‹ L'art d'être heureuseChapitre 4 sur 59 · SOURIRE QUAND MÊME · texte numérisé non relu

SOURIRE QUAND MÊME

une sphère supérieure, le quasi équivalent de ce philtre merveilleux susceptible de ‘guérir tous les maux” et que nos moralistes, plus heureux que les alchimistes d’antan, auraient enfin trouvé?

Que de regrets, en effet, que de remords, que de chagrins cruels n’a pas causés souvent une seule parole échappée dans un mouvement d'humeur, sitôt désavouée, mais qui n’en demeure pas moins grimaçante et perfide, entre des coeurs faits pour se comprendre et s’aimer!…

Nos impatiences, direz-vous, n’ont point toujours de si déplorables suites.

Hé! n’est-ce donc rien que ces mille petits nuages qui assombrissent la vie, ce malaise dans la famille, ces heurts, ces froissements que provoquent tout mot amer, toute riposte trop vive?

Nous taire done, malgré l’orage rester sereines, oublier la peine qu’involontairement, sans doute, l’on nous fait — et sourire quand même...

Le joli mot, ‘‘sourire””, et qu’on dirait pointillé de soleil! Il évoque et symbo- Lise la mission très douce de la jeune fille: être partout, mais plus particulièrement à la maison, entre la maman embesognée et le père accablé de soucis, parmi la gent turbulente des petits frères, la pure, l’étincelante incarnation de la tendresse harmonieuse et inlassable, de la gaieté printanière, de la bonté qui rayonne.

Rôle difficile, parfois, vous ne l’ignorez pas, et qui demande, avec beaucoup d’adresse, plus encore de vertu. Quelle jeune fille chrétienne pourtant ne le peut généreusement pratiquer quand, pour prix de sa peine, doit flotter autour d'elle un parfum suave de paix et de bonne entente?

Que le rayonnement de notre sourire, que notre douceur et notre bienveillance aillent réjouir et consoler tous ceux qui souffrent, tous ceux que la vie a meurtris ou qu’elle accable de sa grande tristesse:

les vieillards, — et un dernier rayon luira

SURIRE QUAND MÊME

dans leurs veux que les larmes ont ternis; les malades, — ils salueront notre venue, et notre sympathie sera rafraîchissante à leurs coeurs angoissés comme la rosée du matin; les pauvres surtout, pauvres en argent, pauvres en amour. Que tous sentent en nous vibrer une âme compatissante et fraternelle, et que jamais leurs récriminations ni leurs plaintes ne nous rebutent!

O nous, mes soeurs, que le bon Dieu a faites, plus que tous autres, dispensatrices du bonheur, ne craignons pas de le faire diffuser trop abondamment dans le rayon de notre existence. Créons la joie.

Les coeurs nous béniront qui en sont altérés.

Ve

Argent et bonheur

À question d’argent tient dans la vie

un rôle si important qu'il est impossible de la méconnaître ou de la dédaigner. La traiter de haut, ressasser les vieux dictons: pauvreté n’est pas vice. l’argent ne donne pas le bonheur...

ne change rien à la réalité des faits. La majorité des soucis, des anxiétés, des souffrances même dont gémit l’humanité provient du manque d’argent. On imagine mal un foyer heureux là où les dettes crient, où les parents se demandent avec angoisse s’ils pourront subvenir, demain, aux besoins de leurs enfants. Même les plus exquises joies de l’existence — joies de l’esprit, joies du coeur — comportent, hélas! la note à payer. On n’étudie pas

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