‹ L'art d'être heureuseChapitre 43 sur 59 · LE SUCCÈS · texte numérisé non relu

LE SUCCÈS

pour le ravaler au sens vulgaire de ‘‘faire de l’argent”’.

Un homme de succès, proclament les mille voix de l’opinion courante, c’est celui dont le talent se fait avant tout pourvoyeur d’espèces sonnantes; une entreprise heureuse, c’est celle où l’on entend le bruit de l’or roulant sur de l’or, et ainsi de tout le reste.

Mais le succès qui consiste à remplir fidèlement sa tâche ou celui qui couronne les rudes efforts consentis en vue d’acaquérir quelque supériorité intellectuelle ou morale, le succès de l’obseur travailleur luttant plein de courage et de vaillance pour nourrir sa famille, celui de la mère réussissant avec non moins de peine que d’honneur à boucler le budget familial et à bien élever de nombreux enfants — on n’en parle guère...

Ne voilà-t-il pas, cependant, des héros du succès tout aussi intéressants et d’autant de mérite, sans doute, que maiïnt arriviste et maint brasseur d’affaires ?..

De l’argent, il en faut, personne ne songe à le nier; mais il y a marge entre le juste désir d’un confort raisonnable et l’âpre avidité qui fait de l’acquisition de la richesse le tout de la vie, entre l’appréciation exacte d’un bien utile et l’erreur fatale par laquelle gens et choses ne sont cotés qu’à leur unique valeur numéraire.

Un tel ‘‘vaut”’ tant: le voilà sacré grand homme! Telle entreprise ne rapporte pas les dividendes escomptés: elle ne mérite pas de vivre! Que le grand homme soit en réalité un chenapan, ou que l’oeuvre aussi lestement jugée et condamnée par ceux qui n’y entendent guère soit le porte-étendard ou la sauvegarde d’un idéal nécessaire, c’est bien là le moindre des soucis!..

Le culte du veau d’or va-t-il donc détruire chez nous toute délicatesse de conscience et toute élévation d’esprit, ébranler tout principe, entraver toute poursuite d’un dessein noble et désintéressé ?

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