VASE HI-TS'OUEN, POUR RECEVOIR LE SANG DE LA VICTIME
(D'après le Ta-Thsiiia-houct-tien.)
On a pensé pouvoir conclure de cette ressemblance entre deux motifs décoratifs, adoptés par deux arts différents, à une influence de Tun de ces arts sur Tautre, C'est une opinion que rien ne justifie. Suivant toute pro-
habilité, en effet, il n'existait pas de rapports, aux époques reculées dont nous nous occupons, entre les civilisations établies aux deux extrémités de TAsie, — et il est plus rationnel de reconnaître que le dessin en forme de méandre a dû se présenter naturellement à l'esprit des premiers artistes chinois, puisqu'on le trouve dans presque tous les arts primitifs i.
S'il fallait absolument indiquer une origine à la grecque qui figure sur les bronzes chinois, nous inclinerions plutôt à croire qu'elle n'est qu'un dérivé d'une figuration symbolique qui date des plus anciennes traditions de la Chine, les koua. C'est un motif formé de deux lignes, l'une continue, représentant le principe rang, c'est-à-dire le principe mâle, — l'autre coupée en deux traits, représentant le principe j^m, c'est-à-dire le principe féminin. Ce symbole a donné naissance à quatre diagrammes figurant les forces et les puissances de la nature. Enfin, ces quatre diagrammes développés ont produit huit trigrammes ou Pa-Koua qui symbolisent le ciel, les cours d'eau, le feu, le tonnerre, le vent, l'eau, les montagnes et la terre.
Ces figures, de provenance surnaturelle, furent vues, disent les traditions, par l'empereur Fou-hi, fondateur de l'empire chinois (2800 av. J.-C), sur le dos d'un cheval dragon.
2° Les formes de la seconde catégorie sont plus va-
I. Les Chinois semblent même avoir ignoré, jusqu'au i''' siècle avant notre ère, l'existence des pays de l'Asie antérieure situés sur le versant méditerranéen. Leurs notions ne sont devenues un peu précises sur ces régions que vers le milieu du 11' siècle ap. J.-C. Cf. Hirth, China and the Roman Orient, p. i38.
LE BRONZE. aj
riées; elles offrent, en outre, au point de vue de Fart, un plus sérieux intérêt, parce qu'elles sont la première interprétation que les Chinois aient donnée de la nature. Cette interprétation ne s'est exercée toutefois que sur des types peu nombreux, car il est à noter qu'il n'existe sur les œuvres des époques primitives aucune représentation de la figure humaine ni des productions du monde végétal.
C'est le monde animal qui a d'abord fourni ses modèles, et l'artiste chinois s'en est inspiré soit directement, cherchant à reproduire telles qu'il les voyait les formes qu'il avait devant lui, — soit indirectement, en s'élevant par la pensée à la conception d'une animalité surnaturelle, terrifiante et grimaçante. Cette imagination du mojîstre, d'êtres fantastiques et gigantesques, plus puissants que l'homme et semblables à ses plus affreuses visions de rêve, a été une création originale du génie chinois.
Si haut que l'on remonte dans ses légendes, on la retrouve toujours, et les trois Hoang qui, à. la fin des temps préhistoriques, se partageaient la souveraineté du ciel et de la terre, sont encore représentés comme ayant des corps de serpent, des pieds de cheval et des visages humains.
Quatre animaux surnaturels ont été ainsi créés au début de l'art chinois et figurent sur ses premières productions. Ce sont :
1° Le dragon^ — long;
2° La licoî'ne, — lin;
3° Le phénix, — fong;
4° La tortue, — kotieï.
1° Le dragon est le symbole de l'orient et du printemps. Il a la faculté de se rendre invisible ou d'embrasser rimmensité du ciel en se développant. C'est lui qui soutient la voûte du ciel, qui distribue la pluie et régit les cours d'eau. Depuis le règne de l'empereur Kao-tsou, des Han (206 av. J.-C), le dragon est l'emblème de la puissance impériale : ses pattes sont alors armées de cinq griffes.
Lorsqu'il figure comme attribut des Princes du sang, il n'a que quatre griffes.
2° La licorne a le corps d'un cerf, la queue d'un bœuf et une seule corne au front ; elle est l'incarnation des cinq éléments primordiaux, l'eau, le feu, le bois, le métal et la terre. Elle est l'emblème de la perfection, et la durée de sa vie est de mille ans.
3° Le phénix a la tête du faisan, le col de la tortue, le bec de l'hirondelle et le corps du dragon.
On le représente aussi avec la tête du faisan et le corps d'un paon aux ailes éployées. L'apparition du phénix annonce des hommes d'Etat vertueux. C'est l'emblème des Impératrices.
4"^ La tortue est considérée comme rincarnation divine de l'étoile Yao-Kouang (dans la Grande-Ourse). Elle est l'emblème de la force.
D'autres animaux ou figures d'animaux sont encore représentés sur les vases anciens : le plus commun est le t'ao-t'ié, littéralement « le glouton j).
Le t'ao-t'ié a des mandibules puissantes, des crocs aigus et des yeux énormes. Dans les époques postérieures, on a reproduit aussi cette tête grimaçante, mais en la traitant avec plus de liberté, en dénatu-
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rant pour ainsi dire les traits, en faisant de chaque
VASE RITUEL PORTANT l'eFFIGIE DU t'AO-i'iÉ.
H., o"\6o. (Collection Je M. H. Cernusclii.)
détail un motif ornemental, de sorte que parfois on
ne retrouve plus du type originel que les yeux et la mâchoire. (Voy. p. 25.)
Une des conséquences de la réglementation qui, en se perpétuant à travers Thistoire chinoise, a déterminé les formas et le décor des objets rituels, est de rendre presque impossible toute attribution de date aux bronzes de cette sorte qui ne portent point d'inscriptions. Souvent même ces inscriptions sont insuffisantes à déterminer exactement l'époque où elles furent gravées, soit par la concision symbolique de leur style, soit par rimpossibilité ou sont les sinologues et les Chinois eux-mêmes d'en tixer le sens.
Les éléments principaux des bronzes primitifs étant ainsi déterminés, il nous est permis d'aborder maintenant Tétude des spécimens qui nous ont été transmis à travers les générations ou dont des dessins authentiques nous donnent la copie.
Ces spécimens, dont les types ont été arrêtés sous la dynastie des Tcheou qui gouverna la Chine pendant 879 années, de 1134 à 255 av. J.-C, et quelques-uns même sous la dynastie des Chang qui régna de 1783 à 1 134, peuvent se classer en deux catégories :
1° Les bronzes rituels;
2° Les bronzes honorifiques.
Les premiers étaient destinés exclusivement et servent encore aux cérémonies du culte officiel ; les autres participaient au culte des ancêtres ou étaient offerts par l'Empereur aux dignitaires de l'Etat et aux personnages ayant rendu d'importants services.
1° Les bronzes 7'ituels étaient de formes différentes suivant qu'ils devaient contenir le vin, les fruits, le
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grain bouilli, les animaux sacriliés, offerts au Sou-