FIG. 239. MŒURS ET COUTUMES DES MIAO TSEU
La « Couvade ».
de règles anciennes, jugées trop étroites, et perfectionna sa méthode en s'inspirant directement de la nature. Un grand nombre de ses élèves étaient originaires de Tch'eng-tou, capitale du Sseu-tch'ouan ; c^est une région où la nature se manifeste sous ses aspects les plus grandioses, dans un cadre de montagnes égayées de torrents et de cascades ; elle était digne en somme de tenter l'inspiration des plus nobles paysagistes.
Période de développement et de déclin (960-1643 ap. J.-C). — On peut négliger les cinq brèves dynasties qui succédèrent aux T'ang, bien qu'elles aient compté un certain nombre de peintres distingués ^
La dynastie des Song instaura en 960 une période de gloire artistique et littéraire qui dura plus de trois cents ans ; elle s'enorgueillit d'une longue suite de peintres ; l'Encyclopédie en cite huit cents.
Pourtant, elle ne régna jamais sur la Chine entière et fut peu à peu refoulée vers le Sud par les empiétements des races tartares, dont l'une, la race mongole, devait finalement la supplanter en 1280. La capitale, tout d'abord fixée à K'ai-fong fou, dans la province du Ho-nan, se transporta, en 1J29, à Hang-tcheou fou, la Kingsai de Marco Polo, qui devint alors le centre le plus important de la Chine ^
La dynastie des Song pratiqua les lettres et les arts plutôt que la guerre ; l'intelligence chinoise paraît s'être alors cristallisée ; l'art chinois se développait en même temps selon des formules qu'il a conservées encore en grande partie. Ce fut une période de catalogues, d'encyclopédies et
I. L'un d'eux, Houang Ts'iuan (x® siècle) est représenté au British Muséum par deux tableaux sur soie : oiseaux et pivoines.
1. Quand les Mongols furent chassés, en i368, le premier empereur des Ming choisit Nankin comme capitale ; son fils Yong-lo la transféra, en i4o3, à Pékin, où elle est encore aujourd'hui,
33o L'ART CHINOIS
de volumineux commentaires classiques ; on l'a résumée d'un mot : Fépoque du Néo-Confucianisme. Le Bouddhisme perdit sa faveur, attaqué à la fois par les lettrés confucianistes et par les taoïstes, sous les auspices de qui s'élaborèrent de nouveaux systèmes de philosophie naturelle.
« C'est sans contredit — remarque très justement M. Paléologue — dans le genre du paysage que la peinture chinoise s'éleva au plus haut point de Vart... Le plus grand nombre des poésies de cette époque était tracé du même pinceau qui dessinait ensuite le site pittoresque en présence duquel elles avaient été inspirées. Il n'y avait guère de poète qui ne fût peintre aussi. La peinture n'était pas une profession spéciale., c'était un des exercices oit se plaisait tout homme cultivé^ une des formes par lesquelles tout esprit distingué devait savoir exprimer sa pensée. Les artistes... étaient à la fois hommes d'Etat., hommes de lettres., historiens, philosophes, mathématiciens^ poètes., peintres, musiciens,.. Dans leur passion pour la nature, ils avaient une prédilection pour les aspects adoucis., tendres et mélancoliques dont elle se revêt à certaines heures du jour ou à certaines saisons de l'année. Les paysages aux tons tranchés et aux couleurs éclatantes^ les ardeurs du midi et de l'été, les exubérances de la vie végétale^ n'étaient pas leur fait. Ils préféraient les fraîcheurs délicates et vaporeuses du printemps., les floraisons gracieuses d'avril, les mélancolies pénétrantes d'automne, les brumes légères qui se lèvent sur les rizières aux soleils couchants d'été, les pâles clairs de lune d'octobre, les tristesses intimes des paysages d'hiver sous leur manteau de neige. »
Le British Muséum possède un beau paysage de Tchao Mong-fou, l'un des maîtres de la dynastie des Yuan ; nous en avons déjà parlé ; il mesure 5 m. 20 de long sur 33 centimètres de large. M. Binyon en a fait la description dans le Toung pao (Série II, vol. VI, igoS). Cet artiste, né en 1254
LA PEINTURE 33i
de notre ère, descendait du fondateur de la dynastie des Song; il se retira dans la vie privée à la chute de cette dynastie jusqu'en 1286, époque à laquelle il accepta à la Cour mongole un poste officiel qu'il occupa jusqu'à sa mort, en i322.
Le rouleau est dans un admirable état de conservation : il représente un grand paysage, traité presque entièrement en tons verts et bleus, sur l'ordinaire fond de soie foncée. Le métier en est à la fois d'une délicatesse et d'une vigueur parfaites ; il possède le charme de l'absolue maîtrise ; et non moins merveilleux est l'art avec lequel les scènes diverses du paysage se succèdent et se fondent les unes dans les autres. Lorsqu'on déroule le tableau, on éprouve vraiment la sensation de traverser une étrange et délicieuse contrée.
L'une de ces scènes, reproduite dans la figure 282, représente un lac ; dans un coin, une île avec pavillon à terrasses, vers laquelle se dirige un bateau portant un visiteur ; on aperçoit dans un autre bateau des pêcheurs tirant leurs filets ; les montagnes dans le lointain, les collines revêtues de pins au premier plan, le bouquet de saules en face d'elles et les roseaux qui, le long de la rive, ondulent sous le vent, forment un ensemble plein d'agrément et de noblesse.
A la fin du rouleau, avec les deux cachets de l'artiste et ceux des collectionneurs, se trouve une inscription portant la date et les signatures de l'écriture même du peintre:
« Dessins de scènes pittoresques dans le genre de Wang Yeoii-tcK eng {Wang Wei) de la dynastie des Tang, par Tseuyang [Tchao Mong-fou)^ le troisième mois du printemps de la seconde année tche ta (iSog ap. J.-C). »
Une œuvre authentique du peintre Yuan, datée et signée, est déjà d'une importance suffisante ; mais qu'elle soit en outre dans le style du grand peintre des T'ang, lui donne aux yeux de l'érudit une valeur incomparable \
I. Dans le même volume du T'oung pao déjà cité plus haut (vol. VI, p. 657), M. BiNYON a Fait passer une note pour rectifier une inexactitude qui
L'habitude de peindre des tableaux continus sur un long rouleau de soie vient peut-être de ces frises interminables destinées aux murs des palais et que nous avons vues parmi les premières productions artistiques de la Chine.
Dans ce paysage de Tchao Mong-fou, point de séparation ; un sentiment d'unité se dégage peu à peu des étapes successives qui se terminent par la vision de ces eaux illimitées et de ces sommets vaporeux à l'horizon. La fantaisie de M. Binyon y puise une idée philosophique : « Cest, dit-il, le passage de Vâme à travers les délices et les magnificences de la terre, par les bosquets, les parcs et les vallées, jusqu'à sa libération finale dans les solitudes grandioses de la montagne, de la mer et du ciel. »
Tchao Mong-fou appartenait à une famille d'artistes. Son frère cadet, son fils et deux de ses petits-fils continuèrent sa tradition ; sa femme également, la Dame Kouan, que l'empereur lui-même anoblit. Sa femme était un bon peintre de fleurs ; ses esquisses à Tencre représentant des pivoines, des pruniers et des orchidées étaient d'un art admirable ; elle avait, dit-on, coutume d'observer les ombres mouvantes des branches, jetées par la lune sur les vitres en papier des fenêtres ; elle essayait ensuite, en quelques coups de son pinceau, d'en fixer les traits fugitifs. Ses moindres croquis, reliés en album, servaient de modèles. L'Encyclopédie assure que l'un de ses fils, Tchao Yong, surnommé Tchong- Mou et qui devint gouverneur de Tch'ao-tcheou, « peignit
s'était glissée dans son article et que M. Bushell a reproduite ici : — « La suscription de cette peinture est ainsi conçue : Copie faite le 5® mois du printemps de la 2*^ année tche-ta [1309) du paysage de Wang-tch' ouan dont l'auteur est le yeou-tch' eng Wang, de Vépoque des T'ang. Ainsi, nous avons affaire ici à une copie faite par Tchao Mong-fou d'un tableau de Wang Wei représentant le paysage de Wang-tch'ouan. Ce tableau était fort célèbre, comme le montre le récent article de M. Hirth dans le T'oung pao (igoS, p. 458). Il ne faut pas traduire la phrase chinoise ci-dessus comme si Wangtch'ouan était un surnom de Wang Wei; ce nom de localité est, il est vrai, devenu un des surnoms de Wang Wei; mais, dans le cas présent, il désigne la localité elle-même. » — N. d. t.
des paysages dans le genre de Tong Yuan, célèbre peintre delà dynastie des T ang postérieur s ^ et se distingua dans la représentation des hommes^ des chevaux^ des montagnes et des fleurs. »
Les connaisseurs chinois attribuent à Tchao Yong le tableau de la figure 233 ; il porte au dos l'inscription Tchao tchong-mou si liia wei lie fou, a Portrait d'un chasseur Tangut, par Tchao tchong-mou » ; son authenticité n'est généralement pas discutée, bien que des monteurs peu soigneux aient coupé les cachets et les signatures. Il est intéressant d'avoir ce portrait pris sur le vif d'un guerrier dont les compagnons envahissaient alors la Russie et la Hongrie, et, selon Gibbon, faisaient même retentir leurs foudres aux portes de Vienne. Le poney noir, au trot, est marqué d'une étoile blanche sur le front; ses quatre pieds blancs, sa petite tête alerte, son long corps souple et sa queue nouée en font un beau représentant de la vigoureuse race mongole ; quant au cavalier vêtu de fourrure, avec sa petite toque fourrée et couronnée d'une aigrette de plumes de faucon, avec ses grosses boucles d'oreilles, on pourrait encore aujourd'hui le rencontrer sur les frontières septentrionales du Tibet. Assis droit sur sa selle, pressant les flancs de son cheval de ses bottes de cuir munies d'éperons, serrant vigoureusement dans ses deux mains les rênes auxquelles sont attachés les pieds du cerf qu'il vient de tuer à la chasse, il porte au bras gauche un petit arc et un carquois plein de flèches, tandis qu'un faisan pend derrière lui, près de la selle en peau de léopard.
Le tableau suivant (fig. 234) représente un faucon blanc ; on l'attribue à l'empereur Houei-tsong de la dynastie des Song, mais il ne porte pas de cachet. Il est esquissé en lignes simples et magistrales. Les plumes sont touchées de blanc vers l'extrémité et se détachent hardiment sur le fond brun sombre de la soie.
Houei-tsong qui régna de iioi à 1220, se signala dès la première année de son règne par la fondation d'une académie de calligraphie et de peinture, dont les membres se recrutaient par concours. Il était grand collectionneur d'antiquités et d^objets d'art, mais ses collections furent toutes dispersées en 1120; lui-même, emmené en Tartarie, resta prisonnier jusqu'à sa mort, en ii35. Artiste de valeur, il était célèbre pour ses tableaux d'aigles, de faucons et d'autres oiseaux ; sur l'un d'eux un critique écrivit jadis : « Quelle joie d'être peint par une main divine ! » Aucune collection qui se respecte n'est complète, en Chine, sans un faucon dessiné par Houei-tsong; mais les cachets qui constellent ces peintures impériales ne suffisent pas toujours à leur donner l'authenticité. Le faucon dont nous venons de parler n'a pas échappé aux critiques ; mais peut-être, avant de se décider, doit-on attendre qu'un connaisseur chinois compétent se soit prononcé.
L'empereur Houei-tsong fit compiler une série de catalogues de ses diverses collections par des commissions de savants et d'experts nommés à cet effet. Nous avons déjà signalé les services inappréciables que les catalogues illustrés de ses antiquités de bronze et de jade peuvent rendre aux archéologues.
Pour les arts de la calligraphie et de la peinture, nous possédons le Siuan ho chou p'ou, « Collection des manuscrits du (palais de) Siuan ho » et le Siuan ho houa pou. « Collection des peintures du (palais de) Siuan ho \ »
Le Siuan ho houa p'ou fut publié en 20 volumes dans la seconde année (1120 ap. J.-C.) de la période Siuan ho ; la préface en est datée du palais de Siuan ho. C'est le plus
I. Siuan ho était le nom de l'un des principaux palais de la cité impériale de K'ai-fong fou dans la province du Ho-nan, qui était alors la capitale de la Chine.
important ouvrage de ce genre qui nous soit parvenu; les tableaux qui y sont décrits devaient d'ailleurs être bientôt détruits ou dispersés par les Tartares qui saccagèrent K'ai-fong fou en H25. Il signale les œuvres de 23i peintres et donne les titres de 6. 192 de leurs peintures sur rouleaux de soie ; nous avons ainsi une idée de tous les sujets dont s'inspirait la peinture chinoise avant le xii^ siècle.
Les artistes y sont divisés en dix classes, selon le genre particulier dans lequel chacun excellait.
Ces dix classes sont :
I. Tao che^ « Taoïsme et Bouddhisme ». Livres 1-4. — Le Taoïsme prenait rang avant le Bouddhisme sous la dynastie desSong; il comprenait une multitude de figures mythiques, célestes et terrestres, incarnation des idées courantes de la cosmogonie chinoise. Le Panthéon bouddhiste était non moins peuplé; malgré son origine hindoue il accueillait à l'occasion, sous le nom d'incarnation bouddhique, les divinités indigènes qui existaient avant son introduction en Chine. Ainsi, les esprits de l'air [chen) et les esprits terrestres {kouei) , bien qu'ils ne fussent ni taoïques ni bouddhiques, figurent dans cette catégorie ; il en est de même pour les êtres humains déifiés tels que Kouan Ti, le dieu officiel de la guerre, et Tchong K'ôuei, le grand dompteur des mauvais démons.
II. JenuoLi^ (( Figures humaines ». Livres 5-7. — Ce livre comprend toutes sortes de sujets à personnages, à l'exception des tableaux religieux dont nous venons de parler et des scènes de mœurs barbares, rejetées dans la quatrième catégorie dont nous parlerons tout à Fheure. Confucianisme et scènes de la mj^thologie antique, sujets historiques, portraits d'homme d'Etat, de généraux célèbres, de femmes accomplies, troupes de musiciennes [kou k'iii che nia) y illustrations des mœurs et des coutumes nationales [fieii hia fong sou), telles sont quelques-unes des rubriques
de cette classe. L'élément comique n'est pas entièrement absent: il est représenté par des invités pris de vin [tsoaei Wo)^ des dames en déshabillé d'été [pi chou che nia), des bonzes surpris par Forage {fong yu seiig)^ etc. Un supplément traite des peintres de portraits {sit tchen).
III. Kong che. « Palais et Bâtiments ». Livre 8. — Consacré aux sujets d'architecture. Parmi les titres de tableaux, nous trouvons le vaste palais d'A-fang Kong, bâti en 212 avant Jésus-Christ par Che Houang, constructeur de la Grande Muraille ; les luxueux palais de la dynastie des Han, dans les deux capitales de Si-ngan et de Lo-yang; plusieurs célèbres monastères bouddhiques avec leurs temples, leurs cloîtres et leurs pagodes; le royaume fabuleux de la Si Wang Mou, le paradis des taoïstes, etc. Une section de cette classe est réservée aux peintres de vaisseaux, de chars, de palanquins et de sujets analogues.
IV. Fan tso^ « Tribus barbares », dernière section du huitième livre. Tableaux de la vie nomade au delà des frontières : Turcs, Tibétains et autres types étrangers à la Chine ; cavaliers en costume barbare, caravanes et scènes de chasse, missions apportant des tributs, princesses chinoises partant en voyage avec leur escorte ; coutumes singulières, animaux inconnus et autres produits remarquables des contrées lointaines.
V. Long yu, « Dragons et Poissons ». Livre 9, sans compter les autres animaux aquatiques chers àPartiste chinois, tels qu'alligators, crabes, écrevisses, etc. Le dragon de la légende chinoise est un poisson transformé ; on le représente chevauchant Forage et à demi caché dans les nuages ; il vient souvent en opposition avec le tigre, roi des animaux terrestres que Ton voit rugissant son défi à l'invisible puissance de l'esprit.
VI. Chan chouei, littéralement « Montagnes et Eaux ». Paysages. Livres 10 et 12. — Il n'existait point dans la
collection de paysages antérieurs à la dynastie des T'ang (618-906). La liste commence avec Li Sseu-hiun, arrièrepetit-fils du fondateur de la dynastie des T'ang, premier paysagiste de son temps, célèbre en tant que fondateur de l'Ecole du iNord, dont l'un des caractères les plus importants était l'éclat de la couleur.
Wang Wei (699-759), fondateur de l'école littéraire et idéaliste, dont certaines œuvres célèbres étaient en blanc et noir, se trouvait représenté dans la galerie de l'empereur Houei-tsong par 126 tableaux, dont la moitié environ était des paysages et les autres, d'inspiration bouddhique ; parmi ces derniers, on comptait plusieurs groupes des seize Lo-han ou Arhats \
Vient ensuite Tchang Tsao qui inaugura le genre dit « de l'ongle du pouce » : il esquissait hardiment les arbres et les rochers avec le manche d'un pinceau ou bien encore avec son doigt et excellait à rendre les masses vaporeuses des forêts de pins ou l'étude des paysages de neige et d'orage.
Les paysagistes de la dynastie des Song étaient encore plus largement représentés, Tong Yuan avec 78 tableaux, Li Tch'eng avec 159, Fan K'ouan avec 58 — ces deux derniers, peintres de tout premier ordre et qui, dit-on, ne furent jamais surpassés — Kouo Hi avec 3o tableaux, le moine bouddhiste KiuJan, avec i36, sans compter une foule d'artistes de moindre importance. Cette longue liste se termine par les titres de trois tableaux dus à un artiste japonais inconnu; Tun représentait une île montagneuse, les deux autres, des mœurs et des coutumes du Japon.
VII. TcKou cheou, « Animaux domestiques et bêtes sauvages )). Livres i3 et 14. — Chevaux, bœufs, chèvres, chats et chiens sont les plus fréquents d'une part ; de l'autre,
I. Ce nombre de « seize » Arhats est le nombre primitif. On en compte plus souvent dix-huit. Voir p. ii5. — N. d. t.
ce sont le tigre, la panthère, le sanglier, le cerf, le chevreuil, l'antilope, le renard, le lièvre, et autres animaux que Ton poursuit à la chasse. Ghe Tao-ye de la dynastie des Tsin (iv^ siècle) est le premier peintre de chevaux et de bœufs qui figure dans cette collection. HanKan, le fameux peintre de chevaux du viii^ siècle y compte plus de 5o tableaux de chevaux et de cavaliers, et Ts'ao Pa, son contemporain et son rival en ce genre particulier, i4 tableaux de chevaux qui, assure-t-on, « effacèrent tous les chevaux de V antiquité y) .
VIII. Houa niao, « Fleurs et Oiseaux ». Livres 10-19. — Les insectes volants sont classés avec les oiseaux dans cette catégorie, qui comprend ainsi les libellules, les papillons, les scarabés volants de tous genres, les cigales, les abeilles et les guêpes. C'est dans les tableaux si vivants d'oiseaux et de fleurs qu'excellent tout particulièrement les artistes chinois; mais la liste en est trop longue pour qu'il nous soit possible de l'analyser ici.
Mentionnons seulement Sie Tsi, le fameux peintre de cigognes du vii^ siècle ; sept de ses tableaux se trouvaient dans le cabinet de l'empereur ^ Il était renommé par tout l'empire comme calligraphe et comme artiste d'une inspiration des plus élevées. La cigogne mandchoue [grus viridirostris), avec son plumage blanc et noir et sa tache rouge sur la peau nue de la tête, est un oiseau d'heureux augure et un emblème de longévité, le coursier aérien de Wang Tseu-k'iao qu elle emporte au royaume des immortels. Quelque cinquante ans après la mort de l'artiste, Tou Fou, l'éminent poète, contemplant une fresque décorée d'une cigogne par Sie Tsi, improvisa une poésie dont voici deux vers :
Le mur, et l'oiseau peint avec tant d'art, Semblent voler et toutes les nuances en sont éclatantes .
I. D'après M. Giles {Biograph. Dict.), il s'éleva à la dignité de censeur en 709 et fut ensuite Président du Ministère des Rites jusqu'en 71 3, époque à laquelle il se suicida, victime d'intrigues politiques.
IX. Mo tchou, littéralement « Bambous à l'encre ». Livre 20. — Le bambou, avec ses bouquets si gracieux, ses branches mobiles et délicates qui ondulent sous la brise, est ridéal des artistes en blanc et noir. On conte que certains d'entre eux passèrent toute leur vie à s'efforcer de rendre les mouvements subtils des feuilles, puis moururent toujours mécontents de l'œuvre à laquelle ils s'étaient tendrement consacrés. Saisir le rythme et le mouvement cachés sous la réalité des choses a toujours été le but suprême du grand art.
X. Sou kouo, « Légumes et Fruits » ; fin du livre 20. — Plantes et insectes {ts'ao tchong) est le titre le plus ordinaire des tableaux de cette catégorie : les mantes religieuses, les sauterelles de grande taille et les coléoptères de diverses couleurs forment les sujets favoris du peintre. Ces tableaux sont souvent destinés à illustrer le Livre des Vers, le Che king^ qui emprunte tant de ses comparaisons à la nature. A la fin, on a gardé, sous ce lilvQ Pen ts'ao, une place spéciale aux illustrateurs des plantes médicinales officielles, employées au iii^ siècle de notre ère, ou même avant.
Les annales nous auraient permis d'élargir cette esquisse sommaire de la peinture chinoise jusqu'au xii^ siècle, si l'espace ne nous était mesuré. Mais nous devons poursuivre notre étude.
Au glorieux génie des artistes de la dynastie des T'ang, nous avons vu succéder le raffinement et la perfection technique des dynasties des Song et des Yuan ; passons maintenant à la dynastie des Ming (i368-i643 ap. J.-G.) qui compte également une longue liste de peintres dont plus de 1.200 sont cités dans l'Encyclopédie P'ei wen tchai.
Ces peintres suivaient plus ou moins les traces des vieux maîtres et continuaient leurs traditions avec un zèle attentif et une méritoire habileté de pinceau ; mais l'esprit créateur
leur faisait défaut ; vers la fin de la dynastie, le déclin était déjà proche.
Un critique indigène, après avoir expliqué comment l'écriture est née de la représentation des idées et des choses, dit, en parlant de la peinture, qui pour lui se confond avec l'art d'écrire, que les peintres primitifs illustrèrent les Vers ou quelques autres livres sacrés et que, de la dynastie des Han à celle des Leang (vi^ siècle), les plus grands artistes apportèrent à la vertu moralisatrice des doctrines confucianistes, le concours des illustrations qu'ils composaient pour les livres consacrés aux rites des cérémonies religieuses, aux ministres distingués et aux femmes vertueuses. Leurs successeurs abaissèrent peu à peu leur idéal en peignant des scènes de rues de la capitale, des cortèges impériaux avec chars et cavaliers, des guerriers revêtus de leur armure et des femmes célèbres pour leur seule beauté.
Ceux qui suivirent se diminuèrent encore en consacrant tout leur effort aux oiseaux, aux poissons, aux insectes, aux fleurs, et en laissant le champ libre à leur sensibilité pour la représentation plus ou moins fantaisiste des montagnes, des forêts, des ruisseaux et des rochers. Une heure vint enfin où l'antique conception de l'art fut entièrement perdue.
Comme types de la première période, notre critique cite Kou K'ai-tche et Lou T'an-wei; de la seconde. Yen Li-pen et Wou Tao-tseu ; et de la troisième, Kouan T'ong, Li Tch'eng et Fan K'ouan.
Les artistes de la dynastie des Ming pouvaient ne pas satisfaire les hautes aspirations classiques du critique littéraire que nous venons de citer ; leurs qualités n'en sont pas moins séduisantes pour les esprits ordinaires, bien qu'elles les portent surtout vers la peinture des agréments de la vie sociale et vers les beautés naturelles. Les meilleures de
leurs œuvres sont remarquables par la perfection de leur technique et par leur coloris harmonieux et tendre.
« Si, observe M. Paléologue, le style de ces peintures ne se distingue pas par une originalité très marquée dans Vinspiration^ du moins d'autres qualités de premier ordre le caractérisent : la force et la netteté de la conception^ la dis^ tinction des formes^ une certaine sobriété dans la composition et un sentiment très juste des effets décoratifs^ une science rare du dessin^ la décision et la souplesse du coup de pinceau^ le goût des colorations vives et claires et la recherche harmonieuse des tons. »
C'est au début un art sain et fécond, mais destiné à devenir avant la fin de cette dynastie « déjà froid et bientôt stérile ».
Lin Leang, originaire du Kouang-tong, qui florissait au milieu du xv^ siècle, était réputé pour ses tableaux d'oiseaux et de fleurs. On prétend qu'il travaillait avec une rapidité extrême, usant librement de son pinceau et presque sans reprises. Le tableau représentant des oies sauvages et des oiseaux (fîg. 235) est un heureux spécimen de son genre de talent^; c'est également un bel exemplaire de ces esquisses à l'encre qu'affectionnaient les peintres de la dynastie des Song et que continuèrent à pratiquer les maîtres primitifs de la dynastie des Ming, parmi lesquels Lin Leang tient le premier rang; selon M. Fenollosa, il serait même le plus grand de tous les artistes de la dynastie des Ming.
Mais les critiques chinois lui préférèrent K'ieou Ying. A l'heure actuelle encore, on copie souvent ses tableaux. Il excelle dans les sujets à personnages et dans Tart de composer des groupes aux attitudes naturelles, placés dans des paysages pittoresques ; on dit qu'il acquit ce talent en étu-
I. Ce tableau et son pendant sont exposés au British Muséum ; on trouverait une reproduction du pendant dans le Chinese Pictorial Art, de M. Giles, p. i54.
diant soigneusement les anciens maîtres ; il s'efforçait de retenir ce que chacun d'eux avait de meilleur, afin d'en faire son profit pour ses œuvres personnelles.
Son chef-d'œuvre représentait le Parc de Chang Lin ; ce parc appartenait à l'empereurWouTi; c'était un vaste terrain de plaisance; il fut ouvert en i38 avant Jésus-Christ, et reçut une affluence de nobles et de savants accourus de tous les points de l'empire. Un pendant de ce tableau, connu sous le nom de Han kong tcli'ouen, « le Printemps au Palais des Han », se trouve au British Muséum ; nous en reproduisons un fragment dans la planche 286 ; on y voit un orchestre de musiciens en train d'accorder leurs instruments ; ils se préparent à accompagner deux danseuses aux attitudes pleines de grâce, qui essayent leurs pas en deçà du pilier de droite, mais qui n'ont pu malheureusement trouver place sur notre photographie.
Le tableau entier met sous nos yeux un palais entouré de murs, avec pavillons, kiosques, et jardins aux arbres fleuris; déroulé, il montre une suite de groupes pittoresques : des dames de la Cour en robes de brocart, avec des fleurs dans leurs cheveux, cueillent ou arrosent des plantes, lisent, peignent, jouent aux échecs et à d'autres jeux, ou se livrent à des occupations diverses. L'impératrice apparaît enfin, assise sur un trône^ avec, à ses côtés, un eunuque qui tient au-dessus de sa tête une sorte de dais à long manche ; derrière elle, un essaim de demoiselles d'honneur; elle est en train de poser pour son portrait devant un artiste qui met à ses lèvres la dernière touche de vermillon. Vient enfin une figure solitaire et pensive, debout sur la vérandah et comtemplant le lac dont les rives sont bordées de saules, vêtus de leur printanière parure de vert éclatant. La signature est: Che fou K'ieou Ying tche, « K'ieou Ying surnommé Che-fou fecit » ; le nom de plume de l'artiste, Ghe-fou, est inscrit au-dessous dans un petit cadre en forme de gourde.
Le critique chinois, dans le certificat apposé sur le rouleau en i852, affirme qu'il a soigneusement comparé cette signature avec d'autres exemplaires et qu'à son avis elle est certainement authentique.
La figure 287 donne un spécimen de tableau religieux bouddhique ; elle représente Bodhidharma, au cours de son voyage de Canton à Lo-yang en 020; le saint personnage traverse miraculeusement le grand fleuve Yang-tseu, debout sur un roseau qu'il a cueilli sur la rive ; cette œuvre date de la fin de la dynastie des Ming, c'est-à-dire de la première moitié du xvii® siècle ; on l'attribue à Mou-ngan, moine chinois qui vivait au Japon dans un monastère bouddhiste.
La décadence générale de l'art, déjà sensible vers la fin de la dynastie des Ming, devint un fait accompli sous la dynastie mandchoue ; nous ne pouvons songer ici à rechercher les exceptions.
Rien ne permet encore de prévoir une renaissance.
Toute question d'art mise de côté, la description des coutumes spéciales et des mœurs de certaines tribus indigènes habitant les montagnes de l'intérieur et connues sous le nom de Miao-tseu, peut présenter un certain intérêt. Ces tableaux intéressent particulièrement les Chinois par la lumière qu'ils jettent sur leurs vieilles poésies populaires; on les a reproduits à profusion en albums peints à la main et dont quelques exemplaires sont parvenus jusqu'à nos musées ethnologiques. On trouvera ici (fîg. 288 et 239) deux de ces illustrations en couleurs ; leur art est pourtant fort rudimentaire.
La première représente un groupe chantant des chœurs ; trois hommes jouent d'instruments à cordes et d'une flûte de Pan en roseau, tandis que deux jeunes filles frappent sur leurs mains et qu'une vieille femme debout par derrière con-
sidère la scène d'un air approbateur. Ces réunions étaient, parait-il, fréquentes au printemps ; on y arrangeait des mariages ; sur une autre image, un groupe en vêtements de fête danse autour d'un arbre de mai auquel sont suspendues des bannières et des branches de fleurs.
La seconde illustration a trait à l'une des coutumes les plus étranges de ces tribus; Marco Polo Ta notée, et le professeur Tylor l'a décrite sous le nom de « couvade ». A travers la fenêtre d'une cabane, on aperçoit le père étendu sur un lit et tenant le nouveau-né entre ses bras, pendant qu'au dehors la mère arrive portant la nourriture de son mari ; celui-ci doit être traité en malade pendant un mois, sinon quelque malheur pourrait s'ensuivre*.
Notons 'pour terminer qu'il est encore un genre dans lequel les artistes chinois contemporains n'ont pas entièrement perdu la maîtrise de leurs ancêtres : c'est la peinture des oiseaux et des fleurs.
L'éventail de la figure 240 en serait la preuve, si toutefois on avait pu reproduire le coloris éclatant et chaud du martin-pêcheur et les teintes tendres de la rose-trémière relevées par le vert sobre et profond des feuilles. Cette œuvre s'intitule Fou jong ts'oueiyu^ « Hibiscus et martinpêcheur », et porte l'inscription : « Peint à l'antique Yen Fou (Pékin) au premier mois d'été de l'année cyclique sin mao » fiSSi ap. J.-C); l'artiste y a joint sa signature et son cachet.
I, Butler devait à coup sûr penser à ceUe histoire de Marco Polo sur les indigènes de Zardandan [Kin tch'e, dents d'or) quand il écrivit dans son Hudibras ;
« Les Chinois prennent le lit
Et font leurs couches à la place de leurs femmes. »
mmmmBBSi'
INDEX
[Cet index comprend seulement les noms et les matières contenus dans le texte et dans les notes de l'auteur.)
Agate sculptée, i8o.
« Age d'or » (dynastie des T'ang),
Agriculture (débuts de 1"), 4? 65.
Alexandre-le-Grand, i6.
Ambre (grains d'), 177.
Amithâba Bouddha, 47? 72.
Ancêtres (autels des), 82.
— (culte des), 102, 106, 107. Anderson, 3o3, 826.
Antiques (les Cent), Pai Kou, i34,
Appuis-main, cken-cheou, i35.
Arabe (verre émaillé), 255.
Arabes (les... en Chine), 19.
— (caractères ... sur la porcelaine), 22.
Arabes (émaux cloisonnés), 257, 261.
— (inscriptions ... sur verre),
Archéologie (livres chinois sur 1'),
Archers (bagues d'), 175.
Argent (coupe à vin en), iio.
Arhats (les dix-huit), 71, ii5, i36,
Art persan (influence de 1'), 22.
Arts (les quatre ... libéraux), i33.
Arts industriels de l'Asie occidentale, 22.
Asoka Rajah, 117.
Astrologie, m.
Astronomie (instruments d'), 119.
— (observatoire d'), 119.
Autel du Ciel, 69.
Autel (services d'), »ou kong, 242.
— (services d' ... cloisonnés), 264.
Authenticité (certificats d') Avalokita. Kouan Yin, 48.
Bambou (le ... dans la peinture), 339.
— (sculpté), i35.
— (tablettes de), 3i3.
Bas-reliefs des Han, 82.
Bassins de jade, 166.
— à poissons, 214.
Bateaux-dragons (fête des), 287.
BiNTON (L.), 3i6, 817, 827, 33o.
BiRDwooD (Sir George), 257.
Birmanie (jadéite de), 168.
BisHOP (collection de jades), 169.
Bleu ciel, 200, 2o5.
— de cobalt, 2o5.
— fouetté, 219.
— Mazarin, 228.
— et blanc, 2o5, 218.
Boccaro, 191.
Bôdhidharma, 19, ii5, 141,212, 821,
Bodhisattva, 5i, 52, 71, 114.
Bœuf de bronze, 65.
Bonzes, 22, 75, ii5.
Boucles d'oreille, 277.
Bouddha (représentations du), n4. Bouddhisme (son influence sur Fart),
Bouddhisme (introduction du), 17,
Bouddhiste (trinité), 71.
Bouddhistes (divinités), 212.
— (les huit symboles), 175.
— (tableaux), 835.
— (temples), 69, 70.
INDEX
Bracelets, 276.
Brinkley (capitaine F.), 192.
Briques anciennes, i85.
Brocarts, 284.
Broderie, sieou^ 281, 288.
— (motifs de). 281.
— d'or et d'argent, 281.
— pour trousseaux impériaux,
Bronze (anciens alliages de), 81.
— (bœuf de), 65.
— - (temple de), 67.
— (vases à sacrifice en), 83, 85,
Bronzes (classification des), 89.
— incrustés d'or d'argent, 80,
Bronzes (inscriptions sur anciens),
Bronzes martelés, 126.
— (motifs des anciens), io3.
Brûle-parfums, 76, 108.
Brun « feuille-morte », 220.
Burlington Fine Arts Club, 216.
— Magazine, 290, 3 16.
Byzance, 258, 260, 280.
Cachets et Marques, 228.
Çâkyamouni, 48, 82, 114.
Calligraphie, 297.
Camphre (jade), 160.
Canton (ateliers de), i37, i5i.
— (broderie de), 289.
Caractères chinois anciens, 1, 26, 83,
87, etc.
Caractères (dictionnaires d'anciens),
Céladon, 24, 209, 220.
Cercueil d'ai'gile (ancien), 184.
Champignon sacré de longévité, i3i,
177, etc.
Chang (dynastie des), 7.
Chang Ti, 37, 58, 75. Chapelet, 177.
Châtelaine, 277.
Chaudrons, ting, 90, 94.
Chauve-souris (symbole de bonheur),
52, i57, 179, etc.
Cha-vannes (Ed.), 33, 35, 259, 3i5,
Che ki (annales), 3 10, 3i5.
Che king (odes antiques), 309, 339.
Chen-nong, 4.
Cheou lao (déification de Laotseu),
Cheval-dragon, long ma, i35.
Chevaux (les huit ... de Mou Wang),