‹ L'art arabeChapitre 84 sur 161 · LIVRE IV. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE IV. — CHAPITRE II

avec une connaissance parfaite de l’ensemble des effets. Les ornements éloignés sont toujours plus grands que ceux placés à portée de la vue. Esquissés sobrement, ils n’indiquent que les grandes lignes, tandis que tout ce qui peut être examiné de près a la grâce menue des raffinements.

L’arabesque de plâtre est toujours plus légère que celle de pierre; elle a plus de souplesse et de finesse; ses feuillages sont refouillés jusque dans leurs moindres replis, et dignes de ce nom de guipure qu’à satiété on leur a donné. Souvent ils sont si ténus, si entremêlés qu'on ne peut les suivre qu’à grand’peine. Pour les dessiner, le sculpteur s’est servi de poncif s ; mais, le profil arrêté, il attaquait directement le fond qui, toujours net, a conservé la trace des outils ayant servi à l’évider.

J’ai cité plus haut la frise de plâtre du sanctuaire de la mosquée du sultan Hassan pour son ampleur, son élégance et sa richesse. Les lettres de son inscription ont un galbe harmonieux et hardi ; elles s’enlèvent franchement sur un champ où s’estompe une arabesque florescente. D’autres œuvres de la même époque prouvent surabondamment combien ce genre de sculpture était propre à l’Arabe. Au lieu du brutal moulage des ornements massifs de l’Alhambra, on rencontre dans chacun des monuments du Caire des bas-reliefs traités avec un talent incomparable. A la mosquée de Beïbarsel-Bondoukdary, tout le mosâllah — oratoire — est orné d’une frise de près de 60 mètres de développement : l’on dirait un calque, tant elle est régulière et symétrique; pourtant, à la regarder attentivement, on

s’aperçoit, à de légères différences, que le sculpteur n’a pas suivi partout le poncif. A cela près, elle est digne d’un maître. Au mâristan de Kalaoûn, nombre de rinceaux paraissent avoir une origine copte ; des pampres et des lianes folles serpentent et se tordent en d’infinis enroulements. Je reviendrai tout à l’heure à ces sculptures. A la mosquée de Beïbars-el-Djachenguir, l’arabesque est plus ample et le détail à peine indiqué, quoique d’un style fort recherché. A côté

Fig. 7 1. — mosquée d’el-merdany (Musée arabe).

d’elles, il faut encore citer les boiseries d’Altoûn- Bogha-el-Merdany qui, quoique fort inférieures aux sculptures sur plâtre, ont pourtant une grande valeur artistique. La composition est peut-être lourde, mais le modelé est parfait (fig. 70 et 71). Le ciseau a attaqué vigoureusement les silhouettes et les a dégagées à arêtes vives, à peine tempérées par la mollesse du relief. Une préoccupation absorbe cette école, la recherche du fantastique ; elle renonce à tout ce qui est imitation ; elle essaie de saisir l’insaisissable et de préciser l’incréé. La tige devient une spire régulière, les fleurs se refendent de lignes invraisemblables; les rosaces s’assemblent en polygones foliacés. C’est une pensée, une impression que l’artiste sculpte, et tel est ce courant que, pour le suivre plus à son aise, il met à contribu-

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