‹ L'art byzantinChapitre 11 sur 151 · DE CONSTANTIN A JUSTINIEN · texte numérisé non relu

DE CONSTANTIN A JUSTINIEN

La période qui s'étend de Constantin à Justinien est pour l'art byzantin un âge de formation.

L'architecture chrétienne procède de l'architecture gréco-romaine, mais, dans certaines régions de l'Orient, en Syrie surtout, celle-ci s'était déjà fort modifiée en se compliquant d'éléments étrangers. On en peut juger d'après les ruines de Palmyre et de Baalbek : par la disposition, par l'aspect des lignes principales, par la décoration, ces édifices ont un aspect original; ce qu'on y remarquera surtout, c'est la tendance à substituer les courbes aux droites, les arcades aux plates-bandes. Le goût nouveau se répandit rapidement. Au commencement duiv« siècle déjà, on trouve en Dalmatie un palais qui se rattache à cette architecture asiatique, celui de Dioclétien, qui pendant tout son règne avait résidé en Asie, et qui se retira à Salone après avoir abdiqué.

Dans l'empire byzantin, tel qu'il se constitua définitivement après la mort de Théodose, ces influences nouvelles devaient s'exercer avec d'autant plus de force que

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les provinces asiatiques remportaient alors sur les provinces d'Europe par leur prospérité et par Péclat de leur civilisation : c'était là surtout que Tesprit hellénique se montrait encore actif et créateur. A Tépoque même de Constantin, d'après le peu de renseignements qu'on possède, les architectes chrétiens d'Asie semblent déjà se montrer plus curieux d'originalité ^ Si des églises circulaires se rencontrent en Occident, en Orient elles paraissent avoir été d'une conception plus hardie; celle d'Antioche surtout étonnait les contemporains. De ce type d'édifices on ne voit plus , dans l'ancien empire byzantin, qu'un monument bien conservé , et il se trouve, il est vrai, non point en Asie mais à Salonique : c'est une vaste rotonde qui mesure hors œuvre 24 mètres de diamètre. Dans l'épaisseur du mur sont ménagées sept chapelles voûtées; une "huitième, située dans l'axe de la porte principale, est plus profonde, elle forme une abside longue de 19"', 3/ qui se détache à l'extérieur sur l'enceinte 2. Cette église, autrefois consacrée à saint Georges, a été transformée en mosquée.

Ici encore on se contente de la coupole appuyée sur un mur circulaire, telle que l'avaient employée les architectes de Rome, mais en Asie les constructeurs se préoccupaient déjà de la combiner avec le plan polygonal. Les découvertes de M. de Vogué ont récemment jeté

1. Sur toute cette histoire de la formatioa de l'architecture byzantine, voy. Choisy, L'art de bâtir che:^ les Bj'x^ntins, 1882, p. i5i et suiv.

2. Tcxier, Arch. by:{., p. 143 et suiv., pi. XXVIII-XXXIV, qui a fort bien montré que cet édifice est d'origine chrétienne.

une lumière toute nouvelle sur les transformations de l'architecture chrétienne dans ces régions. En divers endroits de la Syrie, mais surtout dans le nord, il a rencontré « une série de villes grecques intactes, ou du moins dont tous les éléments se retrouvent, renversés quelquefois, jamais dispersés, dont la vue transporte le voyageur au milieu d'une civilisation perdue, et lui en révèle pour ainsi dire tous les secrets; en parcourant ces rues désertes, ces cours abandonnées, ces portiques où la vigne s'enroule autour des colonnes mutilées, on ressent une impression analogue à celle que l'on éprouve à Pompéi; moins complète, car le climat de la Syrie n'a pas défendu ses trésors comme les cendres du Vésuve, mais plus nouvelle, car la civilisation que Ton contemple est moins connue que celle du siècle d'Auguste. En effet, toutes ces cités, qui sont au nombre de cent sur un espace de trente à quarante lieues, forment un ensemble dont il est impossible de rien détacher, où tout se lie, s'enchaîne, appartient au même style, au même système, à la même époque entin, et cette époque est l'époque chrétienne primitive et la plus inconnue jusqu'à présent au point de vue de l'art, celle qui s'étend du iv^ au vii« siècle de notre ère*.» Or, dans quelques monuments de cette région, on surprend de bonne heure les essais qui aboutissent au

I. De Vogué, Architecture civile et religieuse de la Syrie centrale du iv^ au VII* siècle, Avant-propos, p. 6, 7. — Des photographies rapportées par M. Chantre de la récente mission dans laquelle il a parcouru les pays entre la Syrie et le Caucase m'ont permis de constater que ce système d'architecture s'est propagé fort au N.-E., jusqu'à Diarbekir, à Medja-Farkin.

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