‹ L'Art d'accorder soi-mème son pianoChapitre 27 sur 98 · COIN · texte numérisé non relu

COIN

à écrire, à trois centimètres environ du bout mince, destiné à être introduit entre les cordes ; frapper et tenir appuyée de la main gauche sur le clavier la note qu'on désire étouffer, pour en mettre l'intonation dans l'oreille ; ensuite promener le coin presque perpendiculairement sur les cordes, comme si l'on avait l'intention de tirer un trait en descendant ou en montant, de manière à pincer successivement et avec rapidité les cordes voisines de celle qu'on cherche, jusqu'à ce qu'on y soit arrivé ; on les distinguera facilement des autres par leur intonation, qu'on a dans l'oreille, et parce qu'elles continuent à vibrer après avoir été pincées, au lieu que les autres ont un son étouffé à cause des étouffoirs du piano, qui portent dessus.

Dans un piano à deux cordes, si l'on place le coin entre les deux cordes du même unisson, la touche qui le fait résonner ne rendra plus aucun son^, puisque ]e coin touche les deux cordes de cet unisson. Si l'on introduit le coin au-dessous des deux cordes, c'est-à-dire entre la corde la plus basse et la suivante de la note inférieure, la plus basse de cet unisson étant seule étouffée, la plus haute vibrera. Au contraire, si on le place audessus des deux mêmes cordes, la plus haute étant étouffée, ce sera au tour de la plus basse à vibrer.

Dans un piano à trois cordes, on laisse vibrer la corde la plus haute d'un unisson en plaçant le coin entre la première et la seconde, c'est-à-dire entre les deux plus basses. Les deux plus hautes vibreront en le plaçant au-dessous des trois. Au contraire, si on le place entre les deux plus hautes, la plus basse des trois vibrera, et si on le place au-dessus des trois, les deux plus basses seront en vibration.

Nota. — La difficulté de faire tenir un coin ordinaire dans le grand espace qu'il y a entre les deux cordes des deux unissons d'un piano à queue a fait trouver un coin particulier pour accorder ce genre de piano ; c'est une espèce de fourche

d'ivoire, ou de bois dur, d'environ un centimètre et demi de large, de trois centimètres d'épaisseur, et d'une longueur proportionnée (fig. 32), dont les branches sont amincies par leur extrémité inférieure et recouvertes d'une peau fine et moelleuse.

Pour se servir de ce coin, on introduit la branche B comme un coin ordinaire entre les deux cordes qu'on veut étouffer dans un même unisson. Lorsqu'on a accordé la corde qui reste libre, on place l'épaisseur de ce coin, c'est-à-dire les deux branches à la fois, dans l'espace qui sépare les deux unissons, afin de dégager la seconde corde qu'on doit accorder, et l'on continue de le placer de la même manière pour chaque unisson.

La nécessité dans les pianos droits d'introduire le coin à travers les marteaux et la mécanique a fait imaginer un coin long, en bois dur ou en baleine, d'environ 20 centimètres de long, garni de peau à ses deux extrémités, dont l'une (A) est en forme de fourche comme le coin des pianos à queue pour accorder les pianos à quatre cordes, et l'autre (B), garnie comme à l'ordinaire, est en pointe (fig. 33). Ce coin, qu'on introduit en biais à travers les marteaux et la mécanique, se place entre les cordes pour en étouffer une ou deux ou même trois quand le piano est à quatre cordes ; il est nécessaire avant de passer à l'article suivant de s'exercer à placer le coin sans se tromper, car il arrive souvent que, faute d'habitude, on étouffe précisément la corde qu'on veut laisser vibrer, et que tournant toujours sa cheville sans entendre varier le ton on finit par la casser.

Diapason.

Le diapason (fig. 34) est un instrument d'acier dont la vibration des deux branches produit un la toujours fixe, qui sert

à entretenir les instruments au même ton '. Pour faire vibrer le diapason, il faut le prendre d'une main par sa tige inférieure (T) et de l'autre passer entre les branches (BB) la virole de cuivre (fig. 34) qui garnit le bout de son étui, puis appuyer aussitôt le bouton de la tige sur un corps dur, et le diapason sonnera d'autant plus fort que le corps sur lequel on l'appuiera sera plus sonore. Pour accorder les pianos, les deux mains ayant besoin d'être libres, on pince avec les dents le diapason par sa tige inférieure (T), après l'avoir mis en vibration : alors on l'entend plus fort que si on le mettait en contact avec le corps le plus sonore. Trois diapasons différents étaient en usage autrefois à Paris : celui de l'Opéra, celui des Italiens, et celui de Feydeau. Vers 1829, celui de l'Opéra, le plus bas des trois, donnait 434 vibrations doubles ou 868 vibrations simples à la seconde; celui des Italiens de la même époque, un peu plus élevé, en donnait 45o doubles ou 870 vibrations simples; et celui de Feydeau, le plus haut des trois, 438 doubles ou 876 simples. Ces trois diapasons m'ont été communiqués par M. Kopp père, marchand de fournitures de piano, connu par sa conscience et son exactitude dans tout ce qu'il faisait.

En 1835, il n'y avait que deux diapasons en usage. Celui des Italiens, qui était le plus bas, donnait 437 vibrations doubles ou 874 vibrations simples ; celui de l'Opéra et de l'Opéra- Comique, qui se trouvaient exactement de même, en donnaient 441 doubles ou 882 simples; et à cette époque c'était le diapason de l'Opéra qui servait à fixer le ton des orchestres dans les concerts. Ces trois derniers diapasons ont été accordés par moi-même aux théâtres de l'Opéra, des Italiens, de

' Le mot diapason, comme on le voit, est pris dans deux acceptions, qu'il ne faut pas confondre. Dans l'article troisième, il indique la longueur vibrante des cordes, au lieu qu'ici il désigne l'instrument qui sert à fixer le ton.

Feydeau, actuellement de TOpéra-Comique, et mesurés, ainsi que les précédents, à une température de 23 degrés centigrades par le savant et modeste M. Cagniard-Latour, à l'aide de son importante sirène, dans quelques séances qu'il a bien voulu m'accorder à cet effet, en juillet 1833; ainsi, ces nombres de vibrations constatés sont de la plus grande exactitude. Le diapason de Paris en 18S8 donnait suivant M. Lissajous 896 vibrations à la seconde : on voit donc que le diapason a toujours eu une tendance à monter, dans les temps modernes comme dans les temps plus anciens, et qu'il diffère encore actuellement dans tous les pays, comme on le verra plus loin. A différentes époques, dans l'intérêt de la bonne musique, on a émis le vœu qu'un diapason unique fût adopté dans tous les pays. Moi-même, après m'en être beaucoup occupé , j'ai consacré ce vœu dans la première édition de VArt d'accorder soi-même son piano, page 26, imprimé en 1836. Qu'il me soit permis de reproduire ici cette note textuellement :

« Les trois anciens diapasons dont je viens de parler m'ont été communiqués par M. Kopp comme ayant été accordés sur l'orchestre de l'Opéra, sur celui des Italiens et sur celui de Feydeau, vers 1829. Les trois nouveaux viennent d'être accordés par moi-même avec beaucoup de soin aux mêmes théâtres; ils se sont trouvés, comme on l'a vu, plus hauts que les anciens. Le nombre de vibrations produites par chacun de ces diapasons a été déterminé par une température de 23 degrés centigrades, au moyen de l'ingénieuse et importante sirène de M. Cagniard-Latour, dans quelques séances que ce profond et modeste savant a bien voulu m'accorder. Il paraît que le diapason a considérablement varié et monté depuis le siècle dernier; ces variations n'ont pas peu contribué à gêner la bonne exécution musicale. Aussi crois-je qu'il serait du plus haut intérêt pour l'art qu'un diapason modèle fixe, in-

Yariable et puisé dans les lois de te, nature, fut déterminé par une commission de l'Institut, composée de physiciens et de musiciens ; les uns pour adopter le mode de construction de cet instrument le plus indépendant des variations de température ( par exemple un timbre de cristal frappé par un marteau de liège), les autres pour décider le degré de hauteur qu'on doit lui donner. Un étalon déposé à l'Institut ou à la bibliothèque du Conservatoire de musique servirait à accorder les diapasons qu'on met en circulation ; les théâtres et les établissements publics l'adoptant, les facteurs d'instruments à vent modifieraient leurs mesures et construiraient des instruments qui seraient tous au même ton. Alors plus de difficulté pour accorder plusieurs orchestres ensemble ; les amateurs qui se réuniraient pour faire de la musique se trouveraient toujours d'accord ; les facteurs de pianos et de harpes proportionneraient la longueur des cordes d'après ce même diapason ; les instruments casseraient moins de cordes, monteraient plus facilement au ton et tiendraient mieux l'accord; les voix s'exerçant toujours à une même hauteur de ton chanteraient avec plus d'assurance, et ne se trouveraient point gênées, comme il arrive souvent, lorsqu'elles passent d'un piano à un autre ou à un orchestre accordé sur un ton différent ; les artistes qui voyagent trouveraient dans tous les pays le même ton, comme ils trouvent le même mouvement au moyen du métronome. Si quelques modifications à cela uniques étaient nécessaires dans certaines circonstances, on pourrait les faire d'une manière régulière en graduant les diapasons, qui s'élèveraient successivement ou s'abaisseraient d'un certain nombre de vibrations au-dessus ou au-dessous du diapason modèle. On voit dès lors l'immense avantage que la musique retirerait de cette innovation. » Depuis cette époque, j'ai toujours continué de m'occuper de la question, et j'ai engagé à s'en occuper tous ceux qui

par leur influence ou leurs connaissances spéciales pouvaient la faire avancer. Le 2 mai 1835 j'ai fait à la Société syndicale des facteurs de pianos de Paris, présidée par M. Savart, pianiste et facteur distingué de pianos, à l'occasion de l'exposition universelle, qui avait lieu à Paris cette année-là.^ la proposition dont voici la teneur :

Extrait des archives de la Société des fabricants de pianos de Paris ^ n° 100.

Paris, le 2 mai 1855.

A Monsieur le Président de la Société des fabricants de pianos.

« Monsieur le Président,

« Depuis environ deux siècles, le diapason a monté de plus d'un ton; car autrefois le bourdon de Notre-Dame donnait un /«, et aujourd'hui il correspond au fa # de notre diapason le plus en usage ; le diapason a donc été toujours en montant, ce qui présente de graves inconvénients pour les voix et pour l'accord des instruments entre eux. A différentes époques, les savants et les musiciens se sont préoccupés de la nécessité d'avoir un diapason uniforme qui donnât un même nombre de vibrations en temps égaux dans tous les pays. Personne n'est plus intéressé que les facteurs de pianos à ce que cette uniformité soit adoptée. Je viens donc proposer à la Société de prendre l'initiative, à notre époque, de cette réforme ; la circonstance de l'exposition universelle, où l'on doit s'occuper, à ce qu'il paraît, de l'uniformité des poids et mesures dans différents pays, peut favoriser le succès de cette amélioration, qui est généralement reconnue très-utile.

« J'ai l'honneur d'être, monsieur le Président, votre trèshumble et très-déTOué serviteur, Montal. »

La Société des facteurs de pianos a accueilli ma proposition avec une grande faveur, l'a adoptée, et s'en est occupée d'une manière suivie. Elle a nommé une commission dite du diapason, a convoqué, dans un grand nombre de séances, non-seulement les membres de la Société, mais un grand nombre de musiciens et compositeurs éminents et de facteurs d'instruments de toutes sortes, pour éclairer et élaborer cette question. Elle a fait venir à ses frais d'un grand nombre de villes de France, de l'étranger, et même de l'Amérique, des types de diapason pour les comparer entre eux et voir celui qu'il serait le plus convenable d'adopter universellement. M. Lissajous, savant professeur de physique et excellent musicien, a ensuite publié dans le Bulletin de la Société d'encouragement du même mois de mai 185S une note extrêmement intéressante sur la matière; je vais en donner un extrait, ne pouvant la reproduire en entier, à cause de son étendue^, qui sortirait du cadre que je me suis tracé pour cet ouvrage :

« Parmi les questions qui doivent préoccuper le monde savant et l'industrie au moment de l'exposition, il en est une qui intéresse à un haut degré l'art musical et la construction des instruments. Je veux parler de la détermination définitive d'un diapason normal et universel, qui puisse être adopté comme guide uniforme et invariable dans la facture des instruments et dans l'exécution musicale. La France possède aujourd'hui une collection complète et authentique des diverses mesures. Les soins apportés dans la confrontation des étalons secondaires avec les prototypes déposés aux archives, les moyens employés pour contrôler sans cesse l'exactitude des mesures commerciales et industrielles assurent la conservation indéfinie de cet admirable système. Il serait à désirer que les mêmes principes fussent appliqués à l'établissement et au maintien du diapason, qui sert en quelque sorte d'unité

DIAPASON. a?

sonore, et dont il n'existe aujourd'hui aucun étalon officiel.

« n ne faut pas croire en effet qu'on puisse accorder quelque confiance à ces petits appareils si répandus dans le commerce, et qu'on emploie sous le nom de diapason. Ces petites fourchettes métalliques destinées à donner le la de l' octave moyenne du piano, c'est-à-dire de la deuxième corde du violon à partir de la chanterelle, sont très-rarement d'accord entre elles. Chaque instrumentiste a presque toujours grande confiance dans l'exactitude de son diapason; mais bien peu diraient combien il exécute de vibrations à la seconde. On prend de confiance le la de l'Opéra ou du Conservatoire, sans s'inquiéter si ce la est réellement aujourd'hui ce qu'il était hier, s'il sera demain ce qu'il est aujourd'hui.

« C'est qu'en effet le diapason est non-seulement variable d'une ville à une autre, d'un pays à un autre, mais il change pour le même pays, pour le même théâtre d'année en année. Les déterminations de Sauveur^ de Marpurg^ de Sarti^ de Fischer^ de Scheiblei\ de M. Delezenne et les expériences que j'ai faites sur ce sujet établissent ce fait d'une façon incontestable.

« Remontons au commencement du dix-huitième siècle, aux dernières années du règne de Louis XTV : le la adopté alors dans les orchestres exécutait d'après Sauveur sio vibrations par seconde ( ce nombre est la moyenne de plusieurs déterminations faites par cet habile expérimentateur de 1699 à 1715).

«Aujourd'hui le la de l'Opéra (d'après les expériences que j'ai faites avec M. Ferrand^ l'un des premiers violons de l'orchestre) exécute environ 898 vibrations par seconde. Il y a donc eu de 1715 à 1855, c'est-à-dire en moins d'un siècle et demi, une ascension de près d'un ton dans le diapason des

orchestres. Du reste cette éléyation, quoique progressive, s'est produite en grande partie dans le siècle actuel.^ et elle a été plus rapide dans les vingt-cinq dernières années que dans les périodes précédentes. En effet le la a peu varié dans le courant du siècle dernier, et le hautbois, qui donnait le ton de la chapelle de Louis XYI, donnait un /«de sis vibrations par seconde.

« J'ai trouvé à la Faculté des sciences de Paris un sifflet d'une forme particulière, tel que ceux dont on se servait encore au siècle dernier pour donner le la dans les orchestres ; il exécute environ s»© vibrations par seconde. Les instruments du commencement du dix-neuvième siècle correspondent à un diapason plus élevé. Ainsi, M. Delezenne, ancien professeur de physique à Lille, possède une flûte de Holtzapff'el, acquise en 1805, dont le la exécute environ 853 vibrations par seconde; cet habile expérimentateur a trouvé à Lille, dans une famille de musiciens, un diapason ayant plus de cinquante ans d'existence et qui fait SS* vibrations par seconde. Je possède moimême un diapason de la même époque, qui fait 860 vibrations par seconde ; ce diapason a appartenu à M. Lemoine, dont l'institution a joui d'une grande célébrité sous l'empire. M. Lemoine, amateur distingué, en relation avec les premiers artistes, devait naturellement posséder un diapason exact, à une époque où le commerce n'était pas encore inondé de diapasons de pacotille, fabriqués on ne sait où et réglés on ne sait comment.

« En 1823, d'après Fischer, le diapason des Italiens faisait 84» vibrations par seconde , celui de Feydeau 855 , celui de l'Opéra 868. En 1834^ les recherches de Scheibler l'ont conduit à se-î vibrations pour l'Opéra, S'y© pour le Conservatoire. Depuis 1836 jusqu'en 1839 le diapason de l'Opéra, ou du moins le diapason des pianos servant à la répétition,

a été maintenu à S89 vibrations environ. Depuis cette époque le diapason de l'Opéra s'est encore élevé, et il donne maintenant s»8 vibrations par seconde. Ainsi depuis 1823 le diapason de l'Opéra s'est élevé de près d'un demi-ton. »

Comme on le voit, la question faisait d'immenses progrès; aussi S. E, M. le ministre d'Etat a-t-il pris un arrêté, en date du 17 juillet 1858, qui a institué une commission chargée de rechercher les moyens d'établir en France un diapason uniforme, de déterminer j un étalon sonore qui put servir de type invariable et d'indiquer les mesures à prendre pour en assurer l'adoption et la conservation. Cette commission était composée des plus illustres savants musiciens et compositeurs, et avait pour rapporteur le célèbre Halévy, secrétaire perpétuel de l'Académie des beaux-arts à l'Institut, dont les sciences et les arts déplorent la perte récente. Cette commission a fait, le 1" février 18S9, à S. E.le ministre d'État un rapport remarquable, inséré dans le Moniteur du 25 du même mois, qu'il m'est impossible de reproduire en entier, à cause de son étendue considérable, et dont je vais seulement donner les conclusions. Le célèbre rapporteur, après avoir démontré avec un grand talent à S. E. les inconvénients d'un diapason dont l'élévation croissait sans cesse et fait connaître le désir unanime manifesté, en France ,et à l'étranger, par les personnes les plus compétentes , de voir établir un diapason lixe et normal, a conclu ainsi :

« La commission a donc l'honneur de proposer à Votre Excellence d'instituer un diapason uniforme pour tous les établissements musicaux de France, et de décider que ce diapason donnant le la sera fixé à S'y© vibrations par seconde.

« Quant aux mesures à prendre pour assurer l'adoption et la conservation du nouveau diapason, la commission a pensé, Monsieur le ministre, qu'il conviendrait : 1° qu'un diapason type

exécutant «ço vibrations par seconde, à la température de 15 degrés centigrades, fût construit sous la direction d'hommes compétents désignés par Votre Excellence ; 2° que Votre Excellence déterminât pour Paris et les départements une époque à partir de laquelle le nouveau diapason deviendrait obligatoire ; 3'^ que l'état des diapasons et autres instruments dans tous les théâtres, écoles et autres établissements musicaux fût constamment soumis à des vérifications administratives. Nous espérons que vous voudrez bien. Monsieur le ministre, dans l'intérêt de l'unité du diapason, pour compléter autant que possible l'ensemble de ces mesures, intervenir auprès de S. E. le ministre de la guerre pour l'adoption du diapason ainsi amendé dans les régiments; auprès de S. E. le ministre du commerce, pour qu'à l'avenir aux expositions de l'industrie les instruments de musique conformes à ce diapason soient seuls admis à concourir pour les récompenses. Nous sollicitons aussi l'intervention de Votre Excellence pour qu'il soit seul autorisé et employé dans toutes les écoles communales de la France oi^i l'on enseigne la musique. Enfin, la commission vous demande encore, Monsieur le ministre, de vouloir bien intervenir auprès de Son Excellence le ministre de l'instruction publique et des cultes pour qu'à l'avenir les orgues dont il ordonnera la construction ou la réparation soient mises au ton du nouveau diapason.

« Telles sont. Monsieur le ministre, les mesures qui paraissent nécessaires à la commissionpour assurer et consolider le succès du changement que l'adoption d'un diapason uniforme introduirait dans nos mœurs musicales; l'ordre et la régularité s'établiraient oii règne parfois le hasard, le caprice ou l'insouciance. L'étude du chant s'accomplirait dans des conditions plus favorables ; la voix humaine, dont l'ambition serait moins excitée, serait soumise à de moins rudes épreuves; l'industrie

des instruments, en s'associant à ces mesures, trouverait peutêtre le moyen de perfectionner encore ses produits, déjà si recherchés. Il n'est pas indigne du gouvernement d'une grande nation de s'occuper de ces questions^ qui peuvent paraître futiles, mais qui ont leur importance réelle. L'art n'est pas indifférent aux soins qu'on a de lui : il a besoin qu'on l'aime pour fructifier, s'étendre, élever les cœurs et les esprits. Tout le monde sait avec quel amour, avec quelle inquiétude ardente et rigoureuse les Grecs, qu'animait un sentiment de l'art si vif et si profond, veillaient au maintien des lois de leur musique, en se préoccupant des dangers que peut faire courir à l'art musical l'amour excessif de la sonorité, en cherchant à établir une règle, une mesure, un principe.

« Votre Excellence a donné une preuve nouvelle de l'intérêt éclairé qu'EUe porte aux beaux-arts ; les amis de la musique vous remercient, Monsieur le ministre, ceux qui lui ont donné leur vie entière et ceux qui lui donnent leurs loisirs, ceux qui parlent la langue harmonieuse des sons et ceux qui en comprennent les beautés.

« Nous avons l'honneur d'être avec respect,

« Monsieur le ministre,

« De Votre Excellence

« Les très-humbles et très-dévoués serviteurs,

«J. Pelletier, président; F. Halévy, rapporteur; Auber, Berlioz, Despretz, Camille Doucet, Lissajous, général Mellinet, Meyerbeer, Ed. Monnais, Rossini, Ambroise Thomas. »

Ce rapport fut suivi de l'arrêté du ministre d'État dont voici le contenu :

« Vu l'arrêté, en date du 17 juillet 1858, qui a institué une commission chargée de rechercher les moyens d'établir en France un diapason musical uniforme, de déterminer un étalon sonore qui puisse servir de type invariable, et d'indiquer les mesures à prendre pour en assurer l'adoption et la conservation ;

« Vu le rapport de la commission en date du 1" février 18S9, arrête :

« Article 1". Il est institué un diapason uniforme pour tous les établissements musicaux de France : théâtres impériaux et autres de Paris et des départements, conservatoires, écoles succursales et concerts publics autorisés par l'État.

« Art. 2. Ce diapason donnant le la adopté pour l'accord des instruments est fixé à huit cent soixante-dix vibrations par seconde; il prendra le titre de diapason normal.

« Art. 3. L'étalon prototype du diapason normal sera déposé au Conservatoire impérial de musique et de déclamation.

« Art. 4. Tous les établissements musicaux autorisés par l'État devront être pourvus d'un diapason vérifié et poinçonné, conforme à l'étalon prototype.

c( Art. S . Le diapason normal sera mis en vigueur à Paris le 1" juillet prochain et le 1" décembre suivant dans les départements.

« A partir de ces époques ne seront admis dans les établissements musicaux ci- dessus mentionnés que les instruments au diapason normal, vérifiés et poinçonnés.

« Art. 6. L'état des diapasons et des instruments sera régulièrement soumis à des Yérifications administratives.

« Art. 7. Le présent arrêté sera déposé au secrétariat général, pour être notifié à qui de droit.

a Paris, le 16 février 1859.

« Achille Fouli». »

(Voyez la fig. 35, qui représente la forme adoptée pour le diapason normal. )

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