillante, n’avaient d’autre but que d’abriter des vases de terre poreuse remplis d’eau. L’air pénétrant de tous côtés établissait autour d’eux un courant réfrigérant qui en abaissait la température. C’était là qu’on venait boire et qu’on regardait à loisir le mouvement de la rue sans crainte des regards indiscrets. Le goût de l’Arabe pour la solitude contemplative aidant, on n’avait point tardé à faire de ces abris des balcons grillés. L’art s’en était aussitôt emparé et en avait tiré des chefs-d’œuvre; si bien que certaines vieilles maisons du quartier de Touloûn ont encore des moncharabiyehsj dans lesquelles plus de douze cents pièces sont assemblées dans un mètre carré (fig. 114), à la manière dont le sont les petits pans coupés de nos meilleurs artistes de la Renaissance.
Le konrsi des mosquées royales est une sorte d’estrade haute de im,20 environ, vers l’extrémité de laquelle une seconde petite estrade, coupée d’une échancrure à double inclinaison, permet de poser un livre ouvert. Sur la première estrade le lecteur se tient assis, les jambes croisées; sur la seconde est placé le Koran.
Le koursi de la mosquée de Kaïtbaï (fig. ii5) mérite d’être cité entre tous pour sa date certaine et la pureté de son style. A l’extrémité, sous le Koran, le décor est fourni par un polygone à seize côtés, dans les mailles duquel est adaptée une marqueterie d’ivoire et d’ébène. Les côtés latéraux sont donnés par l’entrelacs d’un réseau trigone, gravitant autour d’une rosace à