‹ L'art d'être heureuseChapitre 7 sur 59 · A DEUX · texte numérisé non relu

A DEUX

Elle croit à la multitude fabuleuse des foyers disjoints, des amours en ruines, des maris égoïstes et volages. Elle se fait une âme larmoyante et plaintive avant la lettre. Et parce qu'elle s’attend aux pires calamités, la voilà d’ores et déjà à l’affût de l’imperceptible indice qui devra marquer la fêlure initiale de sa joie de jeune épousée.

Dans son esprit, rien d’étonnant que la plus futile déconvenue, qu’un manque d’égards involontaire prenne des proportions démesurées. Les toutes petites nuées se massent en ciel d’orage et peu à peu le bonheur sombre — uniquement parce qu’on a cru qu'il fallait qu’il sombrât.

Les mères ont ici une lourde responsabilité, car ce sont elles souvent qui mettent ces fausses idées dans les jeunes têtes. Parce qu’elles sont lasses physiquement et moralement, faut-il que leurs filles le soient aussi... par anticipation, et qu’elles abordent la vie sans enthousiasme ni ressort?

Le bon Dieu n’a institué le mariage pour le malheur de personne. Un commentateur de Louis Veuillot disait: ‘Il a fait pour lui-même une si douce expéiience du mariage qu’il ne saurait avoir de craintes pour ceux qui vont courir cette rande fortune lorsqu'ils s’y prennent chrétiennement”’.

À cette préparation sérieuse et chrétienne, ajoutez le devoir accepté de bonne grâce et accompli de bonne humeur, contentez-vous de cueillir les joies qui fleurissent à votre portée sans envier celles des jardins d’alentour, installez en maître à votre foyer l’ange du sourire et des petites attentions, et vous avez toutes chances de ne pas vous piquer aux épines cachées sous les plus belles roses.

Voilà ce qu'il faut enseigner aux jeunes filles.

Peut-être alors songeront- elles, l'heure venue, à entourer d’une plus active vigilance la merveilleuse petite tlamme ‘‘sans quoi les choses ne seraient

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