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DANS LE JARDIN

La vengeance que nous poëtes nous tirons De cet affreux janvier, si laid ; c'est la revanche Qu'avril contre l'hiver prend avec la pervenche ; Courage, avril ! Courage, ô mois de mai ! Ciel bleu, Réchauffe, resplendis, sois beau ! Bravo, bon Dieu ! Ah ! jamais la saison ne nous fait banqueroute. L'aube passe en semant des roses sur sa route. Flamme ! ombre ! tout est plein de ténèbres et d'yeux ; Tout est mystérieux et tout est radieux ; Qu'est-ce que l'alcyon cherche dans les tempêtes ? L'amour ; l'antre et le nid ayant les mêmes fêtes, Je ne vois pas pourquoi l'homme serait honteux De ce que les lions pensifs ont devant eux, De l'amour, de l'hymen sacré, de toi, nature ! Tout cachot aboutit à la même ouverture, La vie ; et toute chaîne, à travers nos douleurs, Commence par l'airain et finit par les fleurs. C'est pourquoi nous avons d'abord la haine infâme, La guerre, les tourments, les fléaux, puis la femme, La nuit n'ayant pour but que d'amener le jour. Dieu n'a fait l'univers que pour faire l'amour. Toujours, comme un poëte aime, comme les sages N'ont pas deux vérités et n'ont pas deux visages, J'ai laissé la beauté, fier et suprême attrait, Vaincre, et faire de moi tout ce qu'elle voudrait ;

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Je n'ai pas plus caché devant la femme nue Mes transports, que devant l'étoile sous la nue Et devant la blancheur du cygne sur les eaux. Car dans l'azur sans fond les plus profonds oiseaux Chantent le même chant, et ce chant, c'est la vie. Sois puissant, je te plains ; sois aimé, je t'envie.

Les belles filles sont en fuite Et ne savent où se cacher.

Brune et blonde, grande et petite, Elles dansaient près du clocher ;

Une chantait, pour la cadence ; Les garçons aux fraîches couleurs Accouraient au bruit de la danse, Mettant à leurs chapeaux des fleurs ;

En revenant de la fontaine, Elles dansaient près du clocher.

J'aime Toinon, disait le chêne ; Moi, Suzon, disait le rocher.

Mais l'homme noir du clocher sombre Leur a crié : — Laides ! fuyez ! — Et son souffle brusque a dans l'ombre Éparpillé ces petits pieds.

Toute la danse s'est enfuie, Les yeux noirs avec les yeux bleus, Comme s'envole sous la pluie Une troupe d'oiseaux frileux.

Et cette déroute a fait taire Les grands arbres tout soucieux, Car les filles dansant sur terre Font chanter les nids dans les cieux.

— Qu'a donc l'homme noir ? disent-elles. Plus de chants ; car le noir témoin A fait bien loin enfuir les belles, Et les chansons encor plus loin.

— Qu'a donc l'homme noir ? — Je l'ignore, Répondit le moineau, gai bandit ; Elles pleurent comme l'aurore.

Mais un myosotis leur dit :

— Je vais vous expliquer ces choses.

Vous n'avez point pour lui d'appas ; Les papillons aiment les roses, Les hiboux ne les aiment pas.

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