I. Voy. p
LA CÉRAMIQUF,.
elles s'enveloppent par places n'ont jamais pu être reproduites dans les porcelaines de fabrication européenne. Notons enfin, dans le même groupe céramique, les céladons bleu empois dont la couverte, préparée au cobalt, 'a un aspect lumineux, semitranslucide.
En ce qui concerne les flambés, nous en avons réservé Pétude à la période suivante, où ces produits furent le plus recherchés. Voici cependant, parmi les œuvres du règne de Khang-hi, un des spécimens les plusintéressants du genre flambé. C'est un vase à quatre pans sur les parois duquel se sont fixées des coulées d'émail bleu violacé et d'émail rouge sang de bœuf : par la puissance et l'éclat des tons, le vase semble fait de pierres précieuses en fusion.
Je pourrais citer encore, dans la môme vitrine, à côté de cette pièce accomplie, un petit nombre d'œuvres de la même époque que M. L. Gonse a choisies avec un discernement si délicat, avec une sûreté de goût si par-
vase flambe (période khang-hi,
(Collection de M. L. Gonse.)
faite que chacune d'elles est en soi le type de toute une série céramique. Deux, entre autres, méritent de retenir
Tattention par la grâce heureuse de la forme et par la beauté de la matière : ce sorlt deux vases balustres couverts, Tun d'un émail bleu turquoise, l'autre d'un émail violet aubergine. (Voy. p. 201 et 204.) Nous avons vu que, dans la première période, on fabriquait des porcelaines craquelées qui étaient fort estimées. Sous le règne de Khang-hi, le procédé du craquelé s'était perfectionné : les artisans étaient plus habiles encore à modifier la couverte de façon à la rendre dilatable, à leur gré, et à obtenir un degré précis de craquelure. De cette époque datent les céladons truites
VASE BAtUSTRE
décoré d'un émail violet aubergine, q^j jouirent de tant de
(PÉRIODEKHANG-HI, T-
1Û62-1723.) vogue en France au xvni'
(Collection de M. L. Goiise.) siècle.
Les plus beaux spécimens de la porcelaine dite de Long-Thsiouen peuvent être attribués à la période Khang-hi. Ce sont
LA CERAMIQUF.
de fins craquelés de couleur vert paie ou vert foncé.
La manufacture de Long-thsioucn (province du
Tche-Kiang) était en activité déjà sous la dynastie des
Ll N G-T CH Y,
Porcelaine décorée d'émaux flambés, (période khanc-hi, 1622-1723.)
(Collection de M. S. Bing.;
Soung (iioo environ ap. J.-C.) ; mais, pendant plusieurs siècles, elle ne fabriqua que des produits grossiers, d'un bleu très sombre et sans craquelures.
Nous classerons, à la suite des céladons, des porcelaines unies à couverte de grand feu, dites porcelaines
ao6
de Tlisang, du nom du mandarin qui dirigeait, sous le règne de Khang hi, la manufacture de King-te-tchin.
L'émail qui décorait ces porcelaines était vert « peau de serpent » [chepi-lii), jaune d'or [kinhoang-yeou], jaune pâle, violet et vert pâle. Il y avait aussi des vases tsekin-che, à fond laque, qui étaient susceptibles de recevoir toutes les colorations du bronze et qui étaient très recherchés. A l'occasion de ces porcelaines unies, nous devons noter l'idée, très différente de la nôtre, que se font les Chinois en ce qui concerne l'égalité dans l'épaisseur et le glacé de la couverte.
Tandis qu'à Sèvres, par exemple, on considère comme un grave défaut ^**''' ^ , le miroitageque prennent
dccore en verl sur fond noir. '-' ^ '
(l'ÉRioDE KHANG-Hi, 16(52-1723.) certalucs de ces pièces, (Collection de M. L. Gonse.) ^^ Chine, au coutralrc,
on estime cette sorte de moirure qui est, pour ainsi dire, la modulation de la couleur du fond.
Les porcelaines à fond noir sont intéressantes par
LA CERAMIQUE. 207
la façon dont cette coloration est obtenue : elle provient le plus souvent de Pépaisseur considérable d'une couverte colorée dans la masse; dans ce cas, Tintcnsité du ton fait paraître la teinte noire. D'autres fois, le même effet est produit par la superposition de deux couleurs différentes, le bleu sur le brun laque, par exemple. Ce procédé est usité non seulement pour les vases à couverte unie, mais aussi pour les pièces à décor multicolore. Il existe une série curieuse de vases à couverte colorée, dits « vases souflflés » ; ce sont des pièces sur lesquelles la couleur a été projetée à travers un morceau de gaze fixé à l'extrémité d'un tube de bambou. En soufflant dans cet appareil, l'ouvrier couvre toute la surface du vase de gouttelettes pulvérisées qui lui donnent un aspect finement grenu, chagriné, l'apparence d'une peau d'orange. Certains vases ont reçu ainsi des couches successives de couleurs différentes.