JARDIN DES PLANTES
Le comte de Buffon fut bonhomme, il créa
Ce jardin imité d'Évandre et de Rhéa
Et plein d'ours plus savants que ceux de la Sorbonne,
Afin que Jeanne y puisse aller avec sa bonne ;
Buffon avait prévu Jeanne, et je lui sais gré
De s'être dit qu'un jour Paris un peu tigré,
Complétant ses bourgeois par une variante,
La bête, enchanterait cette âme souriante ;
Les enfants ont des yeux si profonds, que parfois
lis cherchent vaguement la vision des bois ;
Et Buffon paternel, c'est ainsi qu'il rachète
Sa phrase sur laquelle a traîné sa manchette,
Pour les marmots, de qui les anges sont jaloux,
A fait ce paradis suave, orné de loups.
J'approuve ce Buffon. Les enfants, purs visages,
Regardent l'invisible, et songent, et les sages Tâchent toujours de plaire à quelqu'un de rêveur.
L'été dans ce jardin montre de la ferveur ;
C'est un éden où juin rayonne, où les fleurs luisent,
Où l'ours bougonne, et Jeanne et Georges m'y conduisent.
C'est du vaste univers un raccourci complet.
Je vais dans ce jardin parce que cela plaît
A Jeanne, et que je suis contre elle sans défense.
J'y vais étudier deux gouffres, Dieu, l'enfance,
Le tremblant nouveau-né, le créateur flagrant,
L'inflniment charmant et l'infiniment grand,
La même chose au fond ; car c'est la même flamme
Qui sort de l'astre immense et de la petite âme.
Je contemple, au milieu des arbres de Buffon, Le bison trop bourru, le babouin trop bouffon, Des bosses, des laideurs, des formes peu choisies, Et j'apprends à passer à Dieu ses fantaisies. Dieu, n'en déplaise au prêtre, au bonze, au caloyer, Est capable de tout, lui qui fait balayer Le bon goût, ce ruisseau, par Nisard, ce concierge, Livre au singe excessif la forêt, cette vierge,