LIVRE VI. — CHAPITRE II
la première, permettait à ses défenseurs de se porter au secours de celle-ci, au cas où elle aurait été forcée. Des tours rondes ou carrées faisaient avant-corps de distance en distance sur cette seconde ligne, et en renfonçaient les points faibles, de manière à couvrir le chemin de ronde ainsi établi. A la troisième enceinte, le kalaat proprement dit, s’accumulaient tous les moyens de défense dont disposaient les ingénieurs d’alors. Des mâchicoulis pratiqués dans l’encorbelle-
Fig. I49. \ — BAB-EZ-ZOUILEH.
ment des parapets commandaient la base des remparts soigneusement construits en talus. Là, toutes les précautions étaient prises pour rendre la sape impossible : les pierres des glacis avaient des dimensions colossales; elles provenaient des anciennes pyramides et « étaient si dures, dit Makrîsi, qu’elles résistaient aux outils les plus forts, et si lourdes qu’il fallait quatre boeufs pour en traîner une seule ».
Mais cette forteresse, pour puissante qu’elle fût, était surtout la résidence royale, le château qui renfermait le palais du souverain, et ses lignes les plus formidables étaient tournées contre la ville.
L’ancienne demeure des Fatimites n’avait point paru assez sûre à Saleh-ed-dîn. Sous Beïbars, le vieux
palais avait déjà disparu, et sur les rues du beïn-elkasrëin et du beïn-es-soureïn s’étaient élevés les hôtels des ministres et des émirs. L’un de ces derniers, l’émir Chems-ed-dîn-Baïsarî, y possédait deux kousour pour lesquels il avait dépensé des sommes considérables. Un seul avec ses dépendances couvrait un espace d’un hectare. Ses marbres passaient pour les plus beaux du Caire et son porche était célèbre entre tous. La plupart de ces palais avaient leur porte fortifiée, de manière à pouvoir résister à un coup de main d’une populace toujours prête au pillage. La porte du palais de Beïbars a des moucharabiyehs de pierre et des meurtrières; celle d’un petit mâristan perdue au milieu de constructions modernes dans le quartier de Mohammed- Djanûm, neveu de Kaïtbaï, des mâchicoulis dissimulés sous des sculptures qui lui donnent comme un faux air gothique (fig. 148). Mais, par ces épaves, il est impossible de se faire une idée des hôtels dont elles défendaient rentrée. Seul le mâristan- el-kébir pourrait peut-être servir à cette évocation.