‹ L'art chinoisChapitre 33 sur 106 · Cf. Edkins, Religion in China, p. 18 et suiv · texte numérisé non relu

Cf. Edkins, Religion in China, p. 18 et suiv

L’ARCHITECTURE

gions. Ils nous présentent sans doute le type primitif des

templeschinois, l’autel en plein air dans un enclos sacré, 1 ctemenos aryen. L’idée de loger la divinité, de lui construire une maison close et couverte, ne pouvait venir aux premiers Chinois, qui ne personnifiaient pas leurs Dieux et qui, tout en sacrifiant aux Puissances naturelles, les adoraient comme des symboles et non comme des réalités.

Ce ne fut que plus tard, dans la suite des temps, lorsque le culte se fut compliqué, lorsqu’aux pratiques simples et naïves des époques archaïques vint s’ajouter un enseignement philosophique, — que l'on songea à abriter sous un toit et entre des murs les pratiques de la vie religieuse. Plus tard encore,

lorsqu’au 11e siècle de notre ère le Bouddhisme apporta sa liturgie et son imagerie sacrées, le plan des temples subit de nouvelles modifications et reçut tout le développement, toute l’importance architecturale qu’il a conservés jusqu’à nos jours.

En dehors des deux autels du Ciel et de la Terre, les édifices dédiés au culte officiel et à Confucius rentrent dans le type commun. Ils se composent, d’une façon générale, de plusieurs bâtiments disposés sur le même axe et séparés par des cours intérieures. Les constructions ne s’élèvent que d’un étage.

La décoration intérieure est des plus simples; elle procède d’une inspiration toute chinoise, où l’on ne sent aucune influence étrangère. Des tablettes d’ébène, portant en lettres d’or le nom de Confucius et de soixante-dix de ses disciples, sont appendues au mur dans la salle principale du temple. Les adorations et les prosternemcnts rituels se font devant ces inscriptions qui personnifient les âmes du grand philosophe et de ceux qui ont illustré sa doctrine.

Il n’y a ni statues ni peintures pour évoquer l’image de leur physionomie ou pour rappeler les épisodes de leur vie passée. Seuls, sur des tables basses, des vases de bronze aux galbes archaïques témoignent qu’au temps où vivait Confucius il y avait en Chine un art plastique. On saisit là l’imagination chinoise dans son indigence primitive, dans son impuissance à donner une forme concrète à ses conceptions idéales.

Le temple de Confucius à Pékin est situé au nord de la ville. Une avenue de cyprès conduit du portique de l’entrée au bâtiment principal, ou se font les sacri-

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fices des équinoxes d’automne et de printemps. Des quartiers de viande sont offerts sur des plats, devant la tablette portant le nom du philosophe. On ne lui adresse pas de prières, on se prosterne en silence : ce n'est qu'un hommage de respect et de vénération.

Dans une des cours du temple, les empereurs qui se sont succédé à la cour de Pékin ont fait graver, sur des pierres dressées, des éloges qu'ils ont composés de leur main.

Il existe dans la province du Chan-tong, à Khiufeou, patrie de Confucius, un temple remarquable que desservent en son honneur ses derniers descendants. Le principal d’entre eux porte le titre de « Duc toujours saint » et reçoit une pension de l'État. Le temple est devenu un lieu de pèlerinage; les documents officiels le désignent sous le nom de » Temple du premier saint et du premier instituteur des hommes » (thi ching siân sse miao). (Voy. p. r 1 5.)

Les temples bouddhiques. — L’aspect extérieur des temples bouddhiques ne diffère pas de celui des édifices consacrés au confucianisme; mais la décoration intérieure en est conçue d’après de tout autres principes.

Les temples dédiés au culte de Fo sont orientés dans la direction sud-nord; ils se composent, comme ceux du culte officiel, de plusieurs corps de bâtiments en enfilade, séparés par des cours.

Dès l’entrée, sous une forme de vestibule, on remarque généralement quatre statues de bois, placées symétriquement de chaque côté. Ce sont les grands rois des Dêvas Si-ta-tien-ouang ) qui exercent leur empire sur les régions situées aux quatre points cardinaux du mont

l’art chinois.

Mérou, centre du monde. Ces divinités interviennent dans les affaires humaines et veillent à l’observance de la loi de Bouddha.

Entre ces statues et le mur de façade, s’en dressent deux autres, d’attitude belliqueuse, revêtues d'un appareil guerrier. Ce sont les dieux Tseng et Ho, défenseurs du temple.

On voit encore dans le vestibule d’entrée l’effigie de Maitreya-Bouddha ( Mi-li-fo ) ou « le Bouddha qui doit venir », celui qui, dans des millions d’années, apparaîtra aux hommes et leur enseignera la voie du repos éternel. Il est représenté la face riante, la poitrine découverte, le corps obèse.

Les personnages dont les statues figurent ainsi dans cette première partie du temple sont des Dêvas, c’est-à-dire appartiennent encore à cette catégorie des êtres qui ne sont pas délivrés de la métempsycose.

En arrière de ce vestibule se dresse le corps principal du monument, le Ta-hioiing-pao-tien ou « salle précieuse du grand héros divin». C’est laque se trouve la statue de Çakya Mouni, méditant sur son lit de lotus. A sa droite et à sa gauche sont ses deux disciples favoris, Ananda ( O-nan ) sous les traits d’un jeune homme et Kashiapa (. Kia-che ) avec la physionomie d’un vieillard. Ces deux apôtres préférés du maître sont au premier des quatre degrés qui constituent les avatars bouddhiques, celui des Schrâvakas ( Cheng-ouen ou « auditeurs »).

Sur les bas côtés, dix-huit disciples, parvenus au rangd’Arhans [A-lo-hau), semblent écouter l’exposition du « Lotus de la bonne Loi » ou des soutrâs sacrés, tan-

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dis que des animaux sauvages, symboles des influences surnaturelles dont ils sont investis, sont (dans les grands temples, au moins) couche's à leurs pieds.

TEMPLE DK CONFUCIUS A KHIU-FFOU.

(D’après une peinture chinoise du Département des Estampes )

Derrière les trois statues centrales, trois autres, de • . . \ 7 7 moindre dimension, sont placées face au nord: ce sont

celles de Kouan-yin, « déesse de la Miséricorde »,et des

deux Boddhisatvas Pou-hien et Ouen-chou.

Cette distribution des statues sacrées est quelquefois modifiée. Ainsi, au lieu de dix-huit disciples parvenus au rang d'Arhans, on place quelquefois, dans les bas côtés, des statuettes du Bouddha, où les trente-deux particularités de son corps sont mises en lumière. Le nombre des idoles exposées varie aussi, et certains sanctuaires, comme celui de Pi-yun-sse, près Pékin, en renferment plus de cinq cents.

Les quatre degrés de la métempsycose indienne ont ainsi leurs représentants dans le bâtiment principal, depuis le Bouddha lui-même jusqu’aux simples « auditeurs ». C’est comme la vision raccourcie des cercles de transmigration qu’il faut traverser avant d’entrer dans le grand repos1.

On conçoit l’impression profonde que dut faire sur les premiers adeptes du culte de Fo l'aspect de pareils temples. Rien jusqu’alors, dans les édifices réservés au culte primitif, ne les avait préparés à une telle magnificence ; toutes ces statues, dorées pour la plupart et apportées directement de l'Inde dans les premiers temps, leur apparaissaient comme des figures étranges, appartenant à un autre monde et supérieures à la race humaine. Il se produisit alors, dans l’Empire du Milieu, un mouvement analogue à la grande crise mystique qui exalta les âmes du moyen âge chrétien et leur fit concevoir l’architecture gothique. Les Chinois connurent, mais à un moindre degré fleur imagination ne se prêtant pas à de si puissants écarts), ce besoin de sensations esthétiques multiples, extrêmes et raffinées, qui se traduisit

i. Cf. Edkins, Chinese Buddhism, ch. xiv.

l'architecture.

en Euiope, aux xme et xive siècles, par la conception grandiose et compliquée des cathédrales gothiques.

PACODE DE OUAN-CHEOU-CHAN ( r A I. A I S d’ÉtÉ) PRÈS PÉKIN.

C'est pour satisfaire à ce besoin que la Chine bouddhique a emprunté à l’Inde quelques formes architecturales différentes du type général de construction qui lui avait suffi jusqu’alors. Les principales de ces formes sont les pagodes ou t'a et les stoupas.

iiR

Les pagodes sont des sortes de tours polygonales divisées en cinq, sept, neuf, onze et quelquefois treize étages. Les ambassadeurs persans de Chah-Rokh, qui traversèrent la Chine au commencement du xv° siècle, parlent même d'une pagode à quinze étages, située

MONASTÈRE BOUDDHIQUE DES CINQ PAGODES, OU-t’a-SSE, PRÈS PÉKIN.

dans la ville de Kan-tcheou (province du Kan-sou).

L'idée qui a inspiré ce singulier type de construction est une conception bouddhique; les étages accumulés représentent symboliquement les cieux superposés au-dessus de la terre ou les Ëoddhisatvas vont attendre l’instant de leur apparition dans le monde en qualité de Bouddhas accomplis. On ne trouve plus de ces tours dans l’Inde, ou elles ont été détruites lors des grandes

persécutions brahmaniques ; mais on en a découvert

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dans l’Afghanistan, c'est-à-dire dans l'ancien empire indo-bactrien, dont la population a professé autrefois le bouddhisme.

C’est donc surtout dans la hauteur, parfois exagérée, du monument que les Chinois ont cherché l’effet architectural de leurs pagodes ; c’est dans le revêtement extérieur de l’édifice qu’ils en ont cherché l’effet décoratif.

Ce revêtement est tantôt de pierre, tantôt de marbre, tantôt de cuivre, de faïence ou de porcelaine. Telle était la fameuse tour de porcelaine qui s’élevait près de Nankin, dans le « Temple de la gratitude et de la reconnaissance extrêmes » ( Ta-pao-ngan-sse ). Ce monument, édifié sous les Thsin au ive siècle de notre ère, fut presque entièrement reconstruit au commencement du xve siècle, sous l’empereur Young-lo, de la dynastie des Ming, et restauré encore en 1664 par l’empereur Khang-hi. Il fut détruit en 1 85 3, pendant la révolte des Taipings.

La hauteur totale de la tour était d’environ 100 mètres, et sa largeur à la base de 3o mètres. L'édifice se composait de neuf étages percés de niches extérieures qui étaient ornées de statuettes bouddhiques. Le revêtement de chaque étage était fait de plaques de porcelaine.

Les stoupas sont également d’origine indienne et datent du bouddhisme.

On en a découvert dans toutes les régions de l’Asie où la doctrine de Çakya-Mouni a été florissante, au Népal, dans le Pendjab, dans l’Afghanistan, en Birmanie L La forme en est très variable : c’est tantôt un

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