LA FAI NE
chrétienne sous le nom de Physiologus1. Certains de ces animaux ont eu de bonne heure une signification allégorique, comme le phénix, le lion symboles du Christ, la licorne Bgure de la Vierge, mais la plupart du temps, c est pour instruire les fidèles, en excitanl leur. curiosité qu'ils ont été admis dans l'ornementation des églises, conformément à l'esprit encyclopédique qui inspire I ail de cette époque. Dans eette bizarre histoire naturelle on recherchait surtout les bêtes les plus exotiques ou les êtres chimériques dont la structure paradoxale flattait l'imagi-
Fig. 111. — La faune dans la miniature carolingienne. Canons de l' Ë vangéliaire de Saint Médard de Soissons. Paris. Bib. nat. lat 8850, i\e siècle.
nation. C'est ce qui explique le succès de 1 éléphant qui porte parfois sur son dos une tour remplie de guerriers, suivant l'usage hindou dont les étoffes et les ivoires arabes offraient des modèles \ On le trouve fréquemment sur les miniatures et les étoffes d'époque carolingienne' et, plus tard, dans la sculpture romane". Sur un
1. Strzygowski. Der Bilderkreis des griechischen Physiologus. Leipzig. 1899.
2. Comme l'étoffe arabe de Saint-Josse sur mer Pas -de-Calais] découverte par M. Enlart et portant le nom d'un personnage mort en 961. Elle est ornée d'éléphants et de chameaux. Elle est semblable à l'étoffe aux éléphants conservée à Aix-Ia Chapelle dans la châsse de Charlemagne. mais de fabrique byzantine et datantaussi de la fin du x siècle. Enlart Un tissu persan du x'' siècle. Monuments Piol, t A'XIV . — Diehl. L'étoffe byzantine du reliquaire de Charlemagne [Strena Bulieiana. p . 441).
3. E vangéliaire de Lothaire (Bibl. nat.). Bible de Charles le Chauve H.). Bible de Saint-Martial de Limoges, xn" siècle [là.]. Etoffes de Saint-Florent de Saumur, Xe siècle Mûntz. La Tapisserie, p. 83-84). Charlemagne avait reçu en don d Haroun-al Baschid un éléphant dont les chroniques parlent avec admiration.
4 Chapiteaux de Saint-Pierre d'Aulnay [Charente-Inférieure . Montierneuf de Poitiers, l'Isle Barbe près de Lyon. Pièce d'échiquier en ivoire (Cabinet des Médailles'.
LES Kl IU-:s CHIMÉRIQUES
chapiteau de la Sainte-Trinité de Caen cresi un château tout entier avec son donjon au milieu d une enceinte crénelée que 1 animal porte sur le dos. tandis que le cornac placé sur sa tête a saisi I extrémité de la trompe avec laquelle il seml)le le diriger. Quelques animaux paraissent avoir été choisis à cause de leur aspect déeoratil et aussi parce que les monuments antiques en fournissaient des modèles faciles à imiter : tels sont I aigle, qui étale sa puissante envergure au milieu des
corbeilles, les cigognes souvent allrontées. les griffons buvant dans un calice. On les i encontre à peu près dans toutes les régions ainsi que les êtres fantastiques de la mythologie païenne : le centaure très souvent deux centaures affrontés et cueillant une grappe), le sphinx, la sirène, la harpie, oiseau à tête de femme. L'école lombarde et les provinces septentrionales Normandie. Ile-de-France, Picardie, etc.. ont unv prédilection pour les dragons ailes, les guivres hideuses, les êtres difformes à deux corps pour une seule tête lig. 112) : plusieurs types de ce genre paraissent empruntés à la miniature irlandaise et à l'orfèvrerie barbare des temps mérovingiens1. Plusieurs manuscrits de la fin du xu siècle, les Bibles de Clermont et de Souvigny par exemple2, ont de grandes initiales, dont les courbes figurent de monstrueuses chimères à corps de serpent avec des ailes multicolores : elles serviront plus tard de modèles aux gargouilles des cathédrales- gothiques.
L homme fait parfois triste figure en face de ces monstres, géants comme des animaux antédiluviens. Sur les manuscrits cités on voit parfois des nains minuscules. I épée et le bouclier à la main, affronter les énormes bêtes ou se sauver éperdument devant elles. Sur un chapiteau de Saint-Georges de Boscherville (Seine- Inférieure . un être à corps d'oiseau avec des pattes de quadrupède se prépare à dévorer un homme qui étend les bras pour le repousser'. Un pilier provenant de
1. Par exemple sur des sculptures de Saint-Maur de Glanfeuil Courajod. Leçons. I. p. 491 .
2 L. Bréhier. Etudes archéologiques. Clermont, 191U. p. 49 et suiv. La Bible de Souvigng et la Bible
de Clermont Soc d'émulation du Bourbonnais. Moulins. 1910
3. (If. le linteau de San Benedetto à Brindisi. où des chevaliers luttent contre un lion ailé à queue de serpent.
Fig. 112. — Monstre à deux corps surmontés d une seule tête. Chapiteau de la cathédrale de Baveux, xu siècle.