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TORSE DE FEMME

par A. Rodin (Cliché Druet).

temps et que les femmes modernes sont loin d'égaler celles qui posaient devant l^hidias ?

— Point du tout!

— 'Pourtant la perfection des Vénus grecques...

— Les artistes d'alors avaient des yeux pour la voir, tandis que ceux d'aujourd'hui sont aveugles, voilà toute la différence. Les femmes grecques étaient belles, mais leur beauté résidait surtout dans la pensée des sculpteurs qui les représentaient.

Il y a aujourd'hui des femmes toutes pareilles. Ce sont principalement les Européennes du Sud. Les Italiennes modernes, par exemple, appartiennent au même type [méditerranéen que les modèles de Phidias. Ce type a pour caractère essentiel l'égalité de largeur des épaules et du bassin.

— zMais les invasions des "barbares dans le monde romain n ont-elles pas altéré par des croisements la beauté antique ?

— Non. A supposer que les races barbares fussent moins belles, moins bien équilibrées que

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les races méditerranéennes, ce qui est possible, le temps s'est chargé de nettoyer les tares produites par les mélanges de sang et de faire reparaître l'harmonie du type ancien.

Dans l'union du beau et du laid, c'est toujours le beau qui finit par triompher : la Nature, par une loi divine, revient constamment vers le meilleur, tend sans cesse vers le parfait.

A côté du tvpe méditerranéen, existe d'ailleurs un type septentrional^ auquel appartiennent beaucoup de Françaises ainsi que les femmes des races germaniques et slaves.

Dans ce type, le bassin est fortement développé et les épaules sont plus étroites : c'est la structure que vous observez, par exemple, chez les nymphes de Jean Goujon, chez la Vénus du Jugement de T^dris peint par Watteau, chez la ^iane de Houdon.

En outre, la poitrine est généralement inclinée en avant, tandis que, dans le type antique et méditerranéen, le thorax se redresse au contraire.

A vrai dire, tous les types humains, toutes les races ont leur beauté. Il suffit de la découvrir.

J'ai dessiné avec un plaisir infini les petites danseuses Cambodgiennes qui vinrent naguère à

Paris avec leur souverain. Les gestes menus de leurs membres graciles étaient d'une séduction étrange et merveilleuse.

J'ai fait des études d'après l'actrice japonaise Hanako. Elle n'a point du tout de graisse. Ses muscles sont découpés et saillants comme ceux des petits chiens qu'on nomme fox-terriers : ses tendons sont si forts, que les articulations auxquelles ils s'attachent ont une grosseur égale à celle des membres eux-mêmes. Elle est tellement robuste qu'elle peut rester aussi longtemps qu'elle le veut sur une seule jambe en levant l'autre devant elle à angle droit. Elle paraît ainsi enracinée dans le sol comme un arbre. Elle a donc une anatomie tout autre que celle des Européennes, mais cependant fort belle aussi dans sa puissance singulière.

Un instant après, reprenant une idée qui lui est chère, il me dit :

— En somme, la Beauté est partout. Ce n'est point elle qui manque à nos yeux, mais nos veux qui manquent à l'apercevoir.

La Beauté, c'est le caractère et l'expression.

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