‹ L'art d'être heureuseChapitre 31 sur 59 · PLATE D'ARGENT N'EST PAS MORTELLE · texte numérisé non relu

PLATE D'ARGENT N'EST PAS MORTELLE

Quelqu'un me disait: ‘Ces moments de gêne financière sont critiques dans bien des ménages. Devant les sacrifices à faire, les restrictions de luxe, peut-être même de confort à subir, les prodiges d’économie à réaliser et qui signifient pour elle un surcroît de soucis et de labeur, voilà souvent la femme qui boude, larmoie, s’impatiente, blâme et accuse. Le mari, que de sombres préoccupations mordent déjà au coeur, ou bien se fâche, — et c’est la paix familiale compromise — ou s'éloigne, — et c’est la froideur et l’amertume se glissant sournoisement à la place de la douce intimité bannie. Ah!

combien de bonheurs ai-je vus s’écrouler de la sorte!??

Le bonheur qui choit si piteusement au choc d’un simple embarras, voire méême d’un véritable revers de fortune, ne méritait guère de durer. On le croit édifié sur un solide amour et le dévouement réciproque: l’égoïsme seul en soutenait les précaires apparences.

Autrement, n’aurait-on pas compris que le moment était justement venu d’une union plus étroite, afin de mieux affronter l’épreuve; de la manifestation d’une sympathie mutuelle plus vivante et plus douce, pour illuminer l’heure sombre; de l’action concordante et soutenue, pour réparer l’échec et triompher du malheur, — tout comme le mouvement harmonisé des deux rames est nécessaire à la barque fragile pour franchir victorieusement les dangereux passages ?

Plaie d’argent n’est pas mortelle. Le temps, le courage, la bonne volonté industrieuse et sage en guérissent. C’est d’être isolé chacun dans sa peine qui est la vraie misère. C’est de compromettre par sa faute la paix et la félicité domestiques qui devrait faire au coeur la plus cruelle blessure. Au lieu que ces jours d’épreuve et de lutte, s’ils ont été en même temps des jours où la famille a senti davantage se resserrer ses liens dans un amour renouvelé et plus fort, laisseront

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