‹ L'art d'être heureuseChapitre 9 sur 59 · SERVIR · texte numérisé non relu

SERVIR

nobles vies rayonnaient. Je les observai:

à mes yeux ravis, les allumeurs de phares, apparurent soudain légion!

Ne sont-ce pas tous les coeurs qui aiment et se dévouent, innombrable et vaillante armée des petites âmes oublieuses d’elles-mêmes et qui chaque jour s’immolent au service du prochain?

Servir, mot sublime, dont on méconnaît trop la signification très haute. C’est sortir de soi-même, se surpasser en quelque sorte. C’est l’amour en acte. la vie intensifiée et agrandie. Et c’est l’honneur suprême du chrétien depuis que ‘‘celui qui fut grand parmi nous s’est fait le serviteur de tous””.

Que de joie surtout, que de bonheur projette en l’âme l’exercice de ce noble devoir! La plus misérable existence en est transfigurée, et celle qu’un obscur égoïsme étreignait soudain se dilate, s’exalte et resplendit...

Servir, c’est régner. ‘‘Si on résiste à la beauté, à la fortune, à l’esprit, au plai-

sir, à la science, il est inouï qu’on résiste au dévouement, à la bonté, à l’amour’’, disait Mgr Tissier aux dames de Chartres; et Fadette, dans l’une de ses ‘‘Lettres”” les plus touchantes, célèbre à son tour la divine charité et sa grâce toutepuissante: ‘A la lueur vive que les autres ont besoin de nos forces, dit-elle, nous reprenons courage, nous voulons recommencer à vivre, à lutter, à souffrir. Nous nous relevons dans un mouvement de vaillance devant lequel les anges doivent s'incliner. N’est-il pas merveilleux que le remède à nos maux soit de soulager ceux des autres, que notre consolation soit de nous oublier pour nous pencher sur des souffrances étrangères ?”?

Laissons donc s’ouvrir en nos coeurs ces ineffables sources d’amour, de dévouement, d’abnégation. Nous comprendrons alors que la charité ne consiste pas tant à répandre les dons matériels qu’à envelopper d’un chaud manteau de sympathie les âmes douloureuses, à ranimer

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