L'ART RELIGIEUX DE RUBENS
de ses traditions nationales qui dataient de la fin du moyen âge, fut interdit aux artistes qui allaient chercher au delà des Alpes leurs sujets, leurs procédés et le style même de leurs œuvres.
Quelques tempéraments vigoureux ont pu cependant s'affranchir de cette tyrannie et montrer leur vraie personnalité. Un sentiment religieux sincère, une émotion vraiment dramatique régnent dans les épisodes de la Passion que Rubens 1577-1640 peignit pour les églises d'Anvers. l'Erection de la Croix 1(510 qui montre des bourreaux muselés comme des athlètes dressant à grand peine 1 instrument de suppliée auquel le Christ est attaché, élevant vers le ciel des yeux tout chargés d'une angoisse mêlée de confiance, et surtout la Descente de Croix (peinte pour la confrérie des Arquebusiers 1612-1614 . véritable antithèse avec le tableau précédent, où les bourreaux sont remplacés par les diseiples du Christ qui, avec des précautions d une délicatesse infinie, avec une tendresse douloureuse, ont détaché île la croix le corps divin, qui glisse du linceul jusqu aux bras avides de le recevoir PI. XV . Les toiles religieuses de Rubens sont innombrables : dans ce domaine une de ses œuvres les plus importantes était la décoration de l'église des Jésuites d'Anvers 1(120 où. créant pour dès saints nouveaux une iconographie nouvelle, il peignit les Miracles de saint Ignace et de saint François-Xavier. Il a montré un goût particulier, suivant en cela les traditions flamandes, pour les scènes de martyre, mais en outre cet élève des Vénitiens n'a pu se défendre d'introduire dans ses compositions sacrées l'exubérance et la pompe de ses tableaux profanes. Avec lui l'art chrétien a connu de nouveau les fêtes de la couleur et la somptuosité du décor. Dans ses nombreuses Nativités. Marie découvre les langes de l'Enfant Jésus avec un geste de grâce souveraine, tandis que bergers et mages profondément inclinés font songer à de grands seigneurs qui viennent rendre hommage au dauphin de France nouveau-né fig. 263). De même sur l'admirable triptyque du Musée de Vienne. Marie assise sur un trône, entourée de jeunes saintes belles et magnifiquement vêtues comme les filles d'honneur d'une reine, accueille avec une majesté souriante saint Ildefonse agenouillé à ses pieds1.
A la même époque Van Dyck 1590-1(541 . élève de Rubens, mais d'une nature plus fine et moins exubérante, a porté dans ses compositions religieuses toute la grâce et la distinction de la forme, toute la profondeur d'observation psychologique qui font h' charme de ses portraits de rois et de grands seigneurs. Bien qu'il ail peint avec ferveur l'agonie et la mort du Christ ou des épisodes cruels de martyres, comme le saint Sébastien de Munich (1(512-1(520 . où la douceur toute féminine du jeune éphèbe. qui se laisse lier sans résistance, s'oppose à la brutalité farouche des bourreaux, Van Dyck a été surtout le peintre de la Vierge et de