‹ L'art chinoisChapitre 69 sur 91 · LES BIJOUX · texte numérisé non relu

LES BIJOUX

La joaillerie chinoise ne mériterait peut-être pas un chapitre spécial. Nous croyons toutefois utile de donner à ce sujet quelques indications très générales.

Gomme la plupart des peuples de l'Orient, les Chinois, dans la vie courante, placent volontiers leurs économies en bijoux. A défaut de monnaies d'or et d'argent, les métaux précieux se conservent aisément sous cette forme, qui permet à leurs propriétaires de les garder sous leur surveillance continuelle, puisqu'ils peuvent les porter sur eux.

D'où le grand cas que l'on fait en Chine des bijoux solides; le poids et la pureté du métal plutôt que leur caractère artistique déterminent leur valeur. Parfois on se contente d'enrouler à son cou ou à son bras une baguette souple d'or ou d'argent pleins, analogue aux chaînes et aux anneaux d'or que portaient nos chevaliers du moyen âge comme marques visibles de leur rang et comme ressource en cas de nécessité pressante\

Le métal s'emploie en ce cas sans alliage. Le fabricant frappe son nom à l'intérieur du bijou, et s'engage ainsi, d'après une très ancienne coutume corporative, à le racheter au poids quand on le lui représente, sans éprouver sa qualité.

Pour la bijouterie plus ornementée, les Chinois emploient la plupart des procédés techniques usités en Occident, en

1. On a toujours eu recours, en Chine, aux lingots et aux bijoux d'or et d'argent dans les circonstances périlleuses, telles que pillages, sacs des villes, etc.. Cf. par exemple le Journal d'un Bourgeois de Yang-tcheou (1645), traduit et publié par M. Aucourt dans le Bulletin, de V Ecole française d'Extrême-Orient (t. YII, n°^ 3-4, juillet-décembre 1907). — N. d. t.

s'efforçant de suppléer à rinsuffisance de leur outillage par un redoublement de patience et d'habileté. Ils passent au moule les plaques de métal précieux, les martèlent en repoussé, les travaillent à jour et les achèvent au burin pour les transformer en boucles d'oreilles, en épingles à cheveux et en toutes sortes de bijoux dont les femmes et les enfants chinois aiment à se parer ^

Les bijoutiers du Céleste Empire ont acquis dans l'art du filigrane une perfection qui en ferait presque un produit spécial de leur pays.^Parfois ils font le filigrane d'or, comme le bracelet en forme de double serpent de la figure 210; mais ils emploient le plus souvent l'argent doré ; la dorure a pour but de prévenir la ternissure, tout autant que de plaire aux yeux. Les objets filigranes peuvent s'agrémenter, pour l'exécution des détails, d'incrustations de plumes bleu-turquoise de martin-pêcheur [fei-ts' ouei) ; c'est un procédé dont la Chine a presque le monopole ; mais ce travail manque de solidité; les plumes sont simplement collées à la gomme sur de minces plaques spéciales, de sorte qu'elles se détachent rapidement.

L'émaillage offre plus de garanties, aussi est-il très employé. Pour les bijoux d'argent, on se sert surtout d'un émail vitrifîable bleu foncé tiré des manganèses du pays, qui sont très chargés de cobalt ; pour les bijoux d'or, on préfère le bleu-turquoise obtenu du cuivre ; mais on ne se fait pas faute de combiner aussi les deux couleurs. C'est encore avec des émaux que se fabriquent les imitations de pierres précieuses [qui remplacent si souvent les pierres véritables dans les bijoux chinois.

Quand on emploie les pierres précieuses, ce n'est pas après les avoir taillées en facettes; on les polit plutôt pour

I. Les femmes chinoises et les femmes mandchoues portent des bijoux de style distinct, surtout pour ce qui est de leurs accessoires de coiffure ; les lois somptuaires ont apporté sur ce point un grand nombre de restrictions que connaissent seules les personnes qu'elles concernent.

DIADEME DE MARIEE. FILIGHANE EX ARGENT DORE

Décoré de plumes de martins-pêcheurs et de perles, avec pompons et glands de soie. Châtelaine d'objets de toilette en argent doré.

Haut. .30 cent. 1 2, lai-fr. 30 cent. 1

Ciuitelaiiic, long. 38 cent. 3,4,

FIG. 2l3.

Page 1