‹ L'art chrétienChapitre 70 sur 442 · LA CROIX TRIOMPHALE · texte numérisé non relu

LA CROIX TRIOMPHALE

Ce fut aussi Constantin qui eut 1 idée de faire de la croix un symbole de triomphe en la montrant couverte de pierreries. Lorsqu'il eut construit la basilique du Saint-Sépulcre, il fit suspendre à sa voûte une immense croix gemmée au-dessus de laquelle se détachait peut-être la main de Dieu tenant une couronne. Celle croix votive de Jérusalem est représentée à l'arrière-plan de la magnifique mosaïque ahsidale de Sainte-Pudentienne à Home (fig. 25) ' ; elle est reproduite aussi sur les ampoules de Monza et sur certains sarcophages'. Une croix analogue décorait le plafond de la salle principale du palais de Constantinople ' et, sur les places mêmes de cette ville, trois croix monumentales lurent érigées'. Le culte de la « Vraie Croix » dont on attribue la découverte à sainte Hélène se répand de Jérusalem dans la chrétienté entière : une inscription africaine de 359 mentionne la possession par une église d'une parcelle de la Croix du Cbrist, et à Jérusalem les pèlerins des Ve et vie siècles assistent aux fêtes solennelles qu'on célèbre au pied même du Golgotba en l'honneur de la Croix5.

Dès lors le symbole de la croix, presque toujours voilé jusque-là sous des motifs empruntés aux païens, se montre ostensiblement dans Fart religieux. Seuls les Coptes restent fidèles à la croix gammée ou au vieux symbole égyptien de la croix ansée. Partout ailleurs la croix apparaît comme un signe de triomphe : sur les sarcophages gallo-romains, à la façade des maisons syriennes", dans les absides des basiliques, où elle occupe la place d'honneur. Le Christ tient désormais sa croix à la manière d'un sceptre7. Dans les églises de Syrie et d'Arménie la croix est déjà placée sur l'autel, comme elle le sera plus tard dans toute la chrétienté*. L usage se répand de porter des croix sur la poitrine51, et en Orient comme en Occident les poètes chrétiens célèbrent à l'envi la gloire de l'instrument de supplice qui est devenu « l'arbre du salut ».

C'est aussi à la fin du iv° siècle qu'un symbole déjà usité chez les païens, le nimbe lumineux, placé autour de la tête, pénètre dans l'iconographie chrétienne et devient le symbole de la sainteté. Le nimbe usité déjà sur les monnaies des Séleucides et des rois indoscythes'" fut réservé aux empereurs romains comme un

Page 1