ARTICLE PREMIER
Comment on apprend aux sourds-muets a prononcer de même des syllabes qui s'écrivent différemment.
Il n'en est pas des sourds-muets comme des autres enfans. De la prononciation à la lecture il n'y a pour eux qu'un seul pas; disons mieux : ils apprennent l'une et l'autre en même temps. Nous avons soin de leur bien inculquer ce principe , que nous ne parlons pas comme nous écrivons. C'est un défaut de notre langue; mais nous ne sommes pas maîtres de le corriger :
nous écrivons pour les yeux , et nous parlons pour les oreilles.
Nous mettons donc l'une sur l'autre différentes syllabes dans le même ordre qu'on les voit ici :
tê
le
me
tes
les
mes
tais
lais
mais
tois
lois
mois
toient
loient
moient
et nous disons à nos sourds-muets qu'elles se
(96) prononcent toutes de même en cette manière :
te, tê, tê, te, te le, le, le, le, le,.... me,
me, me, me, me. Ensuite nous leur faisons prononcer de cette manière chacune de ces syllabes; ils l'entendent, c'est-à-dire qu'ils le comprennent, et nous voyons qu'ils ne s'y trompent jamais.
Nous observons la même méthode pour toutes les syllabes qui se prononcent les unes comme les autres, et qui s'écrivent différemment; et cela entre si bien dans leur esprit, que sous notre dictée, lorsqu'elle se fait par le mouvement des lèvres, sans être accompagnée d'aucun signe, comme nous le dirons ci-après, ils écrivent tout autrement qu'ils ne nous voient prononcer. Par exemple, nous prononçons leu mouà de me, et ils écrivent le mois de mai; nous prononçons l'ô deufontene, et ils écrivent V eau de fontaine ; je prononce fèdeu la pêne, et ils écrivent j'ai de la peine , etc., etc. (1).
(i) Lorsque vous commencerez à faire lire votre élève, il sera avantageux de lever les difficulte's que lui présentera l'irrégularité de notre orthographe, en représentant avec des caractères simples la prononciation des mots difficiles. Ainsi , s'il avait à lire ces mots : Ils avaient ardemment souhaité , vous écririez au-dessous, ilza'vè tardamant souhaite'.