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ARTICLE NEUVIÈME

Partition et Contre -partition.

On nomme partition la règle au moyen de laquelle on exécute le tempérament, sur une octave et demie environ d'étendue, prise vers le milieu du clavier.

La quinte est l'intervalle qui convient le mieux pour exécuter la partition, à cause de la facilité avec laquelle l'oreille saisit les différentes nuances d'altération qu'on veut lui faire subir.

Ma partition est formée d'une suite non interrompue de douze quintes descendantes, faibles et également tempérées, dont la dernière vient rejoindre la première, et qui par là forment le cercle harmonique ; exemple :

unisson octave juste quinte faible quinte faible octave juste

za.

zoz

'cr

quinte faible quinte faillie octave juste quinte faible octave juste

^-ai

quinte faible quinte faible octave juste quinte faible quinte faiblo

Tô-

— ff-^

octave juste quinte faible octave juste quinte faible qu'ote faible

Cette succession continue de quintes descendantes est bien préférable à toutes les marches adoptées jusqu'ici pour obtenir le même degré de justesse dans tous les tons, pour la durée de l'accord et pour effectuer le tempérament ; les preuves servant à guider dans le cours de l'opération se présentent naturellement. Chaque quinte s'affaiblissant lorsqu'on monte la note grave sans changer le mouvement de la clef permet à l'oreille de percevoir d'abord l'impression de la quinte juste qui lui sert de terme de comparaison, pour y introduire ensuite avec sûreté et facilité le degré d'altération convenable, c'est-à-dire que la corde tenant infiniment mieux l'accord quand on la tend on s'en rend plus facilement maître en la montant que lorsqu'on la descend ; par exemple , si l'on veut accorder la quinte ré la, le re étant trop bas, on le monte jusqu'à ce que l'oreille rencontre la quinte juste; puis pour l'affaiblir on continue à monter la corde en tournant la clef dans le même sens jusqu'à ce que l'oreille soit avertie que la justesse de la quinte est troublée par une faible altération ; tandis que dans les partitions ordinaires les quintes ascendantes s' accordant par le son aigu, on ne peut les tempérer que par un continuel tâtonnement en montant et en descendant tour à tour la corde, afin de la laisser un peu au-dessous de la quinte juste, ce qui l'empêche de tenir l'accord, rend l'opération très-difficile et même impossible aux amateurs.

' Dans cette suite de quintes, qui préalablement doit être apprise par cœur, on voit que l'on remonte souvent d'une octave, afin que les quintes restent les unes à côté des autres dans le milieu du clavier, où les cordes sont moins susceptibles de se déranger.

Aussi cette vicieuse pratique a-t-elle fait naître cette fausse idée que lorsqu'un piano nouvellement accordé ne tient pas l'accord, cela vient de ce que l'accordeur n'a point assez enfoncé les chevilles, tandis qu'au contraire c'est le résultat de la manière de tempérer et de gouverner la corde.

Les preuves que j'emploie pour guider l'oreille dans la partition sont la tierce majeure, qui est très-sensible à l'altération, la quarte, l'accord parfait majeur à trois parties, et surtout son deuxième renversement, l'accord de quarte et sixte, dans lequel la tierce majeure, étant à l'aigu, domine sur les autres parties et fait mieux apercevoir l'altération qu'on y introduit.

Je divise la partition en trois parties, composées de quatre quintes chacune (voyez, à la fin du volume, le. tableau A, dans lequel se trouventles preuves en accolades et l'indication des altérations) . La première portée renferme les quintes à accorder, la seconde renferme les quartes servant de preuves, la troisième les tierces majeures, la quatrième les accords, la cinquième les quatre successions des trois tierces majeures complétant l'octave^ qui sont les preuves infaillibles d'un tempérament bien compassé. Le même chiffre répété au-dessus de chaque portée désigne dans ce tableau l'intervalle de la partition et les preuves qui se trouvent au-dessous , pour qu'on puisse en établir plus clairement les rapports.

Pour exécuter la partition avec les preuves contenues dans ce tableau, il faut procéder de la manière suivante :

1° Placez le coin au-dessus des deux cordes qui donnent le la du diapason^ marqué du chiffre 1 sur la partition et qui correspond au quatrième la du clavier, en le parcourant de bas en haut ; ensuite accordez sur le diapason ou, à votre gré, la corde qui reste libre ; puis ôtez le coin, et accordez la seconde corde sur la première ;

2° Placez le coin au-dessus des deux cordes du la inférieur

marqué du chiffre 2 ; ensuite accordez rigoureusement juste la corde qui reste libre sur son octave, déjà d'accord, en les frappant bien ensemble à plusieurs reprises ; puis ôtez le coin, accordez la deuxième corde sur la première, et refrappez ce la de nouveau avec l'octave, pour vous assurer si rien ne s'est dérangé ;

3° Placez le coin au-dessus des deux cordes du ré 3, qui fait quinte descendante avec le la du diapason ; ensuite accordez cette quinte rigoureusement juste ; après quoi vous l'affaiblirez tant soit peu en montant le re, et seulement de manière à troubler la pureté de la quinte par un très-léger battement. Sonnez la quarte forte 3 la re, pour voir si elle présente à l'oreille le même degré de dureté que la quinte 3 ré la; puis ôtez le coin et accordez la deuxième corde sur celle qui est déjà d'accord. Sonnez alternativement la quinte et la quarte son renversement, pour vous assurer de nouveau si ces deux intervalles sont tempérés également ^ ;

4" Accordez la quinte sol ré 4 d'abord juste; puis, en montant le sol, affaiblissez-la au même degré que la quinte ré la;

5" Accordez l'octave sol sol 5, sonnez la quarte forte re sol 5 alternativement avec la quinte sol ré, pour voir si elles présentent toutes deux le même degré de dureté ;

6° Accordez la quinte do 50/ 6 juste, puis vous l'affaiblirez au même degré que re la; sonnez la quarte 6 sol do alternativement avec la quinte do sol, pour vous convaincre qu'elles sont également tempérées ;

7" Sonnez la quinte 7 fa do juste, puis tempérez-la comme

< Dorénavant, pour abréger les explications suivantes , je n'énoncerai plus les trois opérations détaillées pour accorder chaque unisson ; savoir : placez le coin audessus des deux cordes, ensuite accordez celle qui reste libre; puis ôtez le coin, et accordez la deuxième corde sur celle qui vient d'être accordée; je dirai seulement : Accordez telle note , et ce mot seul supposera l'exécution des trois opérations.

ré la ; sonnez la tierce majeure 7 fa la, qui ne doit être ni juste ni trop forte, mais supportable, c'est-à-dire forte au même degré que l'une des trois del'octave, puis sonnez Faccord parfait /« la do, pour juger de l'ensemble, qui doit être un peu dur. Cette tierce fa la, produite par ces quatre premières quintes, est un moyen important de reconnaître si jusque-là on a bien opéré. S elle est trop juste, c'est que les quintes ont été trop tempérées ; si au contraire elle est trop forte, les quintes ne l'ontpas été assez Dans l'un et l'autre cas, il faut alors recommencer l'opération et auparavant sonner de suite les quatre premières quintes dans l'ordre suivant : re la, do sol, sol ré, fa do, afin de voir si elles sont tempérées également et si le mauvais résultat provient du trop ou du pas assez d'altération dans les quatre premières quintes ou s'il vient seulement de l'une d'elles ;

8° Accordez l'octave 8 fa fa, sonnez la quarte forte 8 do fa, qui doit offrir le même degré de dureté que la quinte fa do, puis frappez l'accord de quarte et sixte 8 do fa la, qui doit être dur, mais supportable, et dans lequel , la tierce majeure étant à l'aigu, l'oreille jugera mieux que dans l'accord fa la do son vrai degré d'altération.

Ici se termine la première partie de la partition. Si jusque-là on a bien opéré, la plus grande difficulté est vaincue ; on n'a qu'à continuer, et l'on peut être à peu près sûr de bien arriver à la fin :

9° Accordez la quinte faible 9 la dièse ou si bémol et fa naturel; sonnez la quarte forte 9 fa si bémol, la tierce forte 9 si bémol ré, et l'accord de quarte et sixte 9 fa si bémol ré, qui doit offrir le même degré de dureté que l'accord 8 do fa la;

10° Accordez l'octave 10 la dièse la dièse, sonnez la quarte forte 10 /« si bémol ;

ir Accordez la quinte faible 11 ré dièse la dièse, sonnez

la quarte forte 1 1 si bémol mi bémol , la tierce majeure 1 1 mi bémol sol natiirel, et l'accord de quarte et sixte 1 1 si bémol mi bémol sol , qui doit être dur comme les précédents ;

12'' Accordez la quinte faible 12 sol dièse ré dièse, sonnez la tierce forte i 2 la bémol do naturel et l'accord parfait majeur 12 la bémol do naturel mi bémol, qui doit être dur et semblable pour la fausseté au premier accord obtenu fa la do;

13" Accordez l'octave 13 sol dièse sol dièse, sonnez la quarte forte 13 mi bémol la bémol;

14** Accordez la quinte faible 14 c^o dièse sol dièse, sonnez la quarte forte 14 /« bémol ré bémol, la tierce majeure forte ré bémol fa naturel, dur comme les précédents.

Ici se termine la deuxième partie de la partition, laquelle donne un moyen infaillible, et pour ainsi dire mathématique, de s'assurer si l'on a bien opéré. Ce sont les trois tierces majeures 14 fa la, la do dièse, et ré bémol fa naturel, qui formant l'octave fa fa doivent être également fortes, et qui frappées les unes après les autres doivent produire à l'oreille exactement le même effet :

15" Accordez la quinte faible 15 fa dièse do dièse, l'accord parfait majeur 15 /« dièse la dièse do dièse, qui doit produire le même effet que l'accord fa la do naturels, et comme seconde vérification l'accord de sixte 15 /« dièse la bécarre ré naturel, qui doit être un peu dur, mais cependant bien supportable ;

16° Accordez l'octave 16 fa dièse fa dièse, sonnez la quarte forte i^ do dièse fa dièse, la tierce forte 16 ré naturel fa dièse, et l'accord de quarte et sixte 1 6 /« naturel ré naturel fa dièse, qui doit être dur comme les précédents et semblable à l'autre accord de quarte et sixte 16 do dièse fa dièse la

PARTITION. Tt

dièse; enfin sonnez, comme preuve plus générale, les trois tierces majeures fortes 16 /<2 dièse la dièse, si bémol ré naturel, et ré naturel fa dièse, qui forment l'octave fa dièse fa dièse;

17° Accordez la quinte faible 17 si naturel fa dièse, sonnez la quarte forte il fa dièse si naturel, la tierce majeure forte 17 si naturel ré dièse, et l'accord de quarte et sixte il fa dièse si naturel ré dièse, semblable aux précédents ; et sonnez encore comme preuve générale les trois tierces majeures fortes sol naturel si naturel, si naturel ré dièse, et mi bémol sol naturel, qui forment l'octave sol sol naturels;

18° Accordez l'octave 18 si si naturels, sonnez la quarte forte 18 /a dièse si naturel, la tierce forte 18 sol naturel si naturel; et l'accord de quarte et sixte ré sol si naturels;

19° Accordez la quinte faible 19 mi naturel si naturel, sonnez la quarte forte 19 si mi, la tierce majeure forte i^ do mi, l'accord de quarte et sixte i 9 sol do mi, semblable aux précédents et à l'autre accord de quarte et sixte 19 si mi sol dièse; sonnez la quinte 20 la mi, qui étant formée par l'octave de la première note de la partition la 2 et la dernière mi 19 se trouve naturellement faible comme les autres, et qui doit offrir exactement le même tempérament qu'elles. Si cette quinte est bonne, c'est la preuve la plus certaine que la partition est bien faite, tout d'ailleurs ayant été exécuté comme il vient d'être prescrit. Enfin, sonnez les trois tierces fortes 19 la bémol do, do mi naturel, mi naturel sol dièse, qui forment l'octave sol dièse sol dièse ou la bémol, et qui, comme les précédentes, doivent être également tempérées. Si la quinte la mi est trop faible, la tierce do mi sera trop juste, et la tierce mi sol dièse trop forte ; si cette quinte se trouve trop forte, le contraire aura lieu : la tierce do mi sera trop forte et la tierce mi sol dièse trop juste. Il faudrait alors visiter les

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