IV. L'Ancien Testament
Les sept Arts libéraux constituent, nous l'avons vu, la base de la connaissance; il n'est donc pas étonnant qu on se soit plu à les représenter sous la forme de figures allégoriques. Or. à l'époque carolingienne renseignement du Trivium et du Quadrivium consistait souvent en îles commentaires du bizarre roman pédagogique qu'un grammairien africain du v" siècle, Martianus Capella, avait composé sous le titre de : Noces de Mercure et de Philologie1 . Il imagine que Mercure épouse la nymphe Philologie qui se présente avec son cortège des sept sciences, chacune portant ses attributs : la Grammaire, femme vénérable avec une trousse de médecin et un martinet, la maigre Dialectique dissimulant un serpent dans son manteau noir, la Rhétorique, vierge guerrière, cuirassée et casquée, l'Arithmétique les doigts en mouvement pour le calcul, la Géométrie, vêtue dune robe où Ton voit le coûts des astres et portant la sphère et le compas. 1 Astronomie avec l'instrument coudé qui lui sert à prendre la hauteur îles étoiles, la Musique tirant des sous harmonieux d'un psalterion en forme de bouclier il or tendu de cordes.
Ce sont ces figures, avec leurs attributs plus ou moins modifiés, qui inspirent les représentations des Arts libéraux, par exemple celle, décrite dansun poème de Théodulle. qui ornait une mosaïque du palais d'Aix-la-Chapelle " : les figures étaient disposées sur les branches d'un arbre dont elles formaient les fruits, la Grammaire à la racine. l'Astrologie à la cime. Sur un manuscrit de Boèce, de
1. Sur ces commentaires, en particulier ceux de Scot Erigéne voy. Hameau. Xotices et Extraits des Manuscrits. XX. p. 1-34.
2. Théodulle avait l'ait peindre une représentation analogue dans le réfectoire de son monastère Diiraraler. Poetœ latini medii icni. I. 1. (i'J'.i
LES ARTS LIlfLKAl X
Bamberg Fig. 105 la Musique joue d un instrument à (rois tubes, la Géométrie trace ilrs ligures sur une colonne de marbre, I Astrologie tient deux flambeaux d or el d'argent. Au xue siècle les Arts libéraux ornent souvent les pavements en mosaïque des églises lombardes : à Verceil ce sont des ligures de femmes assises autour de la Philosophie, la couronne en tête1. Les figures des Arts libéraux étaient disposées de même autour d un cercle, avec la Philosophie au centre sur une miniature de 1' « Hortus Deliciarum » déjà mentionné. Une tapisserie de la chapelle du château de Quedlimbourg exécutée par l'abbesse Agnès (1186-1203 illustrait tout l'ouvrage de Martianus Capella : un fragment montre le dieu Mercure en lace des trois vierges en brillant costume. Psyché. Mantice et Sophia2.
1 1 l'hoto D' Pouiel.
Fig. 104. — Chapiteaux provenant de la basilique de Cluny. musée de la ville, xnc siècle.
Les tons du plain-chant.
1. Le troisième ton, figure de la Passion et de la Résurrection. — 2. Le quatrième ton. image de la douleur. L'instrument représenté est le cymbalum ou bambulum, bâton muni de cloches. [D' Pouzet. Reuue de l'Art Chrétien, p. 4-t>.
Un fait accuse la place importante que ces représentations occupaient dans l'art religieux. Au-dessus des belles colonnes monolithes de marbre cipolin qui limitaient le sanctuaire de l'église de l'abbaye de Cluny. la plus grande basilique de la chrétienté avant la reconstruction de Saint-Pierre de Rome, une série de chapiteaux sculptés sur les quatre faces montrait successivement les huit tons de la musique, les quatre vertus cardinales, les quatre saisons de l'année, les quatre fleuves du Paradis. On avait voulu en quelque sorte figurer 1 harmonie des lois éternelles qui régissent le monde physique et le monde moral. Des fragments de cette décoration vraiment imprégnée de philosophie néopythagoricienne existent encore au musée de la ville. Les huit tons grégoriens se détachent dans des médaillons ovales au milieu des feuillages sous la forme de musiciens qui tiennent