‹ L'art d'être heureux [microform]Chapitre 106 sur 121 · JIÉTHQDE POUR ASSISTER LES MOURANTS · texte numérisé non relu

JIÉTHQDE POUR ASSISTER LES MOURANTS

Léon de Villèle, commandeur des cheyaliers de Saint-Jacques d'Aragon, voulut en mourant qu'on fît imprimer une méthode d'assister les mourants et qu'on la distribuât à tous et à chacun des habitants de la Biscaye, sa patrie. Lui-même se prépara à la mort par une confession générale, qui lui laissa rame remplie de tant de consolations, qu'il répétait avec transport ces paroles de David : « Seigneur, votre miséricorde vaut mieux que la vie! »

Dans les temps malheureux où nous vivons, une méthode facile pour préparer les mourants à paraître devant Dieu nous parait plus nécessaire que jamais.

Nous la publions donc; et nous conjurons nos vénérés confrères qui ont la charge des âmes et toutes les personnes pieuses" qui ont à cœur le salut de leurs frères de la répandre dans les familles.

Le célèbre poète Lamartine a écrit de sa mère : « Je l'ai'

vue souvent assise, debout ou à genoux au chevet de ces grabats des .chaumières, ou dans les étables où les paysans couclient, essuyer de ses mains la sueur froide des pauvres mourants, les retourner sous leurs couvertures, leur réciter les prières des derniers moments et attendre patiemment des heures entières que leur âme eût passé à Dieu, au son de sa douce voix. »

Qu'il serait à désirer qu'il y eût au moins dans chaque hameau de nos villages, dans chaque rue de nos villes, quelques personnes animées de l'esprit de Dieu, qui recherchassent les malades et les assistassent comme nous l'indiquons! Que le zèle des prêtres les suscite!

Du moment de la mort dépend l'éternité. Quel malheur donc quand: tes pauvres moribonds ne sont assistés par personne, je ne dis pas pour les soins corporels que réclame leur état, mais pour les soins spirituels, mille fois plus nécessaires !

Ceux qui entourent les mourants, même les petits enfants ayant déjà quelque connaissance, doivent avant tout les disposer à recevoir la visite du. prêtre, et cela de bonne heure; car, en différant de l'appeler, on risque le salut du malade, comme l'expérience l'apprend.

Il est nécessaire d'avertir le prêtre de l'état du malade, lors même que le malade ne tient pas à sa visite, et lors même qu'il n'est pas en danger de mourir, s'il est exposé à perdre la raison. Car quel, malheur irréparable, s'il venait à tomber dans la folie perpétuelle, sans être en grâce avec Dieu! Quand le malade est disposé à faire sa confession,, ou bien, quand déjà il l'a commencée, il faut que les personnes qui l'entourent lui inspirent les actes de foi, d'espérance et de contrition. C'est à faire produire ces actes au moribond, jusqu'à son dernier soupir, qu'elles doivent mettre tout leur zèle. C'est par ces actes, en effet, que l'àme s'unit à Dieu .

Il faut donc apprendre au malade d'abord les vérités absolument nécessaires au salut : savoir qu'il n'y a qu'un seul Dieu, créateur de toutes choses, qui gouverne tout par sa providence, qui récompense éternellement au ciel les bons, en se faisant voir à leur àme, face à face, tel qu'il est. Pour arriver à cette fin sublime, nous avons un besoin absolu d'un secours particulier et surnaturel de Dieu, qu'on appelle la grâce; et la prière nous est nécessaire. pour obtenir ce secours.

La justice de Dieu punit aussi les méchants par d'éternels supplices, car notre àme est immortelle.

La raison suffit pour nous faire connaître que Dieu, qui donne leurs perfections à toutes créatures, est plus parfait que tous les êtres et qu'il a toutes les perfections à un degré infini. Il est donc la science qui sait tout, la vérité qui ne peut mentir. Il est infiniment bon pour ses créatures et capable, à cause de ses perfections infinies, de les rendre parfaitement heureuses. Il est tout-puissant et fidèle dans ses promesses.

Dieu est un pur esprit, comme les anges, c'est-à-dire qu'il n'a point de corps : on ne peut donc ni le voir ni le toucher avec les sens.

Dieu est venu nous apprendre lui-même qu'il y a, dans sa nature unique, trois personnes : le Père, le Fils et le Saint- Esprit, toutes trois égales et distinctes, mais qui ne font qu'un seul vrai Dieu, une seule Divinité.

C'est ainsi que, dans l'àme humaine, la mémoire, l'intelligence et la volonté sont des propriétés distinctes, bien que l'homme n'ait qu'une àme.

Le Fils de Dieu qui, de toute éternité, n'avait point de corps, pas plus que le Père et le Saint-Esprit, le Fils de Dieu, dis-je, est venu sur la terre, il a pris une àme et un corps humains. Tout en restant Dieu, il s'est fait homme, il s'est appelé Jésus-Christ; il a prouvé sa divinité par de grands miracles qui ont converti le monde. Les miracles sont des prodiges extraordinaires que Dieu seul peut faire et qui prouvent clairement que celui qui les opère est envoyé de Die». Les miracles de Jésus-Christ et ses enseignements sont attestés par les historiens les plus dignes de foi. Pour expier nos péchés et nous sauver, il est mort sur une croix. Trois jours après sa mort, il est ressuscité, et s'est montré vivant à plus de cinq cents témoins; il est remonté au ciel où, assis à la droite de son Père, il règne en souverain sur l'univers et d'où il viendra pour juger tous les hommes. Pendant qu'il était sur la terre, il nous a dit qu'il était Dieu, qu'il nous instruisait lui-même de ce que nous devons croire et faire, qu'il ne pouvait ni se tromper ni nous tromper; et la raison nous dit assez que Dieu n'est ni ignorant ni menteur. Il faut donc croire ce qu'il a- dit.

Il a chargé ses Apôtres et ensuite le Pape et les évêques de nous instruire de tout ce qu'il nous a appris, et il a promis

d'être toujours avec eux, afin qu'ils nous disent toujours la vérité; il a prouvé qu'il était touj,ours avec le Pape et les éyêques, c'est-à-dire avec l'Eglise catholique, par les miracles qui ont toujours été opérés dans cette Eglise seule, et par les grandes vertus qu'ont pratiquées les saints que l'Eglise a prqduits. Nous connaissons les vérités enseignées par Dieu par le catéchisme, qui est en substance le même partout; et les vérités qu'on nous y apprend sont crues par tous les catholiques du monde, par tous les 'prêtres, par tous les évêques, et sont enseignées par le Pape. Nous devons donc et pouvons dire avec certitude :

Acte de foi. — Mon Dieu, parce que vous êtes la science et la vérité infinies, et que vous nous avez révélé vous-même ce que nous devons croire, je crois tuut ce que vous avez dit et tout ce que l'Eglise enseigne.

Le Fils de Dieu nous a promis, quand il est venu sur la terre, le pardon de nos péchés, à condition que nous nous en repentirons et nous en. confesserons; il nous a promis sa grâce et son secours afin de nous aider à aller au ciel, à la condition que nous les demanderons par la prière. Il nous a promis le bonheur de voir Dieu, dans le Ciel, face à face, tel qu'il est, à la condition que nous persévérerons dans son amitié. Nptre^ Seigneur a prouvé par des miracles ses promesses comme ses paroles. L^Eglise, qu'il assiste toujours, nous enseigne qu'il a. réellement fait ces promesses. Nous pouvons donc compter sur elles: car, comme il nous l'a appris, il est fidèle, il. est tout-piyssant pour nous donner ce. qu'il nous a pronais, il est infiniment bon pour ses créatures et par conséquent disposé à tout nous donner; étant le souverain Bien, il a en lui-même tout ce qui peut nous rendre heureux. Nous devons donc lui dire :

Acte d'espéra\ce. — Mon Dieu, parce que vous m'avez promis le ciel, parce que vous êtes infiniment fidèle dans vos promesses, tout-puissant et bon, j'espère que vousme donnerez, avec le secours de votre grâce, la faveur de vous voir un jour en paradis.

Diçu nous a fait connaître qu'il élait l'infinie perfection. Lui, en effet, qui donne toute perfection aux créatures, doit être plus aimable, plus beau, plus saint, plus parfait que toutes ensemble. Si nous avons, bon goût et bon cœur, disons-lui:

Acte d'amocr. — Mon Dieu, pavce que vous êtes infiniment parfait, je vous aime . par-dessus tout, et pour l'amour de vous, j'aime mon prochain comme moi-même.

Celui qui aime Dieu par- dessus tout doit détester par-dessus tout ce qui l'offense, le péché. Quel grand malheur de ne pas avoir aimé toujours un Dieu si aimable, de l'avoir oublié, méconnu, outragé ! Quel sujet de douleur et de regrets!

Acte de contrition. — Mon Dieu, parce que vous êtes souverainement aimable, je vous aime de tout mon cœur, et pour l'amour de vous, je me repens bien de vous avoir offensé dans toute ma vie, et je suis fermement résolu de ne plus vous offenser.

Ces actes sont comme des échelons par lesquels l'ùme s'élève peu à peu, par la foi et l'espérance, jusqu'à la charité ou l'amour de Dieu et jusqu'à la contrition parfaite qui se base sur la charité.

Or, il importe de le remarquer, la charité et la contrition parfaite effacent tous les péchés, avant même qu'on reçoive le sacrement de pénitence, de telle sorte que si, avant de mourir, on en produit sincèrement les actes, sans pouvoir recevoir les sacrements, bien qu'on les désire, on est cependant sauvé, eût-on même été jusque-là hérétique ou païen. Pourquoi l'ignore-t-on, et pourquoi est-il des chrétiens qui, se trouvant en face d'un moribond pour lequel le prêtre ne peut arriver à temps, le laissent expirer sans lui suggérer ces actes, soit par ignorance, soit par oubli ? Quel malheur ! Mais qu'on le remarque bien, la contrition parfaite, l'amour de Dieu supposent nécessairement la foi et la connaissance des motifs de la foi et des vérités nécessaires au salut, que nous venons d'exposar. Il est donc bien nécessaire d'enseigner aux mourants, même aux petits enfants qui ont quelque connaissance, ces vérités élémentaires. C'est là une excellente préparation à la confession.

On ajoute que le Fils de Dieu a établi la confession pour qu'elle remette les péchés à l'hopime coupable; que pour se confesser avec fruit, il faut examiner ses péchés, dire tous ceux qui sont graves, avec leur nombre, leur espèce et les circonstances qui en changent l'espèce, en avoir le repentir et être résolu à ne plus les commettre.

Lors même ijue les malades ont déjà reçu l'absolution, il ne faut, pas ^négliger de leur faire répéter ces .mêmes, actes

qu'on peut abréger une fois qu'on a instruit le moribond de la manière que nous venons d'exposer. Il suffit ensuite de lui faire dire: « Mon Dieu, je crois en vous; mon Dieu, j'espère en vous; mon Dieu, infiniment parfait, je vous aime ; pour l'amour de vous, je me repens de vous avoir offensé. » 11 ne faut pas fatiguer le malade; si donc il ne goûtait pas ces actes, il suffirait, tant qu'il n'est pas à, l'extrémité, de les lui faire répéter à de longs intervalles; et s'il était très souffrant, on se contenterait de lui suggérer uu seul acte à la fois, par exemple: n Mon Dieu, je ci'ois en vous », en lui disant qu'il suffit qu'il le dise du cœur; et plus tard, on, lui ferait dire: « Mon Dieu, j'espère en vous »; et ainsi de suite.

Quand approche la dernière heure, il faut faire tout le possible pour que le prêtre soit là, afin de donner encore une fois l'absolution au moribond à son dernier soupir, lors même que le malade aurait îté administré depuis peu. Il peut se faire, hélas ! qu'après les sacrements reçus, cette pauvre àme succombe à quelque tentation de désespoir, ou autre semblable.

Si le prêtre ne peut être là, à ce moment décisif, il faut avoir soin d'écarter de la couche et de l'appartement du malade les proches parents, qui n'auraient pas assez de foi ni de force pour contenir leurs larmes et leurs sanglots. C'est le sage conseil de saint Liguori. 11 est clair, en effet, que ces manifestations de douleurs peuvent troubler un moribond et lui donner occasion de se désespérer. A plus forte raison faut-il écarter de lui les personnes qui auraient été, durant sa vie, un péril pour s'a vertu.

L'absence du prêtre rend plus nécessaire encore la présence d'un parent ou ami qui suggère au malade les actes de foi, d'espérance et surtout les actes de charité et de contrition parfaite.

Quand le moribond perd ses sens, il ne faut pas se lasser. Les médecins attestent, aussi bien que les théologiens, que le sens de l'ouïe se perd un des derniers. Souvent donc un malade, qui passe pour avoir perdu connaissance, entend encore. Il faut donc à très haute voix et lentement dire à ses oreilles, jusqu'au dernier soupir, les . actes du chrétien, en les interrompant pour ne pas le lasser, et lui inspirer de remettre son âme entre les mains de Dieu, d'invoquer les saints noms de Jésus, Marie, Joseph, tout en persuadant à ceux qui seraient présents de prier instamment pour lui, en particulier de réciter les prières de la recommandation de l'âme.

Heureux ceux qui sauront se dévouer à cette œuvre, la plus

APPENDICE 4S3i

nécessaire de toutes, d'assister ainsi les moui'ants ! Ils ouvriront le ciel à une multitude d'àmes et se préparent à euxmêmes la gvàce d'une bonne mort.

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