VARIÉTÉS
Mère d'Eveque
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C "EST la foi de ma vie, écrivait Maurice Barrès à propos de Pascal, qu'il y a une sorte d’union vivante entre le père et ses enfants. ‘Le fils est le secret de son père’”’, déclare l’Orient, auquel l'Occident répond: ‘Nos fils ressemblent à nos pensées les plus profondes”?.
Monseigneur Taché est une émouvante illustration de cette hérédité spirituelle où tantôt le père, tantôt la mère a le rôle prépondérant. Chez lui, c’est l'empreinte maternelle que l’on découvre avec une admiration attendrie. Car c’est une jeune veuve de 28 ans qui penche son doux visage sur les premières années du
futur grand évêque - missionnaire du Nord-Ouest et qui va connaître l’incomparable joie de créer, après le corps, l’âme de son enfant.
Louise - Henriette de la Broquerie avait épousé, le 20 février 1820, Charles Taché, officier de l’armée canadienne, issu, comme elle, d’une famille aussi distinguée par le mérite que noble par la vertu. Le jeune couple résida à Kamouraska.
Six années de bonheur. Cinq petits anges au foyer. Et puis, un jour, un noir cercueil. C’est le père qui s’en va...
L’aîné des enfants, Joseph-Charles, — son nom devait honorer les lettres et la politique canadiennes, — est confié à sa grand’mère paternelle, et Mme Taché revient chez ses parents à Boucherville.
Ceux-ci disparus, elle se retire à la campagne, au Château Sabrevois, avec ses fils, Louis et Alexandre. Ce dernier était devenu, par la mort de deux petites soeurs, le benjamin chéri de la famille.
MÈRE D'ÉVÊQUE
C’est dans ce vieux manoir que la noble veuve de Charles Taché vivra trenteneuf ans d’une vie sainte partagée entre les devoirs de sa piété profonde, de sa charité et de sa tendresse maternelle.
Près d’elle, généreuse et discrète, veille l’affection de son frère, Joseph de la Broquerie, ce frère magnanime qui avait promis à Dieu ‘‘de dévouer sa vie au bonheur de sa soeur et à l’éducation de ses neveux”.
Pour charmer ses loisirs, Mme Taché cultivait les fleurs. J'aime à me représenter, parmi le jaillissement des corolles éclatantes, cette belle jeune femme au front grave, toujours vêtue de deuil. Tandis qu’avee un goût très fin, guidé par une vraie science de botaniste, elle marie les espèces, elle aligne, taille et épie l’éclosion lente de son rêve de beauté, le petit Alexandre trottine à ses côtés et l’amuse de son babil. La mère songe doucement et se dit qu'il est d’autres jar-
dins, jardins merveilleux, que sa sollicitude doit ensemencer et fleurir.
Un jour, dans ces mêmes allées, la mère vieillie repassera, recueillant avec les souvenirs enchantés d’autrefois, quelques graines précieuses qu’elle enverra à un jeune missionnaire perdu dans les neiges de l’Ile-à-la-Crosse. Et le jeune missionnaire ravi, d'écrire : ‘‘J’ai regardé souvent ces fleurs avec un sentiment de complaisance auquel vous aviez la plus grande part. Il en est une surtout que j'aime plus que les autres, c’est la ‘‘pensée”’; comment, en effet, un fils pourrait-il ne pas aimer la pensée de sa mère?
Déjà le froid d'octobre avait desséché les autres fleurs, déjà leurs tiges, sans sève, se repliaient vers la terre; la pensée seule, la pensée de ma mère conservait toute sa fraîcheur et son parfum.?”’
Adorable délicatesse, sensibilité frémissante de ces deux coeurs pareils du fils et de la mère! Ils souffriront sans doute; mais de combien de joie, d’une
MÈRE D'ÉVÊQUE
qualité exquise et rare, ne connaîtront-ils pas l’intarissable source!
Après l’élan surnaturel, c’est de cette source que jaillit la puissance d’enthousiasme qui met de l’allégresse dans toutes les tâches de l’apôtre, les plus rudes et les plus vulgaires. C’est par cette porte enchantée que la beauté secrète et attirante de la terre d’exil pénètre son coeur.
Prairie sans horizon, lacs du nord aux s0litaires rivages, blancheur immense de l’hiver, combien d’échappées délicieuses vous doivent le rêve et la plume du missionnaire!
Mais l’âme ne vit pas seulement de poésie. Elle doit être active, forte, prête pour tous les accidents de l’existence.
Mme Taché le savait dès avant les leçons cruelles de sa destinée. C’est un sang chargé de foi et d'énergie qu’elle donna à son fils. Une éducation virilement chrétienne, les beaux exemples du fover achevèrent de tremper cette jeune âme. Et la
mère prédestinée qui répondait, douloureuse et ferme, aux appels toujours plus crucifiants de la vocation toujours plus haute de son fils: ‘Va, mon enfant, où Dieu le veut!””, cette mère put reconnaftre le son même de son âme dans les accents de l’apôtre suppliant qu'on le laisse à la misère de ses missions, pourvu seulement qu’on lui procure ‘‘des pains d’autel et du vin pour le saint sacrifice””, dans les paroles intrépides de l’évêque défendant, en face des gouvernements spoliateurs, les droits sacrés de son peuple.
Le renoncement, le devoir: mots sublimes qui n’éveillent plus que des échos affaiblis dans nos molles consciences, que nos lèvres faussement tendres osent à peine prononcer devant nos enfants, les trouvant trop austères! Une vraie mère triomphe de ces défaillances de son coeur.
Où est-elle la louange plus à l'honneur de l’admirable femme dont j’essaie modestement d'évoquer le souvenir, que ce témoignage du fils qui fut sa gloricuse récom-
MÈRE D'ÉVÊQUE
pense terrestre: ‘Vous êtes malade, bonne maman, le ciel nous afflige en vous éprouvant. Comme il me serait doux de courir vers vous, d’aller auprès de votre lit de douleur vous dire mon respect, mon affection, mon dévouement le plus entier!
Les circonstances ne me le permettent pas; vous m'avez trop montré que la voie du devoir est seule à suivre pour que je puisse craindre que mes motifs ne soient pas appréciés... ??
Ces lignes trempées de larmes, Mme Taché n’eut point le bonheur de les lire.
Le lendemain du jour où elles lui étaient adressées, elle rendait à Dieu son âme généreuse. C'était le 23 juillet 1871. ‘‘Circonstance extraordinaire”, s’écrie Dom Benoît, dans sa belle ‘Vie de Mgr Taché””, ‘‘le jour et l’heure de sa mort se trouvaient le jour et l’heure anniversaires de la naissance de son vénérable fils; il semblait que Dieu voulait la récompenser d’avoir donné un tel évêque à son Eglise en la faisant naître à la vie éternelle le
jour et l’heure même où elle lui avait donné naissance à la vie du temps”.
Oui, c’est Mme Taché, incomparable mère, qui a véritablement donné à l’Eglise de Dieu l’un de ses plus illustres pontifes et à la patrie canadienne l’une de ses gloires les plus pures. Tout petit, elle commença de façonner son âme à la mesure de la tâche conquérante et grandiose qui l’attendait. On connaît surtout le rôle décisif qu’elle eut dans sa vocation. Rappelons-nous le jour où le transport de l’amour filial arracha au coeur du jeune Oblat cet engagement suprême: ‘* Pour la guérison de ma mère, Ô mon Dieu, je me donne aux sauvages de l’Ouest!??
Un tel cri, quelle révélation d’indicible tendresse! Et demain ce sera l’adieu, la solitude...
Mais dans cette solitude, une fleur splendide va s’ouvrir: le souvenir, la perpétuelle présence dans l’absence de l'être
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aimé. Pendant vingt-six ans, dans une correspondance aussi pressée, aussi régulière que les courriers le permettront, la mère et le fils effeuilleront les pétales odorants de cette fleur. ‘‘Je savais, écrira plus tard avec attendrissement l’évêque de Saint-Boniface, que toute préoccupée du bonheur de son fils (cette mère bien-aimée) écoutait jusqu'aux moindres murmures du Nord-Ouest; jusqu’au moindre bruit de la vague, comme pour y découvrir l’écho de sa voix, demandant une prière, promettant un souvenir”?.
Douce raison de fierté pour nous, les Canadiennes de l’Ouest! Mme Taché, si elle ne connut jamais le charme magique des prairies, n’en est pas moins nôtre. Un magnétisme puissant, — l’amour de son fils et celui des âmes qu'il était venu sauver, — tint son esprit et son coeur invinciblement tendus vers ‘‘les pays d’en haut’. Les missionnaires l’appellent leur mère. Elle les connaît tous par leurs
noms, elle les aide, elle les accueille à son fover durant leurs brefs séjours ‘‘en Canada”. Sa charité adopte même les jeunes Métis envoyés par l’évêque de la Rivière- Rouge au séminaire de Saint-Hvacinthe.
L'un d’eux, choyé, soigné par elle, mourra
entre ses bras.
‘‘Admirons, s’écrie encore Dom Benoît, dans l’union de ces deux vies les mystères de la miséricorde divine sur ces pays de grand avenir. Mgr Taché, en se donnant à ces pays, a conservé l’existence à sa mère; cette existence prolongée est un don continuel fait aux mêmes contrées; le fils est à la mère, la mère est au fils, et tous les deux ne vivent que pour faire de l’Ouest une terre catholique...”?
Quel est donc le secret de cet attachement extraordinaire, de cet accord harmonieux des âmes? Bien des fils ont aimé leur mère et l’ont entourée de vénération attendrie; bien des mères ont accompagné de leurs prières et de leurs
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larmes le fils absent. Mais les exemples sont rares d’une si parfaite intimité.
C’est qu'entre Mer Taché et sa mère, une vive sympathie des intelligences entretient et active l’élan naturel des coeurs. Cette grande chrétienne, cette mère vaillante est encore une femme cultivée. La vie sérieuse, les solides lectures enveloppent son âme d’une atmosphère de pensées justes et de nobles sentiments. Quand son vénérable fils lui écrit, c’est tout d’abord, sans doute, pour ‘‘soulager son coeur”’”, mais il sait aussi que les saintes ambitions de son zèle, que ses inquiétudes et ses vastes projets, il les confie à qui peut les comprendre et les apprécier judicieusement. Selon un mot délicat d'Etienne Lamy, il croit ‘‘à la raison, comme il croit au coeur de sa mère”?
Mme Taché est l’un des plus nobles exemplaires de la Canadienne. Elle est une des figures les plus attachantes de cette lignée de femmes d'élite qui ont été de tout temps l’ornement et l’honneur de
notre race: femmes aux ardentes vertus, au clair bon sens, à la distinction et au charme souverains. Sa mémoire mérite nos hommages. Qu'un doux reflet de la gloire de l’illustre évêque de la Rivière- Rouge auréole le front de la mère qui fut tendrement et pieusement associée à son oeuvre et à sa vie.
Que les femmes s'en melent !
CE
PRES un long séjour de l’autre côté de la frontière, un brave Canadien revenait s'établir au pays avec
toute sa famille.
Le vieux curé qui l’avait vu partir, jadis, avec appréhension et regret, songeant tristement: ‘Encore un de perdu!”?
l’écoutait aujourd’hui, étonné et ravi...
Dans le plus authentique parler du terroir, son ancien paroissien évoquait les souvenirs de sa vie de là-bas: les misères du début, la venue des temps prospères; il disait comment, un beau jour, la nostalgie du sol natal lui était entrée dans le coeur... Puis il y avait les garçons, solides gaillards bientôt en âge de se marier... Ils
ne voulaient épouser que des filles de leur religion et de leur race et avaient hâté le retour.
“Mais enfin, remarqua tout ému le curé, vous habitiez une ville protestante, vous n’entendiez jamais parler votre langue. Comment avez-vous pu rester ainsi bons catholiques et bons Canadiens ?..
— Hé! monsieur le curé, pas bien malin. avec la femme! C’est qu’elle n’était pas commode, allez! Figurez-vous qu’elle n’a jamais voulu apprendre un mot d’anglais, pas un! Alors il n’y avait pas à regimber: on parlait français à la maison. Si, par hasard, un des enfants s’oubliait, vlan! ‘Parle donc comme du monde, toi!...??
Pour la religion, c’était la même chose. Le dimanche, par exemple... souvent on aurait bien voulu se reposer un brin... Pas d’affaires! Il n’v avait qu’une petite chapelle catholique à l’autre bout de la ville. T1 fallait se lever matin et arriver à la messe à l’heure. Pas de messe, pas de
QUE LES FEMMES S'EN MÊLENT
dîner! Je trouvais cela dur, allez, dans le temps, pour les petits mais aujourd’hui, je remercie la mère. Si on est ce qu’on est, c’est à elle qu’on le doit. Ah!
les femmes, monsieur le curé, quand elles s’en mêlent!..??
Quand elles s’en mêlent! Il avait raison, le brave homme. Dans combien de familles exilées du foyer de la race, le même prodige de conservation religieuse et nationale s’est-il réalisé, grâce uniquement à une intelligente et énergique intervention féminine!
Quand elles s’en mêlent! La voix du bon sens populaire le proclame, tout comme l’expérience le prouve, tout comme l’atteste l’histoire de notre survivance: où se porte la femme, là est la victoire.
Que les femmes s’en mêlent donc!
A cette heure surtout où l’on suppute plus haineusement que jamais, en certains quartiers, les chances de vie ou de
mort pour notre peuple, une lourde mais glorieuse responsabilité nous échoit.
D’impérieux devoirs sollicitent notre action et réclament la mobilisation de toutes les volontés. Ils s’imposent particulièrement à nous, Canadiens des provinces en majorité anglaises. Ils se résument presque tous en un mot: la sauvegarde de la langue.
Ah! si les mères tout d’abord le voulaient!.. Elles sauraient bien ‘‘bouter dehors”’ ces redoutables complices de l’anglicisateur si fréquemment installés à la table même de famille: le snobisme des uns, la lâcheté des autres, l’indifférence du plus grand nombre. Elles sauraient bien, comme la vraie patriote qui ne pouvait souffrir qu’aucun des siens, chez elle, ne parlât pas ‘‘comme du monde”, elles sauraient bien trouver dans l’amour de leur race et le fier désir de la voir se continuer sans défaillance, le courage d’une intransigeance de bon aloi et des répressions parfois nécessaires.
QUE LES FEMMES S'EN MÊLENT
Grâce à elles, chaque maison canadienne redeviendrait ce ‘‘petit nid bien français’” où les âmes qui s’éveillent ne subiraient que des influences propres à développer et à fortifier en elles le sentiment national. Les beaux livres qui relatent les luttes de nos ancêtres et ceux qui évoquent le pittoresque ou l’héroïsme de leur vie remplaceraient, sur les tables et dans les bibliothèques, les ineptes et dangereux magazines américains. Les feuilles anglaises, semeuses d’erreurs et déformatrices de notre mentalité, seraient détrônées par les revues, les journaux qui montent vaillamment la garde autour de nos droits. Ceux-ci, on les lirait, on les commenterait, le soir, en famille. Parfois, le chant de quelque ‘refrain de chez nous”? elorait la veillée et graverait au plus profond des coeurs et des mémoires la suavité de nos doux accents.
Comme alors les enfants grandiraient dans l’amour, le respect et l’orgueil de leur titre de Canadiens français! Et le dé-
solant spectacle de jeunes gens, de jeunes filles méprisant leur langue et ridiculement infatués de coutumes étrangères n’existerait plus.
Après avoir ainsi allumé et avivé dans les jeunes âmes la flamme patriotique, les mères canadiennes pourraient-elles se désintéresser de l’oeuvre qui assure le succès de leur tâche première ou en ruine les effets: l’école?
Il est un strict devoir: celui, où la chose est possible, de procurer une éducation française aux enfants. Tous les prétextes sont futiles ou méprisables qui tentent de justifier la défection sur ce point. Les grands intérêts à sauvegarder sont au-dessus des petites vanités ou des petites combinaisons personnelles.
Ne retranche-t-on rien, mesdames, dans vos écoles, aux quelques bribes d’enseignement du français qui nous restent ?
Veillez! Protestez! Réclamez!
Quels bienfaisants résultats n'aurait pas encore une plus intime collaboration
QUE LES FEMMES S'EN MÊLENT
de la mère et de l’institutrice! C’est par là seulement que la classe de français écourtée donnera son plein rendement et que pourra s’inserire, en marge des études scolaires, une efficace campagne d’épuration de notre langue si profondément altérée dans nos centres mixtes.
Une autre tâche de fierté et d'honneur nous incombe: celle de la faire ravonner, cette langue injustement honnie et proscrite, dans toutes les manifestations de notre vie sociale. On l’a répété maintes fois, c’est dans les petits détails qu’elle veut être défendue. Ne nous contentons pas de parler français entre nous. Exigeons de nos fournisseurs qu’ils aient au moins des commis qui nous comprennent.
Faisons nos commandes par la poste en français. Abdiquer sa langue en même temps que l’on donne son argent, c’est trop.
Nos maris, nos frères, nos amis, tout à leurs affaires, sont parfois bien ... distraits. Ils oublient la primordiale impor-
tance, pour une minorité qui veut vivre, de proclamer bien haut son existence. Les enseignes bilingues, les cartes professionnelles bilingues, les en-têtes de lettres, les factures bilingues sont autant d’éloquentes et subtiles voix entendues par tous.
Rappelons-le à l’occasion. Réveillons avec tact, mais avec une persistante énergie, le patriotisme endormi.
Que les femmes s’en mêlent! C’est le trésor de notre langue pieusement gardé et invinciblement défendu; c’est toute l’âme de la race vivifiée et raffermie; c’est, aujourd’hui comme hier, la pleine et lumineuse joie du triomphe assuré.
La mère de chez nous
Son Rôle en face de l’avenir
Avez-vous pensé quelquefois à la puissance que pourrait devenir Ja nûtre, si chacun se mettait à son poste et y faisait tout son devoir?
Abbé Lionel GROULX.
N l’a dit — et nos âmes en tressaillent encore de douce fierté — nous sommes, nous les femmes, nous
surtout les mères, l’une des forces primordiales et suprêmes de notre jeune peuple.
Etre une force, c’est-à-dire un appui, un secours, quelqu'un sur qui l’on compte et qui ne saurait faillir, quelqu'un vers qui, à l’heure douloureuse ou critique, se tournent les regards anxieux et se tendent les mains confiantes: quelle dignité, quelle grandeur! Et que d’espérances, mais aussi que de responsabilités sont encloses en ce simple mot!
(nee EE ÉERERRS
Mères canadiennes, aujourd’hui plus que jamais, le pays attend de nous de grandes choses. C’est à nos âmes fidèles et vaillantes qu'il demande, au milieu du chaos universel, la sauvegarde des plus précieux dons de la race. C’est le concours unanime de nos bonnes volontés ‘‘devenues des énergies” qu'il réclame pour voir grandir des générations de fils et de filles selon son coeur.
Voilà notre tâche présente, obscure et glorieuse. Tâche qui nous haussera au beau rôle d’auxiliatrices anonvmes mais puissantes, de collaboratrices modestes mais généreuses et avisées de ceux qui se préoccupent de maintenir vivaces chez notre peuple les vertus, les traditions qui ont fait jusqu'ici son bonheur et sa force et qui seules étaieront sa véritable grandeur.
Ces vertus, qui doutera que les mères en soient, plus que tout autre, Îles héritières responsables? (C’est à nous qu’échoit le redoutable honneur, le de-
LA MÈRE DE CHEZ NOUS
voir impérieux, précis, de garder nos foyers intensément catholiques et français.
Bien ardue parfois sera la tâche. Le mal de tous côtés nous accoste et nous fascine, et il n’est presque pas de coin de chez nous qui échappe à l’ambiance étrangère.
La mère canadienne n’en aura que plus d’honneur et plus de mérite à suivre l'idéal légué par ses saintes devancières:
donner à la religion, dans sa maison non moins que dans sa vie, la place à laquelle elle a droit; défendre sa porte contre le tourbillon de la farandole mondaine et ses dévergondages; barrer énergiquement la route à la course folle aux plaisirs, cette ruine de l’esprit chrétien et de la vie familiale, aux envahissements du matérialisme et du luxe, cette gangrène de la société actuelle.
Avec quel redoublement de volonté elairvoyante et d’ardeur ne s’attachera-telle pas aussi, la mère de chez nous, à im-
prégner tout le détail de l’existence quotidienne au foyer d’une chaude et lumineuse atmosphère française; à donner à l’âme de ses enfants par tous les movens, surtout par un fier respect de la langue, une irréductible trempe française!
Ah! n’écoutons pas ceux qui déclarent périmées nos traditions, notre conception supérieure de la vie, ceux qui se moquent de notre invincible vouloir: à demeurer ce que nous sommes. Les funestes événements qui se déroulent nous donnent amplement raison. À l’heure où de tous côtés la machine sociale grince et gémit, n’estce pas dans les croyances qui sont les nôtres, dans l’esprit d’ordre, de modération qui nous caractérise, que réside l’espoir suprême de la paix?
Restons nous-mêmes. Nous ne gagnerions rien à singer les autres. La bêtise de certains des nôtres sous ce rapport nous le prouve surabondamment.
LA MÈRE DE CHEZ NOUS
Est-ce à dire que l’utilisation patriotique de notre haute autorité maternelle se bornera à ce rôle urgent, mais négatif: ne rien perdre de ce qu'il faut sauvegarder?
Bien mal avisé qui le croirait. Quel coeur de mère se désintéresserait de l’avenir?
Les phalanges drues de nos petits s’élancent allègrement à sa conquête. Leurs demains collectifs feront ceux de la race. Il dépend de nous que ces demains soient ternes ou glorieux; la main qui berce l’enfant gouverne le monde...
Mais pour élever ces fils et ces filles puissants et sages que réclame notre Canada français, il faut en avoir d’abord...
Puis il faut garder ceux que le ciel nous donne. Plaie saignante au coeur de notre peuple. Si, dans nos familles chrétiennes, les petits viennent encore nombreux, la mortalité infantile, hélas! a tôt fait d’éclaireir les rangs. Des patriotes aux âmes d’apôtres ont entrepris d’enrarer le fléau.
Mais qu'importeront les sacrifices qu'ils s’imposent, les conseils qu’ils prodiguent,
les ‘‘Gouttes de lait””, les hôpitaux qu'ils fondent, si l’apathie coupable de la mère se rit de leurs avertissements ?
Donner au pays des enfants sains et vigoureux, c’est le premier devoir de la mère canadienne envers l’avenir.
O nos fils, ôÔ nos filles, de quels soins plus ardents, plus délicats encore, n’environnerons-nous pas vos âmes! Elles seront belles, ces âmes, de toutes les vertus dont nous aurons déposé en elles les germes précieux; elles seront fières de tous les justes orgueils que nous leur aurons inspirés: orgueil de leur foi, de leur histoire, de leur race et de leur langue; elles seront ambitieuses noblement, courageusement, et par elles s’élèvera l’édifice glorieux de notre supériorité future.
Ah! si seulement chaque mère, dans chaque foyer, se mettait à son poste et y faisait son devoir! Nous aurions vite frayé des voies rapides et sûres à la réalisation de ces splendides espoirs.
Mgr Tissier, s'adressant à un groupe-
LA MÈRE DE CHEZ NOUS
ment de jeunes filles françaises, leur disait: ‘Il est temps d’en finir avec la futile éducation ‘pour plaire”, avec l’é6ducation par les arts de simple agrément, piano, mandoline, pastels et broderies, avec l’éducation irréelle, c’est-à-dire non conforme à la vie: à votre vie, à votre nature, à vos aptitudes, à votre destinée de femmes et de mères, à vos responsabilités. 7?
Appliquons-nous ces fortes paroles.
Nous aussi, adaptons à notre temps de luttes, à nos pressants besoins, la formation de nos enfants. Finissons-en surtout avec la molle éducation qui a créé parmi nous ces légions de nullités sociales: jeunes farauds, prétentieux ignorants, petits esprits rivés à leurs petits sacs d’écus.
Il nous faut des hommes, des vrais. Il faut que l’exemple, que les premières lecons de la mère inspirent à l’enfant le goût du travail et des victoires difficiles; qu'ils éveillent et développent en lui l’esprit de sacrifice qui forge les caractères
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virils et les robustes vouloirs; qu'ils le détournent de la frénésie des amusements, des sots plaisirs, pour orienter les superbes forces de sa jeunesse vers la préparation d’un avenir utile au bien du pays et à l’accroissement de notre prestige national.
Et puis, ayons confiance. La génération ainsi formée sera prête au rôle qui l’attend. Elle saura bien tenter dans toutes les sphères de son activité l’assaut vainqueur qui l’installera à l’avant-garde de la science et du progrès.
O nos fils, Ô nos filles, c’est de chacun de vous, que nous voudrions pouvoir dire demain:
Là où je me suis arrêté, tu poursuivras.
Ce que je n'ai pu faire, tu le feras.
Où je n'ai pas su arriver, tu arriveras.
Ce que j'ai commencé, tu l'achèveras. (1)
(1) Chant patriotique serbe.
Un conte, maman
L y avait une fois un cruel pays où la vie trépidante, repue de luxe et de plaisirs, avait écrasé dans son tourbillon ou empoisonné de son haleine fétide tout ce qui fleurissait sur terre de charme et de beauté. Divine poésie, grâces de l’esprit, délicatesse du coeur, vous étiez méconnues. Les hommes, durs et grossiers sous d’élégants camouflages, marchaient le front courbé vers le sol. Les mères ellesmêmes étaient découronnées de leur auréole suprême; aux enfants qui réclamaient du pain, elles donnaient des pierres...
Je veux dire qu’au lieu de nourrir les âmes de leurs petits comme elles alimentaient leurs corps, elles les laissaient se &essécher et se durcir dans l’abandon. Les
fraîches paraboles, les contes ailés qui peuplent Îles jeunes têtes et les jeunes coeurs, avant même l'éveil de la raison, d’embryons d'idées justes, d’images riantes, de naïfs élans vers le bien, ‘‘sornettes d’un autre âge!” proclamaientelles étourdiment; et elles ajoutaient en enfonçant leur petit chapeau pour se rendre au cinéma: ‘Nous n’avons plus de temps pour ces choses-là, de nos jours’’.
Triste pays! Mères maladroites! Pau-
vres enfants!
Nous, nous serons des conteuses, et nos contes, princes charmants, éveilleront cette adorable endormie qu’est une âme enfantine.
Tâche délicate. Il faut, pour v réussir, avec le coeur, du discernement.
Vous souvient-il de cette exquise fillette dont parle quelque part M. Henry Bordeaux, qui s’écrie, ouvrant au ciel et à la terre ses bras joyeux: ‘Papa, j'aime le monde! J'aime tout!” Voilà com-