LES MAITRES ITALIENS EN FRANCE
portail de la Calende à Rouen a une allure dramatique et pittoresque qu'on ne trouve pas dans l'iconographie française antérieure ' : comme dans l'art italien les figures symboliques du soleil, de la lune, et celles des deux Eglises ont disparu : c'est dans un cadre réel que le sacrifice s'accomplit. D'un côté les soldats romains avec îles armures du xiir" siècle, de l'autre le groupe des Saintes Femmes animent la scène : une de celles-ci laisse tomber sa tête avec douleur sur le sein de la Vierge et les anges volent autour de la croix avec des gestes véhéments qui rappellent tout à fait la composition de Giotto à l'Arena de Padoue.
Au portail de la Vierge de la cathédrale de Meaux (exécuté sur les plans de Nicolas de Chaumes après 1327 . l'ange de l'Annonciation s'agenouille devant Marie assise derrière un prie-Dieu sur lequel est ouvert un livre, tandis que la figure de Dieu le Père sort d'un nuage8. Dans la statuaire française la Madone portant l'Enfant commence à perdre son caractère grave et majestueux; elle n'est plus qu'une tendre mère qui sourit familièrement à l'Enfant Jésus. Ln des premiers exemples est la statue de la Vierge dorée d'Amiens transept sud, 1270, : 1 Enfant qui répond au sourire de sa mère manie dans ses petites mains le globe du monde comme il le ferait d'un jouet". Une miniature du Bréviaire de Belleville 1345 , une statue de Madone assise sur une chaire à arcature gothique (Clermont, Notre-Dame du Port , montrent la réapparition du vieux motif de la Vierge allaitante*. L'Enfant Jésus de la Vierge en argent de Jeanne d'Evreux (1329, musée du Louvre i % celui de la gracieuse Vierge à l'oiseau de Volvic (Puy-de-Dôme) sont nus jusqu à la ceinture. La Vierge à l'oiseau porte la couronne des comtesses d'Auvergne '.
Ainsi le nouvel esprit qui règne dans l'art religieux se manifeste au même moment sur les points les plus divers. Ce n'est que dans la deuxième moitié du \iv siècle que l'aspect de l'iconographie s'en trouvera modifié. Les traditions des maîtres gothiques étaient si fortement établies qu'il a fallu plus d'un siècle pour les transformer. On ne peut guère douter d'ailleurs (pie les premiers symptômes de changement ne révèlent 1 action des maîtres italiens qui commençaient dès cette époque à travailler au delà des Alpes. Les comptes de Philippe le Bel et de ses fils montrent des peintres italiens au service des rois de France entre 130 i et 1322.
1. L. Lefrançois l'illion Reime de l'Art chrétien, 1913, p. 288 .
3. Cf. la Vierge à l'oiseau, Riora, Notre-Dame du Martliuret.
4. Mâle. Art religieux à la /in du moyeu âge, p. 1 18. — II du Ranquet. La Vierge allaitante de Xotre- Dame du Port. Clermont, 1918.