‹ L'art d'être grand-pèreChapitre 32 sur 65 · UNE TAPE · texte numérisé non relu

UNE TAPE

Quand sur les noirs serments vomis par Bonaparte,

Quand sur l'assassinat des lois et des vertus,

Sur Paris sans Barbes, sur Rome sans Brutus,

Sur le tyran qui flotte et sur l'état qui sombre,

Triste, on a fait planer l'immense strophe sombre ;

Quand on a remué le plafond du cachot ;

Lorsqu'on a fait sortir tout le bruit de là-haut,

Les imprécations, les éclairs, les huées

De la caverne affreuse et sainte des nuées ;

Lorsqu'on a, dans des jours semblables à des nuits,

Roulé toutes les voix du gouffre, les ennuis,

Et les cris, et les pleurs pour la France trahie,

Et l'ombre, et Juvénal, augmenté d'Isaïe,

Et des écroulements d'ïambes furieux

Ainsi que des rochers de haine dans les cieux ;

Quand on a châtié jusqu'aux morts dans leurs tombes ;

Lorsqu'on a puni l'aigle à cause des colombes,

Et souffleté Nemrod, César, Napoléon,

Qu'on a questionné même le Panthéon,

Et fait trembler parfois cette haute bâtisse ;

Quand on a fait sur terre et sous terre justice,

Et qu'on a nettoyé de miasmes l'horizon,

Dame ! on rentre un peu las, c'est vrai, dans sa maison ;

On ne se fâche pas des mouches familières ;

Les légers coups de bec qui sortent des volières,

ii4 L'ART D'ÊTRE GRAND-PÈRE

Le doux rire moqueur des nids mélodieux, Tous ces petits démons et tous ces petits dieux Qu'on appelle marmots et bambins, vous enchantent ; Même quand on les sent vous mordre, on croit qu'ils chantent. Le pardon, quel repos ! Soyez Dante et Caton Pour les puissants, mais non pour les petits. Va-t-on Faire la grosse voix contre ce frais murmure ? Va-t-on pour les moineaux endosser son armure ? Bah ! contre de l'aurore est-ce qu'on se défend ? Le tonnerre chez lui doit être bon enfant.

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